Publié le : 16th novembre 2020
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Le Tribunal d’Aban

CSDHI – « Ce tribunal contribuera à faire régner la justice. Et, espérons-le, à empêcher que de telles atrocités ne se reproduisent. Il envoie un message aux victimes et à leurs familles pour leur dire qu’elles n’ont pas été oubliées. »

Un Tribunal populaire international créé pour enquêter sur les atrocités commises en Iran

Justice for Iran, Iran Human Rights (IHR) et la coalition mondiale Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) au nom des familles des victimes et des manifestants ont créé un tribunal populaire international, le Tribunal d’Aban, chargé d’enquêter sur les atrocités qui ont eu lieu en Iran il y a exactement un an.

Le Tribunal donne mandat à un groupe d’avocats internationaux de renom au nom de la communauté des victimes et du public pour enquêter sur les violations des droits humains commises par l’Iran. Cela a eu lieu lors d’une vague de protestations nationales en novembre 2019. Durant celles-ci, des centaines de manifestants non armés sont morts. Après avoir entendu les preuves et délibéré, le groupe déterminera si les forces de l’État iranien et les paramilitaires ont commis des crimes de droit international pendant les manifestations.

Un co-conseil chargé de recevoir les témoignages des victimes et des experts

Le Tribunal sera composé d’un co-conseil, dirigé par Hamid Sabi. Il s’agit de l’avocat des droits humains basé à Londres qui a siégé au Tribunal pour la Chine, au Tribunal pour l’Iran et au Tribunal pour l’Ouïghour actuel. Un panel composé de sept membres indépendants composera ce co-conseil. Il se réunira début 2021. Le Tribunal d’Aban – nommé d’après le mois du calendrier officiel de l’Iran où les atrocités ont eu lieu – recevra les témoignages des victimes et des experts pendant trois jours d’audience.

Le jugement du tribunal sera annoncé en avril 2021.

Shadi Sadr

Shadi Sadr, directrice exécutive de Justice pour l’Iran, a annoncé la création du Tribunal aujourd’hui à Londres, à l’occasion de l’anniversaire des manifestations. Elle a d’ailleurs déclaré :

« La création de ce Tribunal est urgente et nécessaire. Lorsque la communauté internationale ferme les yeux sur de telles atrocités, ceux qui savent ce qui s’est passé ont la responsabilité morale de faire en sorte que justice soit faite et que les responsables rendent des comptes. »

Mahmood Amiry-Moghaddam

Mahmood Amiry-Moghaddam, le directeur d’Iran Human Rights, a déclaré :

« Ce tribunal contribuera à faire régner la justice. Et, espérons-le, à empêcher que de telles atrocités ne se reproduisent. Il envoie un message aux victimes et à leurs familles qu’elles n’ont pas été oubliées. Il envoie aussi un message fort aux responsables des atrocités. Ils comprendront qu’ils sont surveillés et qu’un jour ils devront répondre des crimes qu’ils ont commis. »

Hamid Sabi

Hamid Sabi, avocat des droits humains qui agira comme co-conseil au Tribunal, a déclaré :

« Ceux qui ont manifesté sont soit en prison, soit leurs familles sont soumises à une terrible pression. Les « assassinés » n’ont pas eu droit à des funérailles. Quelques 4 000 prisonniers sont en prison à cause de ces atrocités. 15 d’entre eux seront probablement condamnés à mort. Grâce à la création du Tribunal, nous voulons que le monde sache à quoi les citoyens ordinaires sont confrontés. Nous exhortons la communauté internationale à faire pression sur le régime iranien pour qu’il mette fin à ces atrocités. »

Le soutien de Sir Geoffrey Nice QC

Sir Geoffrey Nice QC, l’avocat britannique qui était procureur au procès de Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, soutient la création du Tribunal d’Aban. Sir Geoffrey a déclaré :

« Ce tribunal permettra de résoudre – rapidement mais équitablement – la vérité sur les crimes terribles commis par un État trop puissant.

« Les tribunaux populaires comblent les lacunes en matière de connaissances et d’information. Ils sont créés parce que les organismes nationaux et internationaux craignent de dire la vérité. Dans le cas de l’Iran, ils craignent toujours de révéler au public ce que le régime iranien est réputé faire. Ce Tribunal comblera ces lacunes. Il laissera le soin à des organismes capables de rendre justice maintenant ou en temps opportun. Il établira également un bilan historique de ce qui s’est passé en novembre 2019. »

Les familles de deux victimes témoignent

Les familles de deux victimes de la répression iranienne, Bahman (Reza) Jafari et Ershad Rahmanian, se sont jointes à l’annonce officielle d’aujourd’hui. Elles ont salué la création du Tribunal.

La famille de Reza Jafari

Reza Jafari, 28 ans, diplômé en informatique, se serait rendu à son travail dans un atelier de réparation de voitures à Chiraz. C’est une ville du centre-sud de l’Iran. Il a reçu quatre balles. Dina Jafari, la cousine de sa mère qui vit à Nottingham, au Royaume-Uni, a déclaré :

« Reza était un garçon extraordinairement calme, tranquille et doux, plein de vie. C’était un artiste et un sculpteur. Il avait beaucoup de rêves. Après le meurtre de Reza, les forces de sécurité ont rendu visite à sa famille, lui proposant de le désigner comme martyr. Mais non, ils ont tué notre jeune garçon ; notre enfant n’est pas un martyr. La seule chose que nous attendons de ce Tribunal est d’agir comme un tribunal juste. Nous voulons qu’il rende justice à notre jeune garçon, à tous les jeunes garçons ».

La famille d’Ershad Rahmanian

Ershad Rahmanian, un diplômé en anesthésie de 24 ans, est une autre victime du régime des mollahs. Ses agents l’ont torturé et abattu à cause de sa participation aux manifestations de l’année dernière à Marivan. Son cousin Kamyar Admadi s’est exprimé depuis Oslo, en Norvège :

« Ershad était un jeune homme gentil qui aimait la poésie, la littérature et la musique classique. Les agents de sécurité ont menacé sa famille à de nombreuses reprises pour qu’elle se taise. Ils lui ont demandé de dire que leur fils s’était suicidé. Notre famille attend du tribunal populaire qu’il identifie les véritables meurtriers de notre jeune garçon, et d’autres jeunes hommes. »

Un tribunal qui poursuit les enquêtes des grandes organisations internationales

Le Tribunal suit les conclusions des enquêtes rigoureuses menées par le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, le secrétaire général des Nations unies et des organisations telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch, Justice for Iran et Iran Human Rights, qui fournissent des preuves essentielles sur les graves violations des droits humains commises par les forces du régime pendant les manifestations, et sur l’impunité absolue dont ont bénéficié les auteurs. Malgré cela, les autorités iraniennes ont refusé d’enquêter de manière appropriée sur les meurtres et de fournir des réponses aux demandes de vérité et de justice des familles des victimes. Au lieu de cela, les familles ont dû se contenter de propositions d’argent et de « martyr » tout en étant menacées et intimidées si elles tentaient de poursuivre leurs plaintes.

Pour en lire plus : https://iranhr.net/en/articles/4495/

Source : Iran Human Rights

 

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