Publié le : 23rd novembre 2020
nasrin sotoudeh

Nasrin Sotoudeh, la célèbre avocate des droits humains

CSDHI – Nasrin, un long métrage documentaire sur la vie et le travail de l’avocate iranienne Nasrin Sotoudeh, est sorti le mois dernier.

De nombreux personnages célèbres et des personnes de talent ont contribué à donner vie au film. Parmi eux, l’actrice britannique Olivia Coleman.

Il couvre la vie et les luttes de Nasrin Sotoudeh. Elle est la célèbre avocate iranienne des droits humains emprisonnée en Iran pour avoir défendu des militants civils.

Pendant les dix prochains jours, IranWire a mis le film en anglais à la disposition du public persanophone en dehors de l’Amérique du Nord. Pour marquer la sortie, nous avons parlé au réalisateur Jeff Kaufman de la réalisation du film. Nous lui avons demandé aussi ce qu’il espère qu’il accomplira. Sans oublier le mari de Nasrin, Reza Khandan. Il a récemment retrouvé sa femme lors de sa libération temporaire de prison.

Un long métrage sur la vie de Nasrin Sotoudeh

Le film commence sur la descente d’un ascenseur. Nasrin Sotoudeh en sort. Puis elle dit à la caméra qu’elle se rend au tribunal pour l’affaire d’une petite fille abusée sexuellement par son père. En roulant dans les rues de Téhéran, elle explique les détails de cette pénible affaire.

Dès les premiers instants de Nasrin jusqu’à la fin, le réalisateur américain Jeff Kaufman s’efforce de présenter – pendant une heure et 24 minutes précieuses – les remarquables moments forts de la carrière professionnelle de Nasrin Sotoudeh. Il dépeint aussi, dans une moindre mesure, sa vie personnelle. Mais aussi qui était en jeu pour elle lorsqu’elle défendait courageusement les autres en Iran.

La libération de Nasrin ne pouvait pas être plus opportune. Le régime a récemment libéré Nasrin Sotoudeh de la tristement célèbre prison de Qarchak, pour un congé de maladie. Elle a en effet contracté la Covid-19. Les autorités l’avaient transférée à Qarchak à la fin de l’automne. ce transfert a eu lieu après sa grève de la faim de 50 jours à la prison d’Evine. Elle protestait contre les conditions de détention. La dernière de plusieurs depuis sa première détention en 2018. La femme de 57 ans risque toujours une peine de 38 ans de prison pour son travail de défense des droits civils en Iran.  L’ONU l’a d’ailleurs déclaré « insondable ».

Un long métrage filmé clandestinement par Jeff Haufman

Des vidéastes iraniens ont filmé ce portrait intime de la vie et du travail de Nasrin Sotoudeh, clandestinement. Ils ont risqué leur vie et ont gardé leur identité secrète. A mi-parcours du tournage, des agents de sécurité iraniens se sont présentés au domicile de Nasrin. Cela a déclenché la chaîne d’événements qui allait mener à sa condamnation en mars 2019.

Ce n’est pas le premier film créé par Jeff Kaufman qui traite des questions de justice sociale et de droits de l’homme en Iran. Parmi ses autres réalisations, on peut citer « Documenting the Feminist Movement’s Struggles in Iran (2020), 40 Million », « The Struggle for Human Rights in Iran » (2020), et « Education Under Fire » (2011). C’est à travers ces projets qu’il a fait la connaissance de Nasrin Sotoudeh.

« L’un des films que j’ai réalisés, a déclaré Kaufman à IranWire, portait sur la persécution de la foi bahaïe en Iran. Je l’ai fait avec l’aide d’Amnesty International. Nasrin Sotoudeh est l’une des grandes championnes des minorités religieuses et des Bahaïs en Iran.

« En 2016, nous avons contacté Nasrin par le biais d’amis communs. Nous lui avons demandé si elle serait intéressée par un documentaire. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles elle a dit oui est l’idée qu’à travers elle, nous pourrions nous connecter à une communauté d’activistes. Et je pense aussi qu’elle croit profondément aux arts comme outil pour faire avancer la société.

