massacre pris pol 1988Al Arabiya English, par Shahin Gobadi, le 17 septembre 2017 - Au cours de l'été 1988, quelques 30 000 prisonniers politiques, la majorité des militants de l'Organisation des Moudjahidine du peuple de l'Iran (OMPI) ont été massacrés.

 

Lors d'une conférence organisée au siège des Nations Unies à Genève, cette semaine, des politiciens européens, des juristes de renom et des défenseurs des droits de l'homme ont exhorté les Nations Unies à créer immédiatement une commission indépendante chargée d'enquêter sur le massacre des prisonniers politiques en Iran en 1988 et de traduire les autorités qui sont responsables de ce crime devant la justice.

Ils ont souligné que cette mesure devrait être adoptée lors de l’actuelle session de l'Assemblée générale des Nations Unies.

La conférence a été organisée par plusieurs ONG respectées et coïncidait avec la 36ème session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Au cours de l'été 1988, quelques 30 000 prisonniers politiques, la majorité des activistes de l'Organisation des Moudjahidine du Peuple de l'Iran (OMPI) ont été massacrés en seulement quelques mois sur la base d'une fatwa émanant de Ruhollah Khomeiny, le fondateur du régime des mollahs.

Il n'y a jamais eu d’enquête internationale indépendante sur le massacre qui, selon plusieurs experts juridiques, constitue l'un des plus grands crimes contre l'humanité depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans son dernier rapport, Asma Jahangir, rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Iran, a soulevé la question du massacre de 1988 et a ainsi rompu le silence de 28 ans de l'ONU sur la question.

« Entre juillet et août 1988, des milliers de prisonniers politiques, hommes, femmes et adolescents ont été exécutés conformément à une fatwa émise par le Guide suprême de l'époque, l'ayatollah Khomeini. D’après certaines informations, une commission de trois hommes aurait été créée en vue de déterminer qui devrait être exécuté. Les corps des victimes auraient été enterrés dans des tombes anonymes et leurs familles n’ont jamais été informées de leur emplacement. Ces événements, connus sous le nom des « massacres de 1988 », n'ont jamais été officiellement reconnus », a écrit le rapporteur de l'ONU.

« En août 2016, un enregistrement audio d'une réunion organisée en 1988 entre des autorités étatiques de haut niveau et des ecclésiastiques a été publié. L'enregistrement a révélé les noms des responsables qui ont effectué et défendu les exécutions, y compris l'actuel ministre de la justice, un actuel juge de la haute cour et le chef de l'une des plus grandes fondations religieuses du pays et candidat aux élections présidentielles du mois de mai. À la suite de la publication de l'enregistrement audio, certaines autorités cléricales et le responsable de la magistrature ont admis que les exécutions avaient eu lieu et, dans certains cas, les ont défendues », a ajouté le rapport.

Les intervenants de la conférence du 14 septembre comprenaient Rama Yade, ancienne secrétaire d'État française aux droits de l'homme ; Alfred Zayas, rapporteur spécial des Nations Unies ; Tahar Boumedra, ancien directeur du Bureau des droits de l'homme de l'ONU en Iraq (UNAMI) et rapporteur- expert de JVMI (Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran) ; Kirsty Brimelow, présidente de la Commission des droits de l'homme du barreau britannique et gallois ; et Alejo Vidal-Quadras, vice-président du Parlement européen (de 1999 à 2014) et président du Comité international pour la recherche de justice (ISJ).

Un survivant du massacre de 1988 et un certain nombre de familles des victimes ont confié leurs témoignages et ont partagé leurs observations.

Rama Yade a souligné que l'enquête doit être indépendante et internationale. Elle a déclaré que les considérations politiques et économiques ne devraient pas être prises en considération et devraient être considérées comme secondaires. Elle a également souligné que la communauté internationale dispose d'outils viables, y compris des sanctions contre le régime iranien, et devrait les utiliser pour s'assurer que cette enquête ait bien lieu.

De nombreux orateurs se sont joints pour rejeter l'idée qu'une enquête pourrait être menée par le régime iranien. Certains ont lié cette idée à des considérations politiques erronées. Mostafa Pourmohammadi, qui a été ministre de la justice pendant le premier mandat du président Hassan Rohani, était l'un des quatre membres de la « commission de la mort » de Téhéran qui a déterminé quels prisonniers politiques seraient exécutés lors de l'été 1988.

Lorsque Rohani a nommé ses ministres pour son deuxième mandat, Pourmohammadi a été remplacé par l'un des principaux coupables du massacre de 1988 dans la province méridionale du Khouzistan. Certains des plus hauts responsables du régime, issus des deux factions, ont été impliqués dans le massacre.

Selon Tahar Boumedra, « les familles des victimes, depuis 28 ans, ont demandé des informations sur leurs proches. Elles doivent savoir s'ils sont vivants ou morts. Si ils sont vivants, ils doivent savoir où ils se trouvent ; s'ils sont morts, ils doivent savoir qui les a exécutés. Maintenant que le rapporteur spécial de l'ONU a parlé, il est temps que la procédure spéciale de l'ONU aborde à fond cette question et révèle la vérité aux familles. Les criminels doivent répondre de leurs actes et la justice doit être rendues ».

Alejo Vidal-Quadras a déclaré : « L'ONU n'a plus d'excuse à ne pas autoriser un comité d'enquête sur le massacre de 1988, lorsque quelques 30 000 prisonniers politiques du MEK ont été massacrés. C'est l'un des pires cas de crime contre l'humanité depuis la Seconde Guerre mondiale et il n'y a jamais eu d'enquête. Cette impunité des autorités du régime iranien devrait prendre fin. Elle envoie le pire message possible au régime iranien et aux coupables du massacre de 1988 ».

Les orateurs ont souligné que le massacre de 1988 est la marque de fabrique du régime de Téhéran et qu'aucune des factions du régime ne peut se distancer de ce crime, comme en témoignent les nominations ministérielles du soi-disant modéré, Rohani. L'actuel ministre de la Justice, Alireza Avayi, a déjà été sanctionné par l'Union européenne pour avoir directement participé à des violations des droits de l'homme.

Selon les orateurs, le manque d'action de l'ONU et de la communauté internationale a encouragé le régime iranien dans son comportement monstrueux vis-à-vis des droits de l'homme. L'impunité de Téhéran doit avoir pris fin, ont-ils dit.

 

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