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observer iranFrance 24, Les Observateurs - Un groupe de 57 migrants afghans ont été arrêtés le 30 avril alors qu'ils tentaient illégalement de se rendre en Iran.

Ils ont été contraints par les gardes-frontières de retraverser le fleuve Hari Rûd, qui sépare l'Iran et l'Afghanistan. Seuls 12 d'entre eux en ont réchappé, au moins 17 se sont noyés et une vingtaine est portée disparue. Ces migrants retournaient en Iran pour y reprendre leur travail, alors que l'épidémie de coronavirus a baissé en intensité dans le pays. Les autorités iraniennes nient en bloc qu'un tel incident ait eu lieu, mais notre enquête, réalisée à partir de vidéos prises par les victimes et de témoignages de survivants et de médecins, en prouve la réalité. Si les incidents entre migrants afghans et gardes-frontières iraniens ne sont pas rares, celui-ci est d'une particulière gravité.

Les migrants ont passé la frontière le 30 avril au soir, traversant le fleuve Hari Rûd sur des radeaux de fortune, aidés par un passeur. Mais ils ont été arrêtés par des gardes-frontières qui les ont détenus à leur poste, situé à 20 km au sud-est du village iranien de Jannatabad, dans le district de Salehabad, dans la province de Razavi Khorasan.

Les autorités afghanes ont affirmé qu'au moins 17 migrants ont été retrouvés morts, noyés, et 20 sont portés disparus après avoir été contraints de rebrousser chemin. Selon l'un des migrants, cité par les médias, les gardes-frontières leur ont laissé "le choix entre mourir d'une balle ou traverser la rivière". Des télévisions locales afghanes ont diffusé des images des corps de certaines des victimes, transportées à l'hôpital général de Herat, une ville afghane située à une centaine de kilomètres de la frontière iranienne. L'importante couverture médiatique de l'incident en Afghanistan a contribué à créer de vives tensions diplomatiques entre les deux pays.

Le ministre afghan des Affaires étrangères, Mohammad Hanif Atmar, a ainsi annoncé le 2 mai qu'un comité d'investigation allait enquêter.

Dans un communiqué daté du 3 mai, le commandement de la police aux frontières iranien a pour sa part nié catégoriquement avoir forcé les migrants à se noyer et a affirmé que "les vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrant des corps étendus sur le bord de la rivière ne sont pas tournées à la frontière irano-afghane".

Le 5 mai, Mohammad Hanif Atmar a affirmé dans un tweet vouloir poursuivre les auteurs de "ce crime impardonnable avec tous les moyens diplomatiques de notre pays jusqu'à ce que justice soit faite". Le 6 mai, il a déclaré devant le Parlement afghan que les négociations avec l'Iran avaient échoué.
"Les gardes-frontières iraniens rigolaient pendant que nous coulions"

Shah Mohammed [pseudonyme] fait partie des survivants. Il repartait en Iran pour recommencer à travailler sur le chantier où il était employé, qui avait été arrêté en raison de l'épidémie de Covid-19.

Nous avons traversé le fleuve quelque part dans la région de Zulfigar [une vallée dans la région frontalière, dans le district de Guran en Afghanistan] vers 22 h le soir du 30 avril, sur des barils attachés ensemble par des cordes. Une fois la rivière traversée, nos étions en territoire iranien et une patrouille de gardes-frontières nous a arrêtés. Nos étions environ 50, ils nous ont rassemblés, il y avait notamment des hommes âgés et un enfant de 11 ans [13 ans selon l'hôpital de Herat, NDLR]. Ils nous ont conduit à leur poste frontière et nous avons passé la nuit là. Le lendemain, ils ont commencé à nous insulter, nous ont déshabillé intégralement, nous ont donné des coups de pieds, des coups de crosse avec leurs armes et des coups de fouet. Ils nous ont obligé à enlever les mauvaises herbes autour du poste.

Vers midi, ils nous ont mis dans des minibus, qui nous ont emmenés à quelques minutes du poste, quelque part au milieu de la région de Jannatabad en Iran. Là, ils nous ont dit de traverser la rivière, et que sinon ils nous tireraient dessus. Ils ont tiré des rafales en l'air pour nous effrayer. Nous avons donc décidé de traverser, mais beaucoup d'entre nous ne savaient pas nager. Nous avons tenté de nous tenir les uns les autres mais c'était impossible, le courant était trop fort. Les gardes rigolaient en nous regardant nous noyer. Nous étions une vingtaine à savoir nager et nous avons ainsi pu sauver nos vies. Le fleuve a emporté les autres. J'ai perdu tout mon argent, et mon téléphone portable. Nos avons marché des kilomètres ensuite côté afghan, pour trouver de l'aide et atteindre Herat.

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