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manifestations étudiants iraniens crash avion iranFrance 24 - Les manifestants et les journaux iraniens ont intensifié la pression sur les dirigeants du pays et la police anti-émeute a intensifié sa présence à Téhéran, dimanche 12 janvier, après que l’armée iranienne ait reconnu avoir abattu par erreur un avion de ligne ukrainien. Samedi et dimanche, le peuple a réclamé la démission du Guide suprême de l'Iran.

La police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes sur des milliers d'Iraniens qui étaient descendus dans la rue, samedi 11 janvier au soirn dans la capitale et dans d'autres villes, beaucoup scandant « Mort au dictateur », dirigeant leur colère contre la plus haute autorité iranienne, le Guide suprême Ali Khamenei.

Les images et les reportages des manifestations ont été diffusés par des agences de presse affiliées à l'État, ainsi que des vidéos sur les réseaux sociaux.

Des habitants de Téhéran ont déclaré à Reuters que la police avait intensifié leur présence dans la capitale, dimanche matin.

« Présentez vos excuses et démissionnez », a écrit, dans ses gros titres, dimanche, le quotidien iranien modéré Etemad, affirmant que « la demande du peuple » était que les responsables de la mauvaise gestion de cette situation critique, démissionnent.

Les 176 personnes à bord du vol, dont beaucoup d'Iraniens ayant la double nationalité, ont été tuées.

Des protestations ont éclaté après l'admission officielle, samedi, que l'armée a abattu accidentellement l'avion d'Ukraine International Airlines quelques minutes après le décollage mercredi, lorsque les forces iraniennes ont été alertées des représailles américaines après des frappes au tac au tac.

Pendant des jours, les responsables iraniens ont vigoureusement nié leur responsabilité, même si le Canada, qui comptait 57 citoyens sur le vol, et les États-Unis ont déclaré que leurs renseignements indiquaient qu'un missile iranien était responsable, bien qu'il ait probablement tiré par erreur.

Le président iranien a déclaré qu'il s'agissait d'une « erreur désastreuse » et il s'est excusé. Mais un haut commandant des Gardiens de la révolution (les pasdarans) a ajouté à la colère du public à propos de l'admission retardée, quand il a dit qu'il avait dit aux autorités qu'un missile avait frappé l'avion le jour où il s'est écrasé.

Défis

Un autre quotidien modéré, Jomhuri-ye Eslami, ou République islamique, a écrit dans un éditorial : « Ceux qui ont retardé la publication de la raison de l'accident d'avion et compromis la confiance des gens dans les institutions devraient être renvoyés ou démissionner. »

La critique des autorités iraniennes n'est pas inhabituelle, mais elle a tendance à rester dans des limites étroites.

Les attaques et les protestations de la presse ajoutent aux défis auxquels est confronté le régime qui, en novembre, a connu les troubles les plus sanglants du pays depuis la révolution islamique de 1979.

Alors que les manifestations de samedi se répandaient dans tout le pays, y compris les grandes villes telles que Chiraz, Isfahan, Hamedan et Oroumieh, le président américain Donald Trump a déclaré sur Twitter : « Nous suivons vos protestations de près et nous sommes inspirés par votre courage. »

« Il ne peut pas y avoir un autre massacre de manifestants pacifiques, ni une coupure d'Internet. Le monde vous regarde », a-t-il déclaré, publiant ses tweets en farsi et en anglais.

La Grande-Bretagne a déclaré que son ambassadeur en Iran avait été brièvement arrêté samedi par les autorités de Téhéran. Une agence de presse a déclaré qu'il avait été arrêté à l'extérieur d'une université pour avoir incité à des manifestations.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a qualifié cet acte de « violation flagrante du droit international ».

« Le gouvernement iranien est à la croisée des chemins. Il peut poursuivre sa marche vers le statut de paria avec tout l'isolement politique et économique que cela implique, ou prendre des mesures pour désamorcer les tensions et s'engager sur la voie diplomatique », a-t-il déclaré.

Les manifestations à l'intérieur de l'Iran ont fait suite à une montée des tensions entre l'Iran et les États-Unis, qui se sont retirés du pacte nucléaire de Téhéran avec les puissances mondiales en 2018, puis ont réimposé des sanctions qui ont régulièrement paralysé l'économie iranienne.

« Horrible »

Le 3 janvier, une frappe de drones américains en Irak a tué l'éminent commandant iranien Qassem Soleimani, responsable de la constitution du réseau d'armées régionales mandataires de l’Iran en Irak et au-delà, et Téhéran a répliqué en tirant des missiles sur des cibles américaines en Irak.

Aucun soldat américain n’a été tué. Cependant, quelques heures après, le Boeing 737 ukrainien a été autorisé à décoller de l’aéroport de Téhéran, puis a été abattu par un missile tiré par erreur par un opérateur qui a pris l’avion pour un attaquant.

« Abattre un avion civil est horrible. L'Iran doit assumer l'entière responsabilité », a déclaré le Premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Trudeau a déclaré que le président iranien, Hassan Rouhani, s'était engagé à collaborer avec les enquêteurs canadiens, pour s’efforcer de désamorcer les tensions dans la région et à poursuivre le dialogue.

La fureur publique contre les autorités iraniennes a augmenté à mesure que les questions sur l'accident d'avion montaient. Les Iraniens sur les réseaux sociaux ont demandé pourquoi les responsables étaient occupés à repousser les critiques de l'étranger plutôt qu'à sympathiser avec les familles en deuil. D'autres ont demandé pourquoi l'avion avait pu décoller à un moment de haute tension.

Amirali Hajizadeh, un commandant en chef des Gardiens de la révolution (les pasdarans), une armée parallèle mise en place pour défendre la nation et le régime théocratique, a déclaré qu'il avait demandé que les avions civils restent cloués au sol, mais sa demande n'a pas été respectée.

La mort de Soleimani lors d'une frappe de drones des États-Unis avait attiré une foule de personnes en deuil dans les rues d'Iran, qui, selon les responsables iraniens, témoignaient du soutien du peuple au régime.

Mais les manifestations de samedi et la réaction du peuple à l’abattage de l’avion de ligne ont brisé l’image de la solidarité nationale. Les manifestants ont déchiré des photos du général tué.

(AFP)