Publié le : 29th juin 2020

droits des femmes iranCSDHI – Alors qu’une deuxième vague de COVID-19 frappe le pays, les militantes des droits humains emprisonnées sont confrontées à des mauvais traitements continus ainsi qu’à de nouvelles accusations visant à prolonger leur emprisonnement.

Cette déclaration a été initialement publiée sur gc4hr.org le 22 juin 2020.

Le monde a été confronté à une pandémie qui a laissé les prisonniers, y compris les défenseurs des droits de l’homme et les prisonniers de conscience, très vulnérables parmi les autres populations de la région du Golfe et des pays voisins. Depuis que la pandémie de COVID-19 s’est rapidement propagée en mars 2020, le Centre du Golfe pour les droits de l’homme (GCHR) a demandé aux autorités de la région de libérer tous les prisonniers qui ne présentent aucun risque pour la société. Le GCHR est également préoccupé par une nouvelle tendance en Iran qui consiste à ajouter des peines aux femmes défenseurs des droits humains déjà emprisonnées, les rendant inéligibles à la permission de sortie pendant la pandémie.

En Iran, la crise COVID-19 a rapidement atteint un second pic, les infrastructures sanitaires du pays étant trop précaires après des années de sanctions, de corruption et d’entêtement du régime des mollahs envers ses engagements internationaux. Les autorités iraniennes ont soumis le pays à des lois et des pratiques strictes fondées sur la discrimination, la ségrégation et l’interdiction des droits des femmes, tout en commettant des violations massives des droits humains à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Ceux qui osent parler contre ces violations des droits humains sont persécutés et poursuivis avec des peines stupides et longues et deviennent les victimes d’un système juridique qui fait fi des normes internationales du droit. La liberté d’expression et de réunion dans la poursuite de l’égalité des sexes est souvent considérée comme des actes contre la « sécurité nationale », la « propagande contre l’État », « l’encouragement et la répression de la corruption morale et de la prostitution » et « l’insulte au sacré ».

À la mi-mars 2020, Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une citoyenne britanno-iranienne de 37 ans, emprisonnée depuis 2016 alors qu’elle avait été condamnée à cinq ans, a été libérée temporairement de la prison d’Evine à Téhéran. Bien que sa libération ait été prolongée, elle reste tenue de porter un bracelet à la cheville et n’a pas le droit de s’éloigner de plus de 300 mètres du domicile de ses parents. Sa libération est intervenue à la suite de la grave menace de propagation du coronavirus dans le système carcéral iranien. Zaghari-Ratcliffe a entamé une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement prolongé l’année dernière, alors qu’elle a été maintenue en isolement pendant plus d’un mois, selon sa famille.

A la lumière du risque de la COVID-19, la justice iranienne a déclaré qu’elle avait jusqu’à présent libéré 85 000 prisonniers, dont la moitié étaient des prisonniers politiques. Pourtant, on ignore encore quelle est la proportion de femmes défenseurs et militantes des droits humains parmi celles qui ont été libérées, voire celles qui sont encore en prison.

Parmi celles qui se trouvent encore en prison, il y a la journaliste et défenseuse des droits humains, Narguesse Mohammadi, porte-parole du Centre pour les défenseurs des droits de l’homme en Iran, qui est emprisonnée depuis 2015 et purge une peine combinée de 16 ans de prison. Elle a été condamnée à dix ans de prison pour avoir créé le groupe « pas à pas pour stopper la peine de mort » (également connu sous le nom de LEGAM), ainsi qu’à cinq ans pour « rassemblement et collusion dans l’intention de nuire à la sécurité nationale », et à un an pour « diffusion de propagande contre le système. » Elle a été condamnée le 17 mai 2016 et sa peine a été confirmée le 28 septembre 2016. Selon la loi, elle doit purger la peine la plus longue, à savoir la peine de 10 ans. Elle est détenue à la prison d’Evine depuis le 5 mai 2015, et purge déjà une précédente peine de six ans.

Dans un geste ridicule qui semble d’autant plus cruel compte tenu de la menace de COVID-19, Narguesse Mohammadi fait face à de nouvelles accusations, même en prison, ce qui a été révélé dans une lettre ouverte récemment envoyée par son frère aux autorités iraniennes. Mehdi Mohammadi, exilé en Norvège, a expliqué dans sa lettre que sa sœur avait de graves problèmes de santé mais « n’a pas été autorisée à sortir de prison pour voir un médecin ». En mai 2020, des groupes de défense des droits de l’homme ont rapporté que Mohammadi risquait jusqu’à cinq ans de prison supplémentaires et 74 coups de fouet pour diverses accusations, dont « collusion contre le régime », « propagande contre le régime » et « insulte envers les autorités ».

Toujours en juin 2020, la défenseuse des droits humains, Atena Daemi, qui purge une peine de sept ans de prison, a été accusée de « trouble à l’ordre public » après avoir été accusée d’avoir scandé des slogans antigouvernementaux à l’occasion de l’anniversaire de la révolution iranienne de 1979. Elle a été condamnée à cinq ans de prison en 2016. En septembre 2019, un tribunal a ajouté deux ans et un mois à sa peine pour « insulte » et « diffusion de propagande antigouvernementale » après qu’elle eut écrit une lettre ouverte depuis la prison critiquant l’exécution de prisonniers politiques. La famille de Daemi affirme que les nouvelles accusations signifient qu’elle ne pourra plus bénéficier d’une permission de sortie le 4 juillet 2020 en vertu de la loi, ni être libérée en vertu des permissions de sortie actuelles offertes pendant la pandémie.

Le 1er juin 2020, la militante des droits des femmes Saba Kord Afshari a été condamnée à 15 ans de prison par une cour d’appel après avoir été acquittée le 17 mars 2020 par le bureau du procureur d’Evine. Elle a été condamnée pour avoir « encouragé la corruption et la prostitution en apparaissant sans foulard en public », pour son rôle dans le mouvement de protestation du mercredi blanc contre le port obligatoire du voile. Saba Kord Afshari purge déjà une peine de neuf ans. Elle a été également privée de permission de sortie pendant la pandémie.

En avril 2020, les experts des Nations unies en matière de droits humains ont appelé l’Iran à étendre sa libération temporaire de milliers de détenus aux prisonniers d’opinion et aux binationaux et étrangers qui sont toujours derrière les barreaux malgré le risque sérieux d’être infectés par la COVID-19, à la suite des inquiétudes soulevées à l’intérieur du pays.

Les familles des militants iraniens ont fait part de leurs préoccupations concernant les mauvais traitements, le manque d’hygiène et les mesures inadéquates prises par les autorités pour s’adapter et atténuer les circonstances liées à la propagation du coronavirus dans les prisons iraniennes.

La GCHR appelle les autorités iraniennes à libérer immédiatement et sans condition tous les défenseurs des droits des femmes détenus pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, de réunion et pour avoir appelé à l’égalité des sexes. Cette demande est d’autant plus pressante que les risques sanitaires liés à la pandémie de la COVID-19 sont importants.

Source : IFEX

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