Publié le : 29th avril 2019

javad zarif min affaires étrangères otages iranCSDHI – La déclaration du ministre des affaires étrangères, Javad Zarif, déclarant le 24 avril 2019 qu’il a le « pouvoir » d’échanger des Irano-Américains emprisonnés en Iran avec les Etats-Unis est un aveu flagrant que ces prisonniers sont détenus avec le statut d’otages politiques.

« Si jamais il était question que des citoyens iraniens emprisonnés ayant la double nationalité soient utilisés comme des pions politiques, Zarif a reconnu publiquement aujourd’hui que son gouvernement avait pris ces personnes en otages », a déclaré Hadi Ghaemi, directeur exécutif du Centre pour les droits de l’homme en Iran, le 24 avril dernier (CDHI).

« Le ministre des affaires étrangères a parlé comme s’il cherchait un accord commercial alors qu’il jouait avec la vie de personnes qui ont été détruites par le gouvernement iranien », a-t-il ajouté.

Le 24 avril 2019, Zarif a déclaré qu’il avait offert d’échanger des Irano-Américains détenus en Iran avec des Iraniens détenus aux États-Unis, mais qu’il n’avait reçu aucune réponse de l’administration Trump.

« Je mets cette offre sur la table maintenant », a-t-il déclaré. « Echangeons-les … Je suis prêt à le faire et j’ai l’autorité de le faire », a déclaré Zarif lors d’une conférence sur invitation organisée par la Asia Society à New York.

Auparavant, lorsqu’ils ont été confrontés à des questions concernant les prisonniers politiques iraniens, Zarif et le président Hassan Rouhani ont déclaré à maintes reprises que le pays disposait d’un « pouvoir judiciaire indépendant » et qu’ils ne pouvaient pas intervenir dans ses processus.

« La déclaration de Zarif met, aujourd’hui, à nu la nature politisée du système judiciaire iranien et de tout le processus judiciaire », a déclaré Ghaemi.

« Les revendications du gouvernement Rouhani en faveur d’un pouvoir judiciaire indépendant sont plus fausses que jamais », a-t-il ajouté.

Au moins 11 ressortissants iraniens et étrangers étaient emprisonnés en Iran en avril 2019, dont le citoyen irano-américain, Siamak Namazi, détenu depuis 2015, l’érudit américain Xiyue Wang et le vétéran des Marines, Michael White.

Parmi les ressortissants européens emprisonnés figurent la citoyenne irano-britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, détenue depuis 2016, le citoyen irano-suédois Ahmadreza Djalali, également détenu depuis 2016, et le citoyen iranien-autrichien, Kamran Ghaderi.

En février 2018, la famille de Kavous Seyed-Emami, irano-canadien, a appris qu’il s’était suicidé alors qu’il était interrogé à la prison d’Evine, à Téhéran.

Sa famille a déclaré au CDHI qu’elle avait subi des pressions pour l’enterrer rapidement sans autopsie indépendante. Depuis, Maryam Mombeini, l’épouse de Seyed-Emami, également de double nationalité, n’a pas le droit de quitter le pays.

Tous ces prisonniers ont été emprisonnés soit par des agents du ministère du renseignement iranien, soit par le service du renseignement des pasdarans, maintenus en isolement pendant des mois et interrogés à plusieurs reprises sans avocat.

L’Iran dit ne pas reconnaître la double nationalité, mais l’offre de Zarif concernant un échange de prisonniers avec les États-Unis a explicitement reconnu la double nationalité des détenus.

En juillet 2018, un juge iranien a déclaré à Zaghari-Ratcliffe, ancienne employée de la Fondation Thomson Reuters basée à Londres, qu’elle ne serait pas libérée de prison tant que l’Iran n’aurait pas reçu le paiement d’une ancienne dette qui lui était due, a affirmé son mari, Richard Ratcliffe.

Des membres de la famille de certains doubles ressortissants emprisonnés ont également directement informé le CDHI que les autorités judiciaires iraniennes leur avaient dit de chercher un accord d’échange de prisonnier avec le gouvernement étranger respectif.

L’Iran détient également un nombre inconnu de prisonniers politiques, notamment des militants, des avocats, des dirigeants syndicaux, des journalistes, des dirigeants de communautés minoritaires et d’autres citoyens ne possédant pas la double nationalité.

Source : Le Centre pour les droits de l’homme en Iran