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mariages enfants iranCSDHI - Environ un cinquième des mariages en Iran sont des mariages d'enfants selon la définition de l'UNICEF.

Les chiffres sur les mariages d'enfants en Iran sont choquants. Quels que soient l'âge ou les critères que nous utilisons pour les définir, les chiffres du mariage des jeunes filles sont impressionnants, même par rapport aux normes du mariage en République islamique. Trois modèles peuvent être envisagés pour comprendre exactement ce qui se passe autour des mariages d'enfants en Iran. Le premier modèle est la norme internationale, basée sur la définition de l'UNICEF du mariage des enfants. Le second est basé sur la définition de l’âge légal du mariage selon une mesure législative non approuvée présentée par le gouvernement iranien. Et le troisième est fondé sur ce qui est actuellement considéré comme l’âge minimum conditionnel du mariage en Iran.

En Iran, un mariage sur cinq est un mariage d'enfants

L'UNICEF considère tout mariage impliquant au moins une personne de moins de 18 ans comme un mariage d'enfants. En conséquence, dans la plupart des pays du monde, le mariage est illégal avant l'âge de 18 ans ; en Iran, une telle norme semble être un rêve lointain pour les défenseurs des droits des enfants. Les statistiques sur le mariage des filles de moins de 18 ans montrent la gravité de la situation dans le pays.

Au total, 550 565 mariages ont été enregistrés entre mars 2018 et mars 2019. Dans 112 647 cas, la mariée était âgée de 17 ans ou moins. Plus d'un cinquième des mariages enregistrés en Iran au cours de cette année étaient donc des mariages d'enfants selon l’indicateur de l'UNICEF.

Dans un mariage sur 10 en Iran, la mariée a moins de 16 ans

Le deuxième critère est fondé sur un projet de loi du gouvernement qui a été bloqué par le comité judiciaire du Parlement iranien. Le projet de loi n’était pas de calibre mondial, mais c’était une mesure progressiste contre le statu quo. Le projet de loi fixe l'âge minimum du mariage à 16 ans et interdit strictement les mariages impliquant des personnes de moins de 16 ans.

L’âge minimum du mariage en Iran, si le projet de loi avait été adopté, aurait été fixé à 16 ans ; néanmoins, selon l'Organisation nationale de l’état civil, l'année dernière, 54 381 mariages ont été enregistrés en Iran, où la mariée était plus jeune que cet âge. Le chiffre signifie qu'environ 10 % de tous les mariages l'année dernière impliquaient donc une enfant mariée selon les propres normes (ratées) de l'Iran. Les années précédentes, les chiffres étaient similaires.

Sur mille mariages enregistrés, dans trois cas, des filles de 12 ans ou moins ont été mariées sur décision d'un juge

Le troisième critère, concernant le nombre de filles de 12 ans ou moins mariées chaque année, reflète ce qu’il y a de pire dans la situation actuelle. L’article 1041 du Code civil iranien stipule que le mariage d’une fille de moins de 13 ans et d’un garçon de 15 ans environ doit être approuvé par les parents et selon une décision de justice.

Les données de l'Organisation nationale de l'état civil indiquent qu'environ 1100 filles de moins de 12 ans se sont mariées en 2017-2018 ; plus récemment, ce chiffre était d'environ 2 600 filles. Il s'agit de deux ou trois mariages pour mille enregistrés tout au long de l'année - ce qui est un nombre important et significatif compte tenu de l'obligation légale d'obtenir l'approbation du tribunal. La loi autorise un juge à délivrer une licence de mariage dans tous ces cas lorsqu'il est « opportun » de le faire.

Les chiffres des mariages d'enfants en Iran selon l'UNICEF et les mesures nationales

Quelles sont les raisons qui expliquent le mariage d’enfants ?

Le mariage d'enfants en Iran, en tant que phénomène, existe pour diverses raisons. Certes, un certain nombre de facteurs culturels, religieux, économiques et politiques ont conduit à la prévalence du mariage des enfants en Iran.

Tendances religieuses conservatrices

L'une des raisons du taux élevé de mariage d'enfants en Iran est la domination de factions religieuses conservatrices qui exercent une énorme influence politique. Ces dernières années, ce groupe a été actif sur deux fronts ; la première étant la propagande ou, en d'autres termes, la promotion du mariage précoce des jeunes enfants par le biais des médias officiels. Sur le second front, grâce à l'influence politique, ces factions ont réussi à empêcher une réforme de la loi qui limiterait les mariages d'enfants.

Société et culture

Un coup d’œil sur la répartition géographique des incidences du mariage d’enfants en Iran montre qu’en plus des provinces ayant des niveaux de religiosité prononcés comme Khorasan, Sistan-Baloutchistan, la situation dans le nord-ouest de l’Iran est particulièrement critique, un point qui nécessite une étude sociale et culturelle approfondie pour être compris à un niveau fondamental.

Économie

L’une des principales raisons de la prévalence des mariages d’enfants et des mariages forcés en Iran est la pauvreté et le désespoir économique des familles pauvres et nombreuses. Marier des filles signifie réduire les coûts familiaux. Des études montrent que plus la prospérité économique et le niveau de bien-être sont élevés, plus le taux de mariages forcés est faible.

Il y a une tradition de mariages d'enfants en échange d'une compensation financière dans les bidonvilles depuis de nombreuses années. Mais plus récemment, le phénomène a pris de nouvelles formes et a poussé de plus en plus de gens dans cette mauvaise affaire.

D'un côté, il y a la tentation d’obtenir des prêts de mariage ; et de l'autre, il y a la détérioration sans précédent de la situation économique de tous les Iraniens.

L'année dernière, les prêts de mariage disponibles pour les mariées étaient de 30 millions de tomans (environ 2 290 €) chacun - un total de 60 millions de tomans pour le couple. Les informations suggèrent que les prêts de mariage dans le budget du gouvernement de l'année prochaine atteindront 100 millions de tomans, soit environ 7 300 €, bien que cela ne soit pas encore approuvé.

Le prêt de mariage total pour un couple se compare favorablement au revenu moyen des ménages iraniens. Les statistiques nationales pour 2017-2018 montrent que le revenu moyen des ménages urbains en Iran était de 28 millions de tomans, et dans certaines provinces, il était inférieur à 20 millions de tomans ; se marier peut alors doubler le revenu d'un ménage urbain typique.

Les niveaux de revenu dans les zones rurales sont naturellement beaucoup plus bas – 16 millions de tomans dans certaines régions et aussi bas que 10 millions ou moins dans les régions les plus pauvres d’Iran. Les parents qui peuvent marier des filles mineures pour des raisons religieuses, politiques ou culturelles sont donc incités à le faire par les dures réalités économiques.

Source : IranWire