Publié le : 21st janvier 2016

euroCSDHI – La crise aidant, pour conjurer le mauvais sort, dès qu’apparait le pavillon d’un contrat sur la mer économique, la presse et les politiques ne mettent en avant que les bénéfices – à courts termes – que peut en tirer le pays, à sens unique. Or le commerce c’est obligatoirement avec quelqu’un d’autre, et quels que soient les profits, peut-on pousser du pied l’éthique sous le tapis, persan en l’occurrence ?

Le Medef est parti en Iran en septembre, la larme à l’œil, la main sur le portefeuille près du cœur. Et voici qu’après la tournée des ministères à Téhéran – turbans, pistaches et petits gâteaux – les entrepreneurs français ont fait un détour à Machad. Machad et son mausolée de l’Imam Reza, 8e imam chiite, ville sainte par excellence. Non le Medef en goguette ne s’est pas soudain converti au chiisme duodécimain, mais est allé à la rencontre de son homologue en Iran, la fondation religieuse Astan-e-Qods Razavi, la plus grosse institution patronale du pays et un conglomérat titanesque qui brasse des milliards.

La fortune abyssale de cette fondation est déversée dans les comptes de la Maison du guide suprême (Khamenei) qui finance avec cela – mais aussi avec 13 autres organes du même acabit – la guerre que livrent les pasdaran en Syrie et donc le maintien à flot de Bachar Assad. Autant dire 24 milliards de dollars par an. Car le fait est que l’économie active, qui compte, en Iran est sous le monopole quasi exclusif de Khamenei et des organes répressifs réunis en 14 têtes du dragon : de la Milice du Bassidj, aux gardiens de la révolution, du ministère de la défense aux forces de l’ordre Naja et des fondations religieuses, c’est une machine titanesque qui engloutit des milliards pour financer par milliards le fascisme religieux, le terrorisme et l’intégrisme islamiste dans le monde.

Cela signifie par exemple que l’argent des contrats dans le domaine agro-alimentaire, où veulent s’aventurer des entreprises comme Bel, Doux ou Axereal, et qui passent obligatoirement par des compagnies détenues par Astan-e-Qods-Razavi ou pire par le Comité de secours de l’Imam – une autre entité répressive qui se partage ce gâteau, ira financer les massacres de femmes et d’enfants en Syrie et faire grossir le flot de réfugiés qui arrive en Europe.

Or on plonge encore plus bas quand on apprend que ces deux conglomérats-passage-obligé-des contrats, sont spécialisés dans l’exportation de l’intégrisme, la guerre étant un des tentacules de la pieuvre. L’exportation du fanatisme, de l’extrémisme islamiste, avance par l’ouverture de bureaux des fondations « religieuses », qui financent de projets « sociaux » et « culturels », recrutent, forment en Iran, et renvoient au pays des individus pour monter des cellules d’où découlent troubles, attentats, assassinats etc… On les retrouve en Syrie, en Irak, au Liban, au Yémen, en Afghanistan, et jusqu’au Comores, sans parle de Djibouti et du reste de l’Afrique (du nord, subsaharienne, etc) et de l’Amérique latine où ces bureaux poussent comme des champignons. Remarquons que si le Soudan, l’Erythrée et d’autres pays musulmans ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Iran, c’est parce qu’ils ont eu à repousser l’ingérence manifeste des mollahs iraniens.

Effectivement, qui en dégustant du fromage ou du poulet s’imagine avoir participé à financer l’intégrisme islamique agressif du régime iranien ?

Ou encore si l’on prend le cas de Renault, implanté en Iran, l’on sait qu’il traite avec Saipa. Or Saipa appartient au corps des gardiens de la révolution. Et l’on retrouve les gardiens de la révolution dans tous les points à feu et à sang du Moyen-Orient et particulièrement dans toute la répression en Iran des salariés, des femmes et des jeunes, dans les centaines d’exécutions qui endeuillent le pays.

Encore un exemple, le groupe Sanofi qui traite avec l’Iran, passe qu’il le veuille ou non par le holding pharmaceutique détenu par le QG d’exécution du commandement de l’imam, nom barbare d’un des 14 cartels de Khamenei, le guide suprême.

On peut finir en parlant du groupe AccordHotel qui rêve de construire des hôtels 4 et 5 étoiles en Iran et a signé pour cela avec Aria Zigourrat qui malheureusement appartient au corps des pasdarans. Un esprit malin penserait vite hôtel de police 5 étoiles, prisons 5 étoiles, pendaisons 5 étoiles, répression 5 étoiles.

La bonne foi vaut quand on ne sait pas. Cependant l’éthique et les valeurs – à défaut de morale – républicaines commandent de vérifier avec qui l’on traite pour que justement ces contrats restent propres et ne se retournent pas contre les intérêts français.

Alors cela signifie-t-il qu’il ne faut pas commercer ? Qu’il faut fermer la porte au nez à Rohani qui arrive fin janvier ? Là on serait tenté de dire oui, vu qu’il arrive avec 2000 casseroles, le nombre de ses exécutions.

Mais si les mollahs ont reculé avec les sanctions sur le nucléaire, pourquoi les démocraties ne les feraient-elles pas reculer sur les droits humains, en brandissant la menace des sanctions si les exécutions ne cessent pas (58 au mois de janvier) ? Pourquoi l’éthique ne serait-elle pas une arme efficace ? En quoi les consommateurs et les industriels français seraient-ils lésés ? C’est un régime isolé, ruiné, aux abois qui vient vers eux. C’est à eux d’imposer les conditions de sortie d’isolement, pas à se ruer sur tout ce qui bouge.

De cette manière, ils prépareraient leurs échanges du futur, quand l’Iran sera libre et à reconstruire. Car la population en Iran, marché potentiel sur lequel lorgnent tous les industriels, fonctionne, elle, à l’éthique, à la liberté. Elle gardera en souvenir qui aura fermé les yeux sur ses souffrances, qui aura par son indifférence et son silence encouragé ses bourreaux.