arach sadeghi iranCSDHI - Arach Sadeghi, militant des droits civiques emprisonné à la sinistre prison de Radjaï-Chahr en banlieue de Téhéran, en Iran, a eu ce grand courage d’écrire une lettre ouverte suite à l'assassinat d'Eqbal Moradi, un militant politique, au Kurdistan irakien et père du prisonnier politique Zanyar Moradi.

M. Sadeghi rappelle les campagnes d'assassinats lancées par le régime des mollahs en Iran et à l'étranger. Le corps d'Eqbal Moradi a été retrouvé à Penjwen, un district du Kurdistan irakien à la frontière avec l'Iran. Il a été tué de trois balles. Ce n'était pas la première fois qu’on tentait de l’assassiner.

Dans cette longue lettre, Arash Sadeghi écrit notamment :

« La campagne pour éliminer les critiques en Iran et à l’étranger a commencé au mois de février 1979. Il a coûté la vie à des centaines de personnes associées au régime précédent, à des sunnites, des bahaïs, des dissidents et des membres de groupes politiques révolutionnaires critiques à l’égard du nouveau régime. Elle s'est poursuivie pendant la vaste répression des années 1980 et l'assassinat de masse de prisonniers politiques de l'été 1988. Après la fin de la guerre [Iran/Irak], la campagne s’est poursuivie (connue sous le nom de " meurtres en série ") qui visait les critiques et les opposants du régime.

Au cours des quatre dernières décennies, les assassinats ont également ciblé des dizaines de personnalités de l'opposition dans les pays européens :
- Abdolrahman Ghassemloo et Abdollah Ghaderi ont été assassinés à Vienne, en Autriche, au cours d'une négociation avec les diplomates de la République islamique.
- Gholam Keshavarz a été tué à Chypre, Sedigh Kamangar à Ranya, en Irak et Kazem Rajavi en Suisse.
- Efat Ghazi [mariée à un éminent militant kurde et fille du président de la courte République autonome kurde en Iran] a été assassinée à Vasteras, en Suède.
- Abdolrahman Boroumand et Shapour Bakhtiar ont été tués en France.
- Fereydoun Farrokhzad a été assassiné à Bonn, en Allemagne.
- Mohammad Sadegh Sharafkandi, Fattah Abdoli, Homayoun Ardalan et Noori Dehkordi ont été assassinés au restaurant Mykonos de Berlin. Puis il y a eu l'attentat à la bombe contre le centre communautaire juif en Argentine...

Sur la base des déclarations des procureurs allemands, la campagne d'assassinats à l'étranger a été menée par les plus hautes personnalités politiques du régime [iranien], jusqu'aux assassinats de Mykonos. Et ce n'est qu'après le procès et la crise diplomatique avec les pays européens que la campagne s'est brièvement arrêtée.

Les « meurtres en série » ont commencé juste après les exécutions [massives] de 1988. Ce n'est qu'à l'époque de Khatami, en raison d'une atmosphère médiatique un peu plus ouverte, que l'opinion publique est devenue sensible aux assassinats. Il a été déclaré que les meurtres avaient été commis par de hauts responsables de la sécurité (principalement Saïd Emami) ... (Mais, dès l'automne 1998, les meurtres ont repris et n'ont cessé qu'au début des années 2000).

Cette fois, ils ont ciblé Eqbal Moradi. Nous avons entendu la nouvelle choquante et amère de la mort d'Eqbal - père de Zanyar Moradi, un prisonnier politique condamné à mort. Moradi était actif dans la ville de Penjwen et travaillait dans le domaine des droits humains. Il travaillait activement avec plusieurs organismes de défense des droits humains, notamment la Campagne internationale contre les exécutions et l'obtention d'une aide financière pour les prisonniers politiques et leurs familles.

Rare est l'activiste des droits humains qui n'a jamais entendu parler d'Eqbal Moradi. J'ai appris à le connaître il y a des années et j'ai vu ce qu'il a fait pour son cher fils Zanyar et son neveu Loqman et tous les prisonniers politiques. Lorsque Zanyar avait 19 ans, il a été pris en otage avec son cousin Loqman, juste parce que l'appareil de sécurité en voulait à son père.

Zanyar et Loqman ont été condamnés à mort sans procès équitable. Cela fait maintenant 10 ans qu'ils sont en prison. Voici un signe évident d'injustice dans le procès de Zanyar (un homme que je considère comme un symbole de résistance et d'honneur) : Quand des témoins se sont dit prêts à témoigner de leur innocence, le juge qui n'est qu'un tampon de caoutchouc de l'appareil de sécurité a refusé leurs témoignages sans donner la moindre raison légale.
Et maintenant le père est parti et sa mort sonne l'alarme de la reprise de la campagne d'assassinat au Kurdistan irakien.

Cela signifie que le régime iranien actuel non seulement augmentera ses violations des droits de l'homme à l'intérieur du pays, mais qu'il s'efforcera également de supprimer plus facilement ses opposants à l'étranger. Cela fait peser une lourde charge sur les autorités des pays européens.

Ces dernières années, ils ont envoyé des milliers de leurs citoyens dans des pays comme l'Irak, la Syrie et l'Afghanistan pour montrer à quel point ils sont sérieux dans la lutte contre le terrorisme d'État et les violations des droits de la personne.

Les responsables occidentaux n'ont pas le droit d'utiliser l'excuse des intérêts économiques et commerciaux pour garder le silence sur ceux qui planifient et exécutent des assassinats dirigés par l'État, les mêmes qui répriment également les opposants à l'intérieur de l'Iran.

Toute forme de silence ou de coopération avec les autorités du régime iranien encourage la poursuite de l'oppression intérieure et des menaces contre l'opposition à l'étranger.

Arach Sadeghi Sadeghi

1er août 2018

Prison de Gohardasht [Radjaï-Chahr] à Karadj. »

 

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