Publié le : 19th septembre 2015

Philippe Douste-Blazy

Mardi, 13 Décembre 2011 – « Le monde ne peut pas accepter un tel déplacement, qui non seulement injustifié, mais qui est illégal. Disperser les résidents d’Achraf à l’intérieur de l’Irak serait leur interdire toute communication avec le monde extérieur. Et nous ne l’accepterons pas », a martelé Philippe Douste-Blazy le 10 décembre à Paris.

Le Secrétaire général adjoint de l’ONU s’exprimait dans une conférence en soutien d’Achraf, qui appelait à annuler l’échéance du 31 décembre de fermeture du camp de réfugiés iraniens d’Achraf et le déplacement forcé de ses habitants et à mettre en garde contre un massacre et une catastrophe humanitaire imminentedans ce camp. Figurait au nombre des orateurs Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, André Glucksmann, écrivain et philosophe français, Andrew Card, chef de cabinet de président américain (2001-2006), Bill Richardson, gouverneur du Nouveau Mexique (2005-2003), ancien ambassadeur américain à l’ONU ; Mitchell Reiss, responsable politique du département d’Etat (2003-2005) ; Alan Dershowitz défenseur éminent des droits de la personne et avocat pénal américain de renommée mondiale, le Pr. Geoffrey Robertson, éminent juriste britannique et ancien juge de la cour de justice internationale pour le Sierra Leone, Sid Ahmad Ghozali, ancien premier ministre algérien, Patrick Kennedy, Congressman américain (1995-2005), Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidence de la Colombie, le général américain David Phillips, commandant de la police militaire au camp d’Achraf, Jean-François Legaret, maire du 1er arrondissement de Paris, Aude de Thuin, fondatrice du Women’s Forum for Economy and Society, Cynthia Fleury, professeur de philosophie politique à l’université américaine de Paris.

Voici les moments forts de l’intervention de Philippe Douste-Blazy :

Si je suis ici cet après-midi, avec vous, c’est parce que nous ne sommes qu’à quelques jours de l’échéance illégale et injuste concernant la fermeture du camp d’Achraf. Si je suis ici cet après-midi, avec vous, c’est parce que, comme secrétaire général adjoint des Nations Unies, je ne peux accepter que le gouvernement irakien continue de faire pression pour expulser les résidents d’Achraf, et parce que ce gouvernement fait obstructions à toutes les tentatives du Haut-comité pour les Réfugiés et de la Mission de l’Assistance de l’ONU en Irak, afin de résoudre la crise et d’éviter une véritable tragédie humaine.

Si je suis ici cet après-midi, avec vous, c’est pour rappeler le contexte, pour demander aux médias de s’intéresser enfin à ce drame qui se joue sous nos yeux. Oui, les résidents d’Achraf ont accepté d’être réinstallés dans les pays tiers et ont approuvé le plan proposé par le Parlement Européen. Oui, en 2011, les résidents d’Achraf ont soumis leur demande d’asile international et individuel au Haut-commissariat pour les Réfugiés pour reconfirmer leur statut de réfugié. Le 13 septembre 2011, le Haut-comité pour les Réfugiés a annoncé que les résidents étaient tous reconnus comme demandeurs d’asile, et leur a accordé une reconnaissance internationale ainsi qu’une protection qui doit être reconnue par le gouvernement irakien.

Et je tiens ici à saluer le courage de notre ami Gutterez qui est le haut responsable pour le Commissariat aux Réfugiés. Oui, le HCR a demandé récemment une prolongation de six mois afin que les résidents du camp puissent être auditionnés par le HCR.

Et donc, si je suis ici ce soir avec vous, c’est pour contribuer à ouvrir les yeux du monde sur le risque de déplacement interne en Irak des résidents du camp d’Achraf. Non, le monde ne peut pas accepter un tel déplacement, qui non seulement injustifié, mais qui est illégal. Disperser les résidents à l’intérieur du pays serait leur interdire toute communication avec le monde extérieur. Et nous ne l’accepterons pas. Et si je suis ici ce soir avec vous, c’est pour rappeler aux États-Unis, que lorsqu’ils ont remis le camp d’Achraf aux Irakiens en 2009, ils ont déclaré haut et fort, publiquement, que le gouvernement irakien leur avait donné des assurances écrites afin de protéger les droits essentiels des habitants d’Achraf.

Alors, oui, si je suis cet après-midi avec vous, c’est pour dire que le gouvernement irakien n’a pas tenu ses engagements, comme en attestent les massacres de juillet 2009 et d’avril 2011.
C’est aussi parce que je suis médecin, et que je trouve scandaleux et contraire aux droits de l’homme d’empêcher des médecins spécialistes d’entrer dans le camp pour soigner des malades, ou d’empêcher des malades de sortir du camp pour se faire soigner, expliquant ainsi un certain nombre de morts qui auraient pu être évitées. Ceci est inhumain, et aujourd’hui, le jour international des droits de l’homme, nous devons le dire publiquement, c’est inhumain !

Le moment est donc venu de dire, mes amis, ici, de Paris, premièrement, que tout déplacement ne serait acceptable que si les Casques bleus sont en charge de la protection des habitants.
Que, deuxièmement, comme le secrétaire général des Nations Unies l’a rappelé récemment, aucune décision ne pourrait être prise sans l’aval des habitants d’Achraf et de leurs représentants.
Trois, que l’inscription par le Haut-comité aux Réfugiés des Nations Unies de chacune et de chacun des habitants d’Achraf doit se faire, cette inscription, impérativement, à l’intérieur du camp, et non pas à l’extérieur.
Quatre, que tout déplacement d’un Achrafien doit obligatoirement se faire après l’identification par le HCR.
Et que, cinq, l’Union Européenne, la France, le gouvernement français, et également le gouvernement américain, doivent peser sur l’Irak pour interdire le déplacement des habitants, faire reporter l’ultimatum de fermeture d’Achraf, pour que le Haut-comité aux Réfugiés puisse effectuer sereinement son travail dans le camp protégé par la communauté internationale.

En ce jour international des droits de l’homme, je suis plus que jamais à vos côtés, aux côtés des braves et des héros dont vous parliez tout à l’heure, qui se battent pour la démocratie, pour la liberté et pour la paix. Oui, aux côtés de ceux qui se battent contre les dictateurs avides de crimes, de tortures physiques ou physiologiques. Je serai là pour le dire au Secrétaire général. Ne doutez pas de sa détermination, nous sommes à vos côtés.