Publié le : 19th septembre 2015

Aude de Thuin

12 Décembre 2011 – « Je me dois aussi aujourd’hui, en cette journée internationale des droits de l’homme, devant vous, de saluer le courage incroyable de Madame Radjavi. Sa ténacité, son audace aussi vous portent et portent clairement un message différent. Parce qu’elle est une femme, parce que malgré le sexisme toujours de mise en ce début du 21ème siècle, elle ose », a déclaré Aude de Thuin le 10 décembre à Paris.
La fondatrice du Womens’ Forum s’exprimant dans une conférence internationale en défense des Achrafiens, contre le massacre annoncé par Nouri Maliki, le premier ministre irakien inféodé à Téhéran, qui a déjà fait 47 morts et un millier de blessés à Achraf.
Voici les moments forts de l’intervention d’Aude de Thuin :
J’ai décidé aujourd’hui de revenir devant vous, face à l’actualité qui est la vôtre et de m’adresser particulièrement aux femmes du camp d’Achraf. Car je sais qu’elles nous entendent. Et donc ce discours que j’ai préparé leur est particulièrement destiné.

 Il est évident que le déplacement des habitants d’Achraf vers d’autres lieux en Irak sans la protection de l’ONU et sans que le HCR puisse s’entretenir avec eux est un risque énorme. Il semble que si le gouvernement irakien voulait seulement le départ des habitants d’Achraf, il aurait facilité le travail du HCR depuis le 13 septembre, date à laquelle cet organisme de l’ONU a déclaré son accord pour commencer son travail en vue d’établir le statut de réfugié pour les habitants. Ceci aurait permis un transfert rapide vers un pays tiers, sûr.
Aujourd’hui, on persiste à vouloir déporter ces habitants ailleurs, en Irak, sans aucune sécurité. Il semble donc impossible pour ces hommes et particulièrement pour les 1000 femmes d’Achraf d’accepter de se livrer sans aucune protection à leurs ennemis. Pour cela, il faut une protection impartiale. Celle de l’ONU est donc indispensable. Il faut que la communauté internationale cesse de fermer les yeux. Et nous devons savoir que la volonté de l’Irak est d’anéantir ce foyer d’opposition et de résistance qu’est la cité d’Achraf.
De l’expérience du printemps arabe et des élections qui ont suivi, le régime irakien a compris que le peuple souhaite se fier à des forces organisées capables de garantir une transition pacifique. Plus cette force est attachée aux vraies valeurs universelles, plus cette transition peut se faire le plus rapidement possible vers une démocratie. Les dirigeants irakiens ont compris que les habitants d’Achraf sont une menace pour eux, parce qu’ils sont l’espoir de l’avenir de toute une jeunesse iranienne.
Pour ce régime intégriste, ce qui est le plus intolérable et le plus dangereux, c’est bien l’existence d’une résistance où les femmes ont un rôle prépondérant. C’est pourquoi on veut les anéantir. On continue de les harceler depuis 3 ans avec 300 haut-parleurs qui déversent des menaces et surtout des obscénités contre ces femmes courageuses pour les humilier et les écraser. Pourquoi les mollahs ont si peur des femmes ? Pourquoi globalement toutes les dictatures ont peur des femmes ? Voilà un sujet intéressant à étudier de nos jours.
Vous rendez-vous compte du pouvoir que détiendraient les femmes si elles s’alliaient ? Réalisons-nous le pouvoir qu’elles détiendraient et la vague de changements que cela représenterait ? Car il ne faut jamais l’oublier : un être humain sur deux est une femme, et là réside notre légitimité sur terre. Le droit des femmes à exister pleinement sur notre planète équivaut à celui des hommes. Or, comment peut-on écraser la moitié de l’humanité, la soumettre, la bâillonner, la dédaigner ? La domination masculine doit cesser. Pour le bien des femmes, bien sûr, mais pour le bien de l’humanité, sûrement. Comment un homme oublie-t-il que c’est une femme qui l’a mis au monde ? Comment considèrent-ils leur propre mère ? Leur propre femme ? Leur propre fille ?