L’idée était d’humaniser le peuple iranien

« Un des objectifs du film, tout de suite, était d’humaniser le peuple iranien et la culture iranienne pour ceux qui ne la comprennent pas vraiment. L’autre but était de briser les barrières, mises en place pour les mauvaises raisons. Nous sommes ravis parce qu’à travers Nasrin, nous pouvons toucher des aspects de la vie en Iran que nous ne voyons pas habituellement. »

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Nasrin se penche également sur les droits des femmes en Iran et sur la lutte pour l’égalité des sexes dans le pays depuis les 15 dernières années. Elle s’intéresse à des événements tels que la campagne populaire « Un million de signatures ». Mais aussi, la question du voile obligatoire et la « rue des femmes de la révolution ». Dans le film, elle parle du Mouvement vert de 2009. Elle évoque aussi sa défense d’activistes telles que Narges Hosseini et Shirin Ebadi. Mais aussi de ses deux incarcérations. A cette liste, s’ajoute un sit-in organisé devant le Barreau en 2014 lorsque sa licence d’exercice lui a été temporairement retirée. Plus provisoirement, il explore également sa vie privée et sa relation privilégiée avec son mari et ses enfants.

Avant de devenir avocate, elle était journaliste

Nasrin Sotoudeh, dit le film, a commencé sa carrière comme employée de banque qui écrivait parfois des articles sur les femmes et les droits de l’homme pour des journaux iraniens. « La première fois que j’ai rencontré Nasrin », raconte Shirin Ebadi dans le film, « elle était journaliste et elle m’a interviewée. A l’époque, j’étais présidente de l’Association [iranienne] pour le soutien des droits de l’enfant. Après l’interview, je lui ai demandé pourquoi elle n’était pas devenue avocate. Deux ou trois ans plus tard, elle est devenue avocate. »

Ailleurs dans le film, le mari de Nasrin, Reza Khandan, se souvient qu’ils se sont rencontrés alors qu’ils travaillaient pour le magazine Daricheh. Là, il travaillait comme graphiste. Il raconte à la caméra ce qu’il a ressenti : « C’était vraiment difficile de lui dire ce que je ressentais. Un jour, nous sommes allés dans les montagnes… J’ai pris le risque, et je lui ai dit. »

Le couple s’est marié le 7 octobre 1995. Les quelques photos de mariage restantes sont également présentées dans le documentaire. Reza Khandan dit que le reste des photos et vidéos du jour de leur mariage ont été détruites depuis.

Mariée à un homme remarquable

Jeff Kaufman a déclaré à IranWire qu’il avait pris soin de ne pas présenter Nasrin sous un jour symbolique dans le film. « Nous ne voulions pas que Nasrin soit une sainte en plâtre », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas une bonne histoire. Ca ne donne aucune indication sur la façon dont les autres peuvent changer le monde. Vous devez savoir qui est la personne et quels sont ses sacrifices, et ce qu’elle aime, pour comprendre ce qu’elle fait. »

Kaufman dit que sa femme, la productrice Marcia S. Ross, appelle Reza Khandan « le propre Martin Ginsburg de Nasrin. » Une référence au mari de la défunte juge de la Cour suprême américaine, Ruth Bader Ginsburg, décédée en septembre 2020. « Elle avait un mari qui était tout aussi intelligent et passionné qu’elle », dit Kaufman, « qui ferait tout pour soutenir sa femme. Reza est ce genre de personne remarquable. » Il a ajouté qu’il espère que les responsables iraniens et américains verront le film.

On sait ce qui est arrivé à Nasrin Sotoudeh après la fin du tournage. Les autorités l’ont persécutée jusqu’à son transfert à la prison de Qarchak. Puis, elles ont également pris pour cible sa famille. Elles ont arrêté sa fille Mehraveh en août 2020. Et elles l’ont convoqué au tribunal révolutionnaire. Apparemment, c’était pour punir sa mère qui faisait une grève de la faim.

« Nous avons eu le cœur brisé lorsqu’ils ont arrêté Nasrin », dit Kaufman. « Nous étions terrifiés pendant sa grève de la faim. Ce qui était le plus étonnant, c’est que cette petite femme fragile, enfermée dans l’une des pires prisons du monde, a su trouver une voix et atteindre le monde. L’indifférence dont le régime a fait preuve à son égard et à l’égard des autres est effrayante.

« Tant de personnes comme elle sont en danger en ce moment. Nous espérons qu’en attirant l’attention sur l’histoire de Nasrin, les autorités iraniennes ouvriront les portes aux prisonniers politiques. Souhaitons qu’ils les laissent rentrer chez eux auprès de leurs familles. »

Pour lire l’article en entier : https://iranwire.com/en/features/8065

Source : Iran Wire