discrimination femmes iraniennes iranCSDHI - Mercredi, le Guide suprême iranien Ali Khamenei a utilisé son compte Twitter en anglais pour défendre et promouvoir la politique de son pays au sujet du voile obligatoire pour toutes les femmes, et pour accuser les États-Unis d’être le pire contrevenant des droits des femmes.

Le tweet faisait référence au « désastre des innombrables agressions sexuelles subies par les femmes occidentales - y compris des incidents ayant conduit à la campagne #MeToo", ensuite associé à un post publié sur le site officiel du Guide suprême, composé d'extraits de ses précédents discours de défense du strict respect de l’interprétation du régime de la loi islamique telle qu'elle s'applique aux femmes.

Le tweet comprenait également un montage vidéo de femmes occidentales décrivant des cas de harcèlement sexuel et protestant pour l'égalité des sexes. La vidéo était recouverte d'un discours de Khamenei, dans lequel il déclarait notamment : « En introduisant le hijab, l'Islam a fermé la voie à un chemin qui tirerait les femmes vers une telle déviation ».

L’utilisation du terme « déviation » contredit sans doute le sérieux avec lequel les autorités cléricales iraniennes s’attaquent au harcèlement et aux agressions à l’égard des femmes, dans la mesure où cela implique que les femmes elles-mêmes dévient du chemin moral quand elles sont soumises au harcèlement. Et cette interprétation des propos de Khamenei est renforcée par le fait que son tweet a été posté seulement deux jours après l’exécution de Zeinab Sekaanvand, condamnée par la communauté internationale.

La femme kurde de 24 ans a été reconnue coupable du meurtre de son mari alors qu'elle n'avait que 17 ans. Il s'agissait de la cinquième exécution, cette année, d'un prisonnier iranien dont l'âge était inférieur à l'âge de la majorité légale, reconnue par la communauté internationale, au moment des faits. En Iran, les filles sont considérées légalement adultes à 13 ans et peuvent être mariées à cet âge. Sekaanvand avait 15 ans au moment de son mariage. De plus, les filles de moins de 13 ans peuvent être mariées avec le consentement de leurs parents.

La provocation concernée a attiré une attention renouvelée non seulement sur le mariage des enfants et l’exécution des mineurs en Iran, mais également sur les disparités juridiques entre les hommes et les femmes et sur l’impact de ces disparités pour la sécurité des femmes. Selon le rapport d’Amnesty International sur l’affaire Sekaanvand, l’adolescente avait demandé le divorce de son mari, violent à plusieurs reprises, mais celui-ci lui avait été refusé. Elle s'est également plainte auprès de la police de violences physiques et de viols récurrents que son beau-frère avait commis, mais aucune enquête n'a été ouverte et ses plaintes ont été classées sans suite.

Bien entendu, il ne s'agit que de l'un des nombreux cas de maltraitance systématique et de discrimination à l'égard des femmes iraniennes, non seulement de la part d’une partie de la population masculine, mais aussi de la part du système judiciaire et du gouvernement dans son ensemble. Alors que le tweet de Khamenei attirait l'attention sur de vrais problèmes de harcèlement et d'abus dans la société américaine, il omettait volontairement de reconnaître un aspect important de ces problèmes : ils sont très visibles dans les médias américains précisément parce qu'ils sont reconnus et pris au sérieux, et impliquent souvent l'arrestation et poursuite des auteurs.

En revanche, les femmes présumées victimes telles que Sekanva sont systématiquement et de manière agressive ignorées par le régime iranien, tout comme le sont les femmes et les hommes qui luttent pour les droits universels et la fin de la discrimination fondée sur le sexe. IranWire a rapporté lundi que « les arrestations et la persécution des militantes des droits des femmes se sont intensifiées » au cours des derniers mois. Deux personnalités ont été arrêtées chez elles le 1er septembre et une autre arrêtée chez elle le 3 septembre, avec une autre qui les a rejointe derrière les barreaux et en l'absence d'accusations précises, le 25 septembre, après avoir été arrêtée à l'aéroport Imam Khomeini.

Dans un article publié jeudi à propos du tweet de Khamenei, Radio Free Europe / Radio Liberty a déclaré : « L'Iran a également emprisonné la principale avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh, qui avait défendu certaines des femmes qui avaient retiré leur foulard en public pour protester contre la règle du hijab obligatoire ». Le rapport a souligné que ces manifestations étaient sans précédent en ce qui concerne leur publicité et l’ampleur du taux de participation. Cela met certainement en évidence le désaccord général de la population avec l’affirmation de Khamenei selon laquelle le hijab est une solution aux questions des droits humains.

Toujours jeudi, le Centre iranien des droits de l'homme a annoncé que des avocats représentant Nasrin Sotoudeh avaient engagé des poursuites contre le juge Mohammad Moghiseh, l'accusant de discrimination à son encontre et d’avoir dépassé les limites de la peine définies par la loi iranienne. Les condamnations arbitraires et disproportionnées sont un autre problème familier dans le bilan des droits humains en Iran, et d’autres questions que Khamenei et d’autres ont tenté de retourner contre les États-Unis.

À la fin de l’année dernière, Khamenei a utilisé Twitter pour coopter les hashtags liés au mouvement « la question de la vie des noirs » (« Black lives Matter ») aux États-Unis et a pointé du doigt les tirs de la police comme des preuves que le gouvernement américain « avait également recours à la répression aux États-Unis ».

Ici aussi, le Guide suprême a assimilé les actions de certains Américains à la politique du gouvernement, tout en ignorant les récits crédibles de la discrimination institutionnalisée du gouvernement iranien à l’encontre de groupes minoritaires tels que les bahaïs et les kurdes.

 

 

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