Publié le : 19th septembre 2015

Le Temps (Suisse),  11 août –  par Angélique Mounier-Kuhn:  une conférence organisée par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) à l’Hôtel Intercontinental à Genève. Une vingtaine de personnalités, de l’ancien gouverneur démocrate américain Ed Rendell, à l’ex-représentant au Congrès Patrick Kennedy, en passant par la franco-colombienne Ingrid Betancourt, la militante des droits de l’homme Irène Khan et quelques parlementaires suisses tel Éric Voruz ou Jacques Neirynck, ont répondu à l’invitation du CNRI, avocat infatigable de sa propre cause.

Le Temps (Suisse),  11 août –  par Angélique Mounier-Kuhn: les images sont glaçantes. Certaines montrent un char prêt à broyer le corps d’un homme en travers de sa route. Sur d’autres, des soldats mettent leur fusil en joue, on les imaginait visant des civils qui détalent. Le 8 avril dernier, l’armée irakienne envahissait la cité d’Achraf, située à 80 km au nord de Bagdad, où vivent en vase clos 3400 réfugiés iraniens, membres actifs ou sympathisants de l’opposition en exil au régime de Téhéran.

36 personnes ont péri dans l’assaut, dénoncé par Navi Pillay, la Haut commissaire aux droits de l’homme. Cette vidéo du massacre a beaucoup circulé. Mais, mercredi, elle a de nouveaux été diffusée en guise d’introduction à une conférence organisée par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) à l’Hôtel Intercontinental à Genève. Une vingtaine de personnalités, de l’ancien gouverneur démocrate américain Ed Rendell, à l’ex-représentant au Congrès Patrick Kennedy, en passant par la franco-colombienne Ingrid Betancourt, la militante des droits de l’homme Irène Khan et quelques parlementaires suisses tel Éric Voruz ou Jacques Neirynck, ont répondu à l’invitation du CNRI, avocat infatigable de sa propre cause.

À l’heure actuelle, celle-ci relève de l’urgence, ont affirmé les intervenants qui lui sont tout acquis en se succédant à la tribune. À leurs pieds, l’assistance convaincue se galvanisait au rythme des slogans réclamant la « liberté » pour Achraf. Assiégés par l’armée irakienne est soumis à un blocus, qui le prive notamment de médicaments, les résidents du camp dépérissent de semaine en semaine, a récemment alerté Amnesty International dans un rapport. Pire, pour leurs soutiens réunis à l’Intercontinental, ils vivraient sous la menace constante d’une nouvelle attaque de Bagdad, qui, en pleine réconciliation avec Téhéran, ne fait aucun mystère de son intention d’évacuer Achraf d’ici à la fin de l’année.

Une « bombe humanitaire »

« Achraf est une bombe humanitaire sur le point d’exploser. Et le temps est en train de s’épuiser », a ainsi mis en garde Irène Khan. Ardent au point de frôler la congestion, Patrick Kennedy a évoqué une question de « vie de mort » tandis que, dans un élan lyrique, Ingrid Betancourt dépeignait « un drame extraordinaire, dans l’attente d’un crime annoncé ».

Il est encore possible de le prévenir, ont martelé les orateurs, en appelant l’ONU, et tout particulièrement Antonio Guterrez, le haut-commissaire pour les réfugiés, à une action sans délai. « La réponse numéro un est d’accorder aux habitants d’Achraf une protection internationale en leur décernant le statut de réfugié », a ainsi affirmé l’avocat britannique Guy Goodwin-Gil, spécialiste du droit international. Il rencontrera ce jeudi un adjoint du haut-commissaire à ce sujet.

« J’ai un message très précis pour les organisations onusiennes, particulièrement le HCR et le Haut Commissariat aux droits de l’homme », a pour sa part confiée au Temps Mariam Radjavi, la présidente du CNRI. « Tout silence et toute inaction vis-à-vis du problème d’Achraf sont une trahison vis-à-vis des droits de l’homme. Ces instances ont le mandat et la capacité de réagir rapidement pour empêcher une catastrophe. » Quelques instants plus tard, à la tribune, l’égérie révérée du CNRI avançait un ultime argument. Si, dans les rouages onusiens, la question de la protection d’Achraf achoppait sur des considérations budgétaires, la résistance en exil est prête à en prendre les coûts en charge, a-t-elle assuré dans sa tenue bleue de madone, salué par de fervents applaudissements.