Publié le : 1st septembre 2020
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L’avocate iranienne des droits humains, Nasrin Sotoudeh en grève de la faim à Evine

CSDHI – Selon son mari, l’état de santé de l’avocate iranienne et défenseuse des droits humains en prison s’est considérablement détérioré.  Nasrin Sotoudeh en est à son21e jour de grève de la faim. Elle proteste contre le traitement des prisonniers politiques en Iran.

La santé de Nasrin se détériore de jour en jour

Reza Khandan a déclaré avoir appris la détérioration de la santé de sa femme lors d’un appel autorisé depuis la prison d’Evine, lundi.

Nasrin Sotoudeh est détenue dans la prison d’Evine depuis juin 2018. Le 11 août de cette année, elle a commencé sa deuxième grève de la faim. Dans une lettre écrite par Mme Sotoudeh et envoyée à VOA le même jour, elle a déclaré qu’elle exigeait la libération des prisonniers politiques. Car les prisons iraniennes sont surpeuplées, insalubres et infestées par le coronavirus.

« Malheureusement, elle n’est pas en bonne santé. Mes enfants et moi sommes de plus en plus inquiets », a déclaré Khandan. « Selon elle, un médecin lui a dit qu’elle avait besoin d’une injection de sérum à cause de son hypotension. Mais comme on ne lui a pas pris la tension et elle a refusé l’injection. »

Les autorités limitent volontairement ses contacts avec sa famille

Khandan a déclaré que les autorités d’Evine limitaient les possibilités d’appels de Sotoudeh. Elle n’a le droit d’appeler qu’une fois tous les deux ou trois jours.

Dans un post sur Facebook, lundi, Khandan a déclaré que le système judiciaire iranien avait une « inimitié extraordinaire » envers les prisonnières d’Evine, car leurs appels téléphoniques sont limités à 10 minutes.

« Depuis huit mois, les autorités ont suspendu les visites des prisonnières avec leur famille, notamment avec les enfants », a-t-il écrit. « Et pas une seule minute n’a été ajoutée à la durée des appels pour les mères d’Evine. »

Khandan a dit à VOA que les autorités judiciaires de Téhéran refusaient de lui parler des avancées de l’affaire de sa femme.

« Chaque fois que nous nous rendons au bureau judiciaire ou à la prison, il y a des soldats à l’entrée. Ils ne nous laissent pas entrer et nous demandent simplement d’écrire une lettre. Mais nous n’obtenons jamais de réponse », a-t-il déclaré.

Elle continue de combattre le régime en refusant de s’alimenter

Le mari de Nasrin Sotoudeh a déclaré à VOA qu’elle avait entamé mardi sa deuxième grève de la faim de l’année à la prison Evine. Rappelons qu’elle y est détenue depuis juin 2018.

Dans sa lettre du 11 août, Mme Sotoudeh a écrit : « Les conditions des prisonnières politiques en Iran sont devenues si difficiles qu’il est impossible de poursuivre leur détention dans ces conditions répressives.

Certains prisonniers sont libérés en Mars mais les dissidents restent en prison

L’Iran a temporairement libéré des dizaines de milliers de détenu(e)s en mars, alors que l’épidémie du coronavirus s’intensifiait. Cependant, il a refusé de libérer les dissidents condamnés à plus de cinq ans de prison pour des activités pacifiques considérées comme des infractions à la sécurité nationale.

Mme Sotoudeh a déclaré que de nombreux dissidents pouvaient désormais bénéficier d’une libération conditionnelle en vertu des récentes réformes du droit iranien. Pourtant, les autorités leur refusent le droit de demander une aide judiciaire.

L’éminente avocate a entamé sa première grève de la faim de l’année, le 16 mars 2020. Elle l’a poursuivie pendant plusieurs semaines. Elle a également demandé aux autorités iraniennes de libérer les dissidents emprisonnés.

Les militants des droits humains ont déclaré que Mme Sotoudeh purgeait une peine de plus de 30 ans pour des infractions présumées à la sécurité nationale liées à son travail. Avant son arrestation en 2018, elle a défendu les femmes iraniennes qui avaient retiré leur hijab ou leur foulard obligatoire lors de protestations publiques contre les religieux au pouvoir en Iran. Les militants ont déclaré que Mme Sotoudeh doit purger 12 ans avant de pouvoir bénéficier d’une libération conditionnelle.

L’élan de solidarité internationale pour Nasrin

La dernière grève de la faim de Mme Sotoudeh et la détérioration de son état de santé ont provoqué un regain de soutien en sa faveur sur les médias sociaux. Des milliers d’utilisateurs de Twitter ont tweeté l’hashtag #FREENASRIN ces derniers jours.

Parmi eux se trouve l’avocat de Mme Sotoudeh, Mohammad Moghimi, qui a posté un tweet le 29 août disant que les autorités devaient la libérer parce que sa vie était en danger.

Dans un autre tweet, le militant iranien des droits humains, Shahin Milani, a déclaré qu’il ignorait combien de grèves de la faim avait fait Mme Sotoudeh. Cependant, il pense que « l’histoire montrera » ce que les dirigeants islamistes de l’Iran ont fait à leurs prisonniers politiques.

Le Département d’Etat américain a tweeté sa préoccupation concernant la grève de la faim de Mme Sotoudeh le 14 août. Il a appelé l’Iran à la libérer ainsi que « tous les prisonniers politiques injustement détenus » dans le pays.

Khandan a été arrêté en septembre 2018 et accusé de subversion pour sa campagne publique pour faire libérer sa femme. Il a été libéré en décembre 2018 et condamné le mois suivant à six ans de prison. En attendant l’appel, il est libre.

Source : VOA