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arrestations bahaïs iranHuman Rights Watch, le 16 octobre 2018 - (Beyrouth) - Les services du renseignement iranien ont multiplié les arrestations de la minorité religieuse bahaïe du pays au cours des deux derniers mois, sans qu'aucune accusation ne soit clairement portée contre eux, a déclaré Human Rights Watch le 16 octobre dernier.

En août et septembre 2018, les autorités ont arrêté plus de 20 citoyens bahaïs, ainsi qu'un membre du conseil municipal qui, selon un collègue, aurait offert son soutien aux personnes arrêtées.

Parmi les personnes arrêtées figuraient 12 personnes natives dans la ville de Chiraz, dont 4 sont toujours détenues dans un centre de détention du ministère du renseignement. Le 25 septembre, le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CDHI) a annoncé qu'entre le 23 août et le 23 septembre, les autorités avaient arrêté 11 autres bahaïs dans les provinces d'Ispahan et de Karaj et les avaient transférés au centre de détention de Chiraz. La source qui a parlé à Human Rights Watch n’avait pas connaissance des accusations portées contre les détenus. Les autorités ont également arrêté Mehdi Hajati, membre du conseil municipal de Chiraz, pendant 10 jours après avoir déclaré qu'il tentait d'obtenir la libération des bahaïs.

« Plus de 20 arrestations en un mois sans fournir aucune justification montrent à quel point la République islamique est intolérante à l’égard de la communauté bahaïe en Iran », a déclaré Michael Page, directeur adjoint du Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Et les autorités poussent encore plus loin leur campagne d'intimidation, de harcèlement et de persécution en arrêtant des élus qui osent montrer leur solidarité envers leurs concitoyens bahaïs ».

La constitution iranienne ne reconnaît pas les bahaïs comme une minorité religieuse en Iran. Les autorités harcèlent, poursuivent et emprisonnent régulièrement les bahaïs uniquement pour la pratique de leur religion et détruisent régulièrement leurs lieux d'inhumation. Ils empêchent également les étudiants bahaïs de s’inscrire dans les universités et expulsent ceux qui adhèrent à cette religion.

Le 10 octobre, une source, qui a requis l’anonymat, a déclaré à Human Rights Watch que les autorités avaient arrêté Bahareh Qaderi, Navid Bazmandegan, Ehsan Mahboob Rahvafa, Elaheh Samizadeh, Soudabeh Haghighat et Noora Pourmoradaian, les 24 et 25 août. La source a déclaré que les autorités avaient arrêté Koroosh Rouhani, Mahboob Habibi, Dorna Esmaili, Houman Esmalili, Negar Misaghian et Pejman Shahriari, le 17 août.

Les autorités ont libéré Misaghian et Dorna Esmaili, le jour de leur arrestation, tout en accordant la liberté conditionnelle à Rohani, Shahriari, Habibi, Haghighat, Pourmoradian et Samizadeh, en attendant leur procès.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran a déclaré que les autorités avaient arrêté Bahareh Zeini, Sepideh Rouhani, Afshin Bolbolan, Milad Dordan, Anousheh Rayneh, Farhang Sahba et Foujan Rashidi à Baharestan, dans la province d'Isfahan, et Peyman Manavi, Kianoush Salmanzadeh, Maryam Ghaff, et Jamileh Pakrou dans la ville de Karaj, dans la province d’Alborz, du 23 août au 23 septembre.

Le 27 septembre, Qasem Moghimi, membre du Conseil Municipal de Chiraz, a déclaré à l'Agence de presse officielle, IRNA, que les autorités avaient arrêté Hajati, membre du conseil municipal de Chiraz, membre de la commission des droits de l'homme du Conseil, « pour avoir soutenu les bahaïs ».

Hajati avait tweeté le 25 septembre : « Au cours des 10 derniers jours, j’ai fait de mon mieux pour obtenir la libération de deux amis bahaïs mais j’ai échoué. Face à l'ennemi étranger, notre génération a le devoir de faire de son mieux pour réformer les procédures judiciaires et les autres problèmes qui menacent la justice sociale ».

Le 30 septembre, Ali Alqasimehr, responsable du pouvoir judiciaire dans la province de Fars, a déclaré à l’agence de presse, Mehr, qu’hormis « le soutien à une secte déviante », Hajati fait l'objet d'autres accusations criminelles mais il n'a pas fourni de détails. Les autorités ont libéré Hajati le 7 octobre.

Plusieurs membres du parlement iranien ont fait part de leurs préoccupations concernant l’arrestation de Hajati et ils ont déclaré qu’il défendait les droits des citoyens. Le 3 octobre, toutefois, l’association des parlementaires de la province de Fars a publié une lettre ouverte demandant aux autorités de ne pas permettre au « culte déviant » des bahaïs de conspirer et de fonctionner tout en veillant au respect des droits des citoyens.

Le 18 septembre, le site d’information d’Iran Wire a publié le nom de 54 étudiants bahaïs que les autorités avaient empêchés de s’inscrire dans les universités après avoir passé l’examen national d’entrée pour l’année scolaire 2018. L’origine de cette discrimination flagrante remonterait à un règlement de 1991, émanant du Haut Conseil de la révolution culturelle, organisme chargé de définir les politiques en matière d’éducation, qui autorise les autorités à expulser les étudiants bahaïs des établissements d’enseignement supérieur.

En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l'Iran est partie, la liberté de religion inclut « la liberté d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction de son choix et la liberté, individuelle ou en communauté avec d'autres et en public ou en privé, de manifester sa religion ou sa conviction par le culte, l'observance, la pratique et l'enseignement ». De même, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « toute personne arrêtée doit être informée, au moment de son arrestation, des motifs de son arrestation et doit être aussitôt informée de toute accusation portée contre elle ».

« Depuis quatre décennies, le système judiciaire et les agences de sécurité iraniennes violent les droits les plus fondamentaux de la communauté bahaïe en Iran », a déclaré M. Page. « Le président Rohani et son cabinet doivent cesser de prétendre qu'ils ne sont pas responsables de la persécution des bahaïs et mettre fin à ces violations ».