Publié le : 19th septembre 2015

Par Henrik Hermansson

American Thinker –18 décembre 2011 – Les troupes américaines sont prêtes à se retirer complètement d’Irak au 31 décembre. C’est également la date pour une autre échéance plus fatidique : le gouvernement d’al-Maliki a ordonné ce qui semble être une attaque sanglante contre d’innocents réfugiés politiques exactement le même jour, malgré de fortes condamnations de la part de groupes de défense des droits de l’homme, de parlementaires et de journalistes à travers le monde.

L’ordre de Maliki d’évacuer le camp d’Achraf, qui mènera sans doute aucun à un massacre, est arrivé après sa rencontre avec le dirigeant iranien Khamenei. La dispersion des résidents du camp ressemblera sans nul doute à ce qui est arrivé à la communauté juive durant la Seconde Guerre Mondiale.

L’attaque prendra pour cible les 3400 résidents d’Achraf, ou « Camp du nouvel Irak », qui sont des opposants politiques iraniens haïs par le puissant voisin de l’Irak. Le camp a été attaqué par les forces irakiennes par deux fois auparavant, une fois en avril de cette année et une fois en 2009, et au total plus de 47 des résidents civils ont été tués – soit abattus par balles soit écrasés par des véhicules blindés.

Actuellement, le camp est soumis à un blocus inhumain par les troupes irakiennes qui empêchent l’approvisionnement en médicaments et autres produits de nécessité et l’entrée des journalistes, des groupes de défense des droits de l’homme et des parlementaires. Al-Maliki est désormais cité à comparaitre par la justice espagnole pour crime contre l’humanité. Le fait est que le plan du gouvernement irakien est maintenant de disperser plutôt que de laisser au haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés le temps nécessaire pour réinstaller en toute sécurité les résidents en Europe.

Les résidents du camp ont une histoire compliquée. Ils ont fui l’Iran après que des dizaines de milliers d’opposants politiques aient été exécutés par le régime de Khomeiny dans les années 1980. Ils ont été accueillis en Irak, qui, avec le soutien des gouvernements occidentaux, était en guerre contre l’Iran. La plupart des résidents ont vécu dans ou près d’Achraf depuis maintenant un quart de siècle et ont construit leurs vies, des écoles et une magnifique mosquée là-bas. Ils ont aussi révélé des sites nucléaires secrets iraniens. En tant que source d’inspiration, ils ont joué un rôle important dans le « printemps perse ». Somme toute, c’est plus qu’assez pour les mettre sur la liste noire du régime.

Les résidents ont également une histoire compliquée avec les États-Unis. En 1997, comme geste de bonne volonté envers le gouvernement « modéré » de Khatami en Iran, les États-Unis ont mis les résidents (ou plutôt l’organisation à laquelle beaucoup d’entre eux appartiennent) sur la liste des organisations terroristes étrangères du Département d’État, sans aucune base factuelle. Dans l’Union Européenne et en Grande-Bretagne, les cours de justice ont qualifié de « perverses » la désignation terroriste de cette organisation et l’en ont retirée. En dépit de la décision d’une cour fédérale ordonnant le réexamen de cette classification, le processus de retrait est bloqué pour des raisons politiques aux États-Unis par le Département d’État. Dans le même temps, les résidents d’Achraf ont été protégés et ont eu de très bonnes relations avec les troupes américaines, ayant reçu des Etats-Unis le statut de personnes protégées en vertu de la Quatrième Convention de Genève, et sont qualifiés d’alliés américains par des chefs d’état-major des armées amricaines, des directeurs du FBI et autres membres éminents de la communauté du renseignement.

Mais peu importe cette histoire compliquée – les faits de la situation actuelle restent. Au dernier jour de cette année, le président Obama participera à une cérémonie où il se tiendra sur le pont d’un porte-avions sous une bannière « Mission accomplie ». CNN montrera les images des dernières troupes américaines quittant l’Irak. Sur un écran multiple, ils montreront des milliers de troupes irakiennes envahissant un camp de réfugiés dans le but de « disperser » les résidents à travers l’Irak. En réalité, cela signifiera tirer sans distinction sur des civils, brûler les bâtiments, traîner violemment les hommes et les femmes malades hors de la clinique, écraser les gens sous des camions, et enlever les résidents pour les torturer. Tout cela s’est déjà produit auparavant à Achraf. À deux reprises. Regardez sur Youtube si vous ne le croyez pas. Les résidents ne s’en iront pas sagement, parce qu’ils savent qu’ils iront à la mort. Leur résistance sans arme et pacifique fera face à la violence meurtrière des forces entraînées par les États-Unis sous le commandement d’un dictateur naissant ami de l’Iran.

Les résidents d’Achraf bénéficient d’un large soutien bipartite unique à Washington aujourd’hui. Mais ce soutien se traduira rapidement en une critique très aiguisée et sévère par les républicains sur comment l’administration Obama, pour des raisons politiques, abandonne les alliés des États-Unis dans sa hâte de quitter l’Irak. Les candidats républicains attaqueront, à juste titre, la politique faillie du président vis-à-vis de l’Iran. Ils ont déjà commencé, mais désormais il y aura du sang sur les mains de l’administration pour preuve. L’écran multiple décrit ci-dessus se trouvera être un cauchemar politique pour le président.

Des avocats défenseurs des droits de l’homme, des alliés des États-Unis et des parents des résidents ont imploré l’administration de prendre des mesures – de faire pression sur l’Irak pour annuler son délai de « fermeture » du camp et permettre à l’UNHCR de faire son travail. Leurs supplications humanitaires sont tombées dans des oreilles d’un sourd. C’est avec un cœur attristé que l’on peut remarquer que le meilleur espoir de survie des résidents reposent dans les instincts de survie politique du président Obama. Peut-être l’administration écoutera-t-elle s’il devient clair que ses membres ont leur avenir électoral en jeu, et pas seulement une responsabilité morale. Les électeurs recherchent un véritable leadership – et moi, pour ma part, j’espère que le président en fera preuve en sauvant 3400 vies à Achraf.

Henrik Hermansson est doctorant à la Faculté des Sciences Politiques, au Trinity College, à Dublin, en Irlande.