simin nouri iranCSDHI - "Nous voilà réuni à nouveau, à la veille de la Journée mondiale dédiée aux femmes, pour constater une nouvelle fois l’aggravation constante de la situation des filles et des femmes en Iran qui est au cœur de mon intervention", a déploré Simin Nouri, présidente de l'Association des femmes iraniennes en France.

Elle intervenait dans une réunion à l'ONU en marge de la 40e session du Conseil des droits de l'homme à Genève. Voici son intervention :

A travers ce qui se passe en Iran, nous vivons des journées décisives pour l’avenir des droits de l’homme non seulement en Iran, pays de 80 millions d’habitants, mais aussi au Moyen-Orient et dans le monde entier. Je ne vous apprends rien de nouveau si je rappelle qu’un aspect majeur de la question des droits de l’homme en Iran depuis l’avènement du régime khomeyniste, a toujours été et reste les violations toujours plus aggravées des droits de femmes aussi bien dans le domaine public que dans la vie privée.

Nous voilà réuni à nouveau, à la veille de la Journée mondiale dédiée aux femmes, dans cette enceinte pour parler des Iraniennes, et pourquoi ?

Malheureusement pas pour évaluer les progrès significatifs, qualitatifs ou quantitatifs, obtenus grâce à l’intervention de la communauté internationale, ses résolutions, ses conseils et ses exigences, mais pour constater une nouvelle fois l’aggravation constante de la situation des filles et des femmes en Iran qui est au cœur de mon intervention.

Une nouvelle preuve de la persistance de ce pouvoir dictatorial vient d’être montré par le régime lui-même en nommant un criminel de masse notoire au poste de chef du pouvoir judiciaire, la plus haute fonction de l’Etat après celle du guide suprême. Ebrahim Raissi était l’un des quatre membres de la commission de la mort qui a mis à exécution la fatwa de Khomeiny ordonnant l’anéantissement de tous les prisonniers politiques appartenant à son opposition principale les Moudjahidine du peuple d’Iran.

Au cours de ces quatre décennies, nous avons assisté à une stratégie délibérée de la répression constante des femmes et la dégradation de leur statut social au nom de l’islam alors que ces pratiques barbares n’ont rien à voir avec l’esprit de la foi musulmane. Cette stratégie a eu pour résultat des ravages et des tragédies comme :

-Le nombre le plus élevé d’exécutions de femmes dans le monde : plusieurs milliers de prisonnières politiques, des femmes et de très jeunes filles Moudjahidine du peuple, notamment lors du massacre de 1988 dans les prisons en Iran.

Il est surtout à noter que 87 femmes ont été exécutées depuis l’arrivée d’Hassan Rohani, ce prétendu « modéré », à la présidence en août 2013, dont 5 pendues en 2018 ;

-Le taux le plus élevé de suicides de femmes au Moyen Orient ;

-Plus de 180.000 mariages précoces et forcés chaque année, de nombreuses mariées de 8, 9, et 10 ans… de nombreuses veuves adolescentes, avec ou sans enfants ;

- La pauvreté de 3 millions de femmes cheffes de famille, laissées sans aucune aide sociale, poussées à des travaux pénibles avec des salaires de misère, ou qui se débattent dans le chômage et qui sombrent dans la prostitution et la toxicomanie, des pathologies sociales qui ont marqué et continuent à affecter des générations entières.

- Enfin le grand nombre de prisonnières politiques ou de droits civils qui dépérissent actuellement dans les geôles du régime, qui sont très souvent privées de soins médicaux et de visites et de contacts avec leurs proches.

Ici, je ne vais pas rappeler la longue liste des lois misogynes qui visent les Iraniennes dès l’enfance, ni répéter ce qui a été dit des centaines de fois et qu’on peut voir en partie dans les documents et rapports des Nations Unies sur les violations à l’égard de plus de 40 millions de femmes en Iran.

Par contre, je mettrai l’accent sur le rôle éminent des femmes dans la révolte en cours en Iran, sous différentes formes et de manière quotidienne.

Face à l’idéologie islamiste du pouvoir fondée sur des dogmes venus d’un autre âge et dont l’un des principaux piliers est la répression constante des femmes et la dégradation de leur statut social au nom de la religion, les femmes iraniennes jouent un rôle de premier plan dans le mouvement de contestation.

Les Iraniennes se sont élevées à plusieurs reprises contre les violations de leurs droits les plus élémentaires au cours de ces quatre décennies ; elles ont résisté à une répression systématique et quotidienne par tous les moyens à leur disposition. Mais, aujourd’hui leur lutte et leur résistance s’inscrivent dans le cadre d’une révolte populaire généralisée aux dimensions et à la durée sans précédentes, commencé il y a plus de 14 mois et qui continue à ébranler les fondements de la tyrannie religieuse du « guide suprême », empêtrée dans de nombreuses crises internes, régionales et internationales.

Le numéro 2 des gardiens de la révolution (pasdaran), Rassoul Sanai-Rad, avait déclaré début 2018 que «la principale chaîne de provocation et le déclencheur des manifestations sont des femmes… »

En effet la présence massive et active des femmes qui organisent, gèrent, filment et portent secours lors des manifestations, sit-in et rassemblements de protestation à travers le pays, attire particulièrement l’attention. Les courageuses enseignantes, infirmières, ouvrières, épargnantes spoliées, militantes de tous les droits, étudiantes… scandent des slogans joliment rimés en persan, hostiles au pouvoir, rejetant toutes les factions du régime, aussi bien les conservateurs que les « soi-disant » réformateurs.

Elles dénoncent la répression et la corruption du régime et ses aventures expansionnistes qui enfoncent chaque jour davantage la population dans la pauvreté, alors que ce même peuple vit sur l’un des sous-sols les plus riches au monde.

Les manifestantes font l'objet de harcèlement, d'arrestations, de détentions arbitraires, d'interrogatoires et de poursuites judiciaires ; nombreuses demeurent actuellement dans les centres de détention ou dans les sinistres prisons d’Evine et de Qarchak qui est réservé aux femmes près de Téhéran.

Dans son rapport publié le 24 janvier 2019, Amnesty International qualifie 2018 de l’année de LA HONTE pour l’Iran et dénonce « la répression effroyable de la dissidence, plus de 7000 personnes arrêtées ».

Il est plus que jamais urgent de soutenir moralement, politiquement et juridiquement le combat des Iraniennes et des Iraniens. D’autant plus que nous avons en face de nous, un régime affaibli par les conséquences de ses propres politiques, et pratiques, notamment le recours au terrorisme et une politique de déstabilisation dans la région.

Notre association, aux côtés d’autres organisations et associations concernées par la situation en Iran, appelle la communauté internationale représentée au sein de Conseil des droits de l’homme, à agir avec fermeté, dans l’intérêt de toutes les Iraniennes et toutes les femmes du Moyen-Orient victimes de l’idéologie islamiste propagée depuis Téhéran, en condamnant vigoureusement les pratiques inhumaines de la dictature khomeyniste. La communauté internationale doit adopter des mesures pratiques qui s’impose pour aider les femmes et les hommes d’Iran à mettre fin à cette situation désastreuse qui ne peut et ne doit plus durer.

 

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