En ce début du 21ème siècle, un vent de démocratie souffle sur notre planète. Des femmes, en réclamant plus de justice, plus d’égalité, plus de liberté, en sont souvent les porte-drapeaux. J’aimerais ici saluer la force et le courage exceptionnels d’Aung San Suu Kyi qui n’a jamais cessé son combat pacifiste pour la démocratie et qui a dit : « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime. Un peuple assujetti à une loi de fer et conditionné par la crainte a bien du mal à se libérer des souillures débilitantes de la peur. Mais aucune machinerie de l’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de resurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’état naturel de l’homme civilisé. », a-t-elle écrit dans son livre Se libérer de la peur. La Birmanie vit aujourd’hui sous le joug de la junte militaire, mais celle qui obtint le Prix Nobel de la Paix en 1991 a vu juste pour le printemps arabe. Dans une interview à la BBC début 2011, elle a déclaré voir des similarités notables entre les soulèvements birman et tunisien qui tous deux ont commencé par des événements mineurs et sans importance, mais qui, parce qu’ils portaient sur les droits de l’homme les plus élémentaires, ont mis le feu au poudre.
Je me dois aussi aujourd’hui, en cette journée internationale des droits de l’homme, devant vous, de saluer le courage incroyable de Madame Radjavi. Sa ténacité, son audace aussi vous portent et portent clairement un message différent. Parce qu’elle est une femme, parce que malgré le sexisme toujours de mise en ce début du 21ème siècle, elle ose. En politique comme dans l’économie, ce sont les hommes qui dominent, laissant les places subalternes aux masses féminines. À eux le pouvoir, à nous l’exécution. Pas avec Maryam Radjavi. À elle le pouvoir et à nous, femmes et hommes de la suivre si nous pensons que ce qu’elle défend est juste, que ce qu’elle dit est honnête, que ce qu’elle fait est pour le bien de l’humanité, et pour le bien des habitants du camp d’Achraf, et particulièrement pour les femmes du camp d’Achraf.
Nous aussi, nous devons prendre des risques dans la vie, dans nos vies occidentales plutôt gâtées. Même si le quotidien pour beaucoup est de plus en plus dur, nous devons prendre des engagements. Je m’aperçois pour ma part, que plus je prends d’engagements, plus je me sens mieux. Plus je suis en accord avec moi-même, plus en harmonie avec ma vie. Et je regrette souvent de voir autour de moi tant de personnes qui se contentent de leur petite vie, de leurs petits soucis, de leur existence qui certes n’est pas toujours facile, mais qui se sentiraient tellement mieux s’ils se préoccupaient d’autre chose que d’eux-mêmes.
En France où nous avons tellement tout, on est quand même plus souvent qu’ailleurs dans la rue, en grève souvent, sans se soucier que dans beaucoup d’endroits dans le monde, il y a bien pire. Nous irions mieux si nous savions ce qui se passe ailleurs. Nous sortirions ainsi de nos petites vies. Je leur dis souvent : informez-vous sur ce qui se passe ailleurs, écoutez et entendez la vie ailleurs qu’ici. Informez-vous pour savoir.
Pour finir, l’information me ramène tout naturellement à l’Iran. C’est un des moyens que les mollahs utilisent pour justement … car justement la désinformation est le moyen de faire taire la voix de ce mouvement d’Achraf. En la diabolisant, en semant le doute à son égard, alors que c’est une chance unique face à la dictature religieuse. Autant que le pouvoir en Iran craint ces femmes et ces hommes, autant la communauté internationale a le devoir de les protéger. C’est pour cela que nous sommes là. C’est pour cela que nous agissons et c’est pour cela que nous interpelons nos gouvernements et l’ONU.