national geographic iranCSDHI - Dans un article sur la conservation de la faune en Iran, National Geographic a omis de signaler la mort d’un fervent défenseur de la nature en Iran. Le Dr. Kavous Seyed-Emami, défenseur de l’environnement, est mort en février 2018, dans la prison iranienne de Téhéran.

Aux éditeurs de National Geographic,

Le 8 mars 2019

Je vous écris pour exprimer ma consternation suite à votre récent article intitulé « Des braconniers aux protecteurs : rencontrez les gardes forestiers de la montagne de Masjed », publié le 7 mars 2019, par Kayleigh E. Long.

Pendant plus d'un siècle, votre magazine a non seulement sensibilisé des millions de personnes dans le monde entier sur l'importance de l'environnement naturel, mais il a également soutenu et respecté les critères professionnels les plus strictes. Pourtant, ces critères ont été écartés dans l’article de Mme Long. Aucune discussion sur la préservation de la faune sauvage en Iran ne peut être considérée comme complète ni même digne d'intérêt sans faire référence au fait que la faune et la protection de l'environnement en Iran ont effectivement été criminalisées. Les principaux défenseurs de la vie sauvage ont été arrêtés, emprisonnés, chassés hors du pays et possiblement assassinés.

Veuillez considérer les faits suivants :

Neuf défenseurs de la nature ont été arrêtés en janvier 2018 pour avoir exercé leurs activités en tant que membres de la Persia Wildlife Heritage Foundation et ont été accusés sans preuve d'être des « espions ».

L’un d’eux, Kavous Seyed-Emami, le fondateur de l’organisation, est mort dans des circonstances extrêmement suspectes moins de deux semaines après sa détention dans la prison iranienne d’Evine. Les autorités ont affirmé qu'il s'agissait d'un suicide et n'ont autorisé aucune enquête indépendante sur son décès ni une autopsie indépendante.

Les huit autres, après avoir passé l’année 2018 dans la prison d'Evine, dont une grande partie en isolement cellulaire et privés d'accès à un avocat, sont actuellement jugés dans le cadre d’une procédure, à huis clos, au cours de laquelle aucune preuve de leur culpabilité n'a été présentée, à l'exception des prétendues « confessions » qui, selon les accusés, leur ont été extorquées sous la torture.

Les huit personnes ont été accusées de délits comprenant l'espionnage et la « corruption sur la terre », passibles de la peine de mort en Iran.

Kaveh Madani, ancien chef adjoint du Département de l’environnement de l’Iran, a également été arrêté, interrogé, menacé et contraint de fuir l’Iran, après avoir quitté son poste de spécialiste de la gestion de l’eau au Imperial College de Londres afin d’aider l’Iran à faire face à la crise de l’eau.

Ces événements sont bien connus, la couverture et les condamnations internationales ont été diffusées partout dans le monde, et n’ont donc pu être manquées par aucun journaliste responsable ni par ses rédacteurs en chef. Par exemple :

L'ONU, dans une déclaration de ses principaux experts, a qualifié les accusations portées contre les défenseurs de l'environnement de « difficiles à comprendre » et a déclaré en février 2018 : « Nulle part dans le monde, y compris en Iran, la conservation ne doit être assimilée à de l'espionnage ou être considérée comme un délit ».

Des organisations environnementales renommées telles que la World Wildlife Foundation ont également exprimé leur « solidarité » envers les défenseurs de la nature qui sont accusés. Par exemple, Marco Lambertini, directeur général du WWF-International, a déclaré : « Nous sommes profondément préoccupés par la situation à laquelle nos collègues écologistes en Iran sont confrontés. Ce sont des experts réputés qui effectuent des travaux vitaux dans le pays, y compris la surveillance du guépard asiatique qui est en danger. « L'Union internationale pour la conservation de la nature a déclaré : « L'UICN est profondément alarmée par les accusations portées contre ces hommes et femmes dévoués qui se sont consacrés à préserver le riche environnement naturel et les espèces uniques de l’Iran », a déclaré le directeur général de l'UICN, Inger Andersen, « leur travail revêt une importance cruciale pour leur pays et ses habitants… l'UICN et ses commissions sont solidaires d’eux ».

De grandes personnalités de l’environnement, telles que Jane Goodall et 132 autres éminents défenseurs de l'environnement, ont également publié une défense commune passionnée de leurs collègues emprisonnés en Iran.

Des manifestations contre l'arrestation et l'emprisonnement des défenseurs de l'environnement ont été déposées par 26 gouvernements de l'Union Européenne.

Les principales organisations internationales de défense des droits humains telles que Human Rights Watch et Amnesty International ont également condamné leurs arrestations et leurs poursuites.

Dans son article, Mme Long a écrit : « Ces gardes forestiers constituaient autrefois la plus grande menace. Ils sont désormais les seuls protecteurs des espèces de la montagne Masjed ». Non, il y avait d'autres protecteurs des espèces menacées d’extinction en Iran - et neuf d'entre eux ont été arrêtés pour leurs efforts, dont huit d’entre eux sont encore en vie et font face à graves accusations pouvant entraîner de longues peines de prison ou la mort. Elle écrit également : « Dans la nature iranienne, la protection des espèces peut être une question de vie ou de mort : on estime qu'environ 120 gardes forestiers ont perdu la vie dans l'exercice de leurs fonctions dans le pays ».

La mention de la mort de ces rangers, lorsque cette « protection des espèces » a également entraîné la mort non mentionnée de M. Kavous Seyed-Emami, est une omission flagrante et inexplicable. Le fait de ne pas mentionner le contexte et les événements majeurs qui ont ébranlé la communauté environnementale en Iran rend impossible toute présentation significative des questions de préservation de la faune en Iran.

Votre mission stipule que vous vous conformez aux « normes les plus élevées en matière de conduite éthique » et que « les principes fondamentaux qui nous guident sont simples : agissez toujours avec honnêteté, équité et transparence ». Si vous estimiez que vous ne pouviez pas couvrir la question de manière complète et transparente en raison de considérations politiques, la question n'aurait pas dû être traitée, du tout. Il est plus que trompeur de parler de préservation de la faune sauvage en Iran sans aborder le fait que cette préservation est gravement mise en péril par les poursuites illégales engagées à l'encontre de ceux qui effectuent ce travail. Cela est contraire à l'éthique, cela est non professionnel et dangereux, en ce sens qu’il indique à tous les gouvernements qui contrecarrent le travail environnemental, pour des raisons politiques, qu’ils peuvent le faire en toute impunité.

Je vous exhorte à modifier l'article avec les informations ci-dessus et j'espère qu'à l'avenir, vous respecterez les normes les plus strictes en matière de journalisme, d'éthique et de gérance de l'environnement.

Cordialement,

Dr. Hadi Ghaemi, Directeur exécutif
Le Centre pour les droits de l'homme en Iran

(CHRI est une ONG à but non lucratif, non partisane et indépendante basée à New York qui se consacre à la protection et à la promotion des droits de l'homme en Iran)

Source : Le Centre pour les droits de l’homme en Iran

 

 

 

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