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commémoration abattage avion iranCSDHI - La militante des droits civiques Shora Fekri a été emmenée dans la prison à Amol, dans la province de Mazandaran, en Iran, le 18 mai 2020, pour commencer à purger une peine de cinq mois de prison pour avoir protesté contre l’abattage par l'Iran d'un avion de passagers ukrainien, a appris le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CDHI).

Après trois jours de déni, le Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans) iranien a reconnu avoir abattu « accidentellement » l'avion, le 8 janvier 2020, tuant les 176 personnes à bord. Des milliers d'Iraniens, principalement des étudiants universitaires, ont organisé des rassemblements à Téhéran et dans d'autres villes pour condamner l’abattage et les démentis officiels.

Les forces de sécurité ont violemment réprimé des manifestants pacifiques avec une force meurtrière, arrêtant de nombreux manifestants pacifiques dans différentes villes.

Jusqu'à présent, plus de 16 manifestants ont été condamnés à des peines de prison et de flagellation rien qu'à Amol. Ils avaient été arrêtés par les services du renseignement des pasdarans, le 12 janvier 2020, sur la place principale de la ville où ils s'étaient rassemblés pour commémorer les victimes.

Parmi eux figuraient Shora Fekri, Mohsen Rezaei, Meysam Khalili, Mehdi Raei et Salman Farrokhi, qui, le 24 avril, ont été condamnés à cinq mois de prison chacun pour « propagande contre l'État » par la branche 1 du tribunal révolutionnaire d'Amol présidé par le juge Morteza Mahdavi.

Onze autres personnes - Amin Forouhi, Ali Shokri, Azadeh Javani, Aydin Javani, Ayda Javani, Alireza Mohammadnejad, Fereshteh Mahmoudi, Hossein Mostafania, Meysam Khodabandehlou, Hamid Mohammadi Irani et Mohammad Reza Shojaei - ont été condamnés chacun à huit mois de prison pour « propagande contre l'Etat » par la branche 1 du tribunal révolutionnaire et à cinq mois de prison supplémentaires et 20 coups de fouet chacun, ordonnés par le tribunal pénal d'Amol pour « trouble à l'ordre public ». La peine prononcée par le tribunal pénal a été suspendue pour un an.

« Le procès n'a même pas duré une minute », a déclaré une source bien informée au CDHI, le 20 mai dernier, sous couvert d'anonymat. « Le juge a demandé si les accusés étaient présents au rassemblement et s'ils avaient scandé des slogans. C'est tout. Puis il a rendu un verdict... Ni le procès ni les verdicts n'étaient conformes à la loi. »

Les 16 personnes n'ont pas eu droit à un avocat pendant leur procès.

À l'exception de Shora Fekri, tous les accusés sont libres sous caution dans l'attente d'une décision de leur appel.

Un habitant qui était présent au rassemblement du 12 janvier à Amol a déclaré au CDHI : « Nous devions nous retrouver sur la place Qaem à six heures de l'après-midi pour allumer des bougies en souvenir des victimes de l'accident d'avion ukrainien. Quand les gens ont commencé à se rassembler, la police les a battus et ne les a pas laissés traîner ».

« Le rassemblement a été totalement pacifique. Les gens ne scandaient que des slogans et marchaient sur le trottoir sans entrer dans la rue. Il y avait entre 1 500 et 2 000 manifestants et environ 70 % d'entre eux étaient des femmes. Ils ont été agressés par la police et les forces de sécurité et un certain nombre d'entre eux ont été arrêtés par les pasdarans et d'autres par la police de sécurité. »

« Ceux qui ont été arrêtés n'ont manifesté aucune résistance parce qu'ils n'avaient pas enfreint la loi. Mais ils ont été battus avec des matraques, des coups de pied et des coups de poing. Deux détenus ont été emmenés malgré des saignements à la tête. »

« Au centre de détention des services du renseignements des pasdarans, ils ont été très mal traités. On leur a ordonné d'enlever tous leurs vêtements soi-disant pour une fouille corporelle, menottés à des chaises et sévèrement battus au point qu'ils portaient encore des marques sur leur corps lorsqu'ils ont été libérés. »

« Rahim Rostami, l'interrogateur au centre de détention des pasdarans, a été extrêmement violent envers les détenus. »

Le témoin oculaire, qui a demandé à rester anonyme, a ajouté : « Ce qui s'est passé à Amol le 12 janvier n'était pas du tout un problème de sécurité, mais un rassemblement très simple pour que les gens expriment leur chagrin et leur empathie envers un triste incident. Mais les autorités ne les ont pas laissés faire. »

Source : Le Centre pour les droits de l’homme en Iran