CSDHI – La Journée internationale des travailleurs est un symbole mondial de la lutte pour la justice, des salaires équitables, des conditions de travail sûres, des protections sociales et le droit de s’organiser. C’est l’occasion de reconnaître la dignité du travail et le besoin d’équité face à l’exploitation.
Or, en Iran, sous la théocratie actuelle, les travailleurs iraniens sont systématiquement privés de leurs droits les plus élémentaires. Les politiques économiques d’exploitation du régime ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté, l’insécurité et la répression.
Difficultés économiques : Salaires inférieurs au seuil de pauvreté, injustice et répression
Salaires inférieurs au seuil de pauvreté et inflation galopante
Le niveau de revenu est un indicateur clé de la situation critique des travailleurs iraniens. Le 16 mars 2025, Ahmad Meydari, vice-ministre du travail, a annoncé que le salaire minimum pour la nouvelle année serait d’environ 10,4 millions de tomans (~130 USD), alors que le coût réel de la vie est estimé à plus de 35 millions de tomans. En revanche, un directeur des ressources humaines d’une entreprise pétrochimique gagnerait 247 millions de tomans par mois, soit près de 24 fois plus.
Retards de salaires : Le travail forcé moderne
Les retards de salaires sont très répandus, en particulier dans les industries du pétrole, du gaz et de la canne à sucre. Les travailleurs iraniens restent souvent impayés pendant des mois, ce qui s’apparente à des pratiques modernes de travail forcé.
Suicides parmi les travailleurs : Une tragédie silencieuse
Voici quelques cas documentés :
- Un jeune travailleur de Shush s’est immolé en 2024 après avoir refusé de recevoir ses arriérés de salaire.
- Un ouvrier de 35 ans de la raffinerie d’Abadan s’est pendu le 16 août 2023 après avoir été licencié.
- Trois travailleurs iraniens de l’industrie pétrochimique à Ilam se sont donné la mort en 2023.
- Un travailleur de Hoveyzeh s’est pendu en juin 2020 à cause d’une avance de 500 000 tomans qui lui avait été refusée.
En 2018, un travailleur de Haft-Tappeh et ses enfants se sont immolés en raison de l’extrême pauvreté.

Conséquences de la pauvreté : Bidonvilles et privation des enfants
En Iran, plus de 26 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté absolue. De nombreux travailleurs iraniens vivent dans des bidonvilles ou des quartiers informels car ils n’ont pas les moyens de se loger. Selon les estimations du gouvernement, 20 à 45 % de la population vit dans des bidonvilles, la majorité étant constituée de travailleurs et d’ouvriers.
Un rapport de 2023 du centre statistique iranien a révélé que plus de 556 000 enfants âgés de 15 à 17 ans n’étaient pas scolarisés, nombre d’entre eux étant contraints d’effectuer des travaux dangereux en raison de la pauvreté de leur famille.
Environnements de travail dangereux et exploitation de la main-d’œuvre
Absence de sécurité sur le lieu de travail
L’Iran est l’un des pays les plus dangereux pour les travailleurs en raison de l’absence de réglementation en matière de sécurité, de l’inefficacité des inspections et de la corruption systémique. Des centaines de travailleurs iraniens meurent chaque année à la suite de chutes, d’explosions, de chocs électriques et d’effondrements de mines.
Accidents du travail : Statistiques choquantes

Selon le ministère du travail, il y a environ 13 000 accidents du travail par an, dont 700 à 800 entraînent la mort. L’ILNA a rapporté environ 50 décès de travailleurs par semaine en 2023. Rien qu’au cours des six premiers mois de cette année, 1 077 travailleurs sont décédés à la suite d’incidents liés au travail.
Parmi les incidents notables, on peut citer :
- L’explosion de Bandar Abbas, qui a fait de nombreux morts et blessés parmi les travailleurs.
- La catastrophe de la mine de charbon de Tabas en septembre 2024, qui a tué 52 mineurs.
- En août 2023, 26 travailleurs industriels sont morts dans des installations distinctes non sécurisées.
- En 2020, un incendie dans l’usine d’aliments pour animaux de Haft-Tappeh a blessé trois travailleurs.
Invalidité et manque de soutien
De nombreux travailleurs iraniens blessés souffrent d’une invalidité permanente sans être indemnisés. Un tiers des travailleurs de la construction ne sont pas assurés. Les familles des travailleurs décédés ne bénéficient souvent d’aucune assurance-vie ni d’aucune indemnisation.
Emploi précaire : Contrats temporaires et licenciements massifs
Insécurité de l’emploi généralisée
Les contrats temporaires, non signés et non assurés dominent le marché de l’emploi en Iran. Les employeurs exploitent ce système pour licencier les travailleurs à leur guise et se soustraire à leurs obligations. Plus de 90 % de la main-d’œuvre serait concernée.
En 2023, 4 000 travailleurs de South Pars ont été licenciés sous prétexte de « remplacement ». Les slogans du guide suprême Khamenei sur la « sécurité de l’emploi » sont contredits par les politiques qui alimentent cette insécurité.
Répression systématique du militantisme ouvrier
Arrestations et tortures
Les travailleurs qui revendiquent leurs droits sont arrêtés et torturés. Des accusations vagues telles que « propagande contre l’État » ou « menace pour la sécurité nationale » sont régulièrement utilisées. Amnesty International signale que ces détentions visent des militants pacifiques du mouvement ouvrier.

Interdiction des syndicats indépendants
Les syndicats indépendants sont interdits en Iran. Les travailleurs n’ont aucun droit de négociation collective et subissent des représailles systématiques lorsqu’ils s’organisent.
Discrimination fondée sur le sexe : Exploitation des travailleuses

Les travailleuses sont confrontées à des conditions encore plus difficiles. Plus de 85 % des femmes à la recherche d’un emploi sont sans travail. Celles qui sont employées gagnent 40 à 70 % de moins que leurs collègues masculins et souffrent d’une grave insécurité de l’emploi.
L’Iran compte 28,5 millions de femmes inactives, dont 5 millions sont chefs de famille. Nombre d’entre elles travaillent sans assurance, sans contrat ou sans protection de la sécurité, certaines même après 15 ans d’emploi.
Les femmes travaillent souvent dans des lieux non couverts par les inspecteurs du travail ou pendant les heures où les inspecteurs sont absents. Leur vulnérabilité s’accroît de jour en jour.
Koulbars : Le travail au bord de la mort
Dans l’ouest de l’Iran, des milliers de kolbars (porteurs transfrontaliers) transportent de lourdes charges sur des chemins de montagne pour un salaire minime. Nombre d’entre eux ont fait des études universitaires. Rien qu’en 2024, au moins 339 kolbars ont été tués ou blessés, dont 81 % par des tirs directs des forces de sécurité.
Chiffres annuels :
- 2024 : 339 victimes (44 tués, 295 blessés)
- 2023 : 507 (44 tués, 463 blessés)
- 2022 : 259 tués ou blessés
Le gouvernement n’offre aucune alternative et poursuit la répression militaire dans les zones frontalières appauvries. Kolbari est un symbole de désespoir économique et de discrimination ethnique.
Le travail des enfants : Victimes invisibles de la pauvreté
En Iran, plus de 5 millions d’enfants travailleraient. Dans des villes comme Téhéran, Mashhad et Kermanshah, les enfants travaillent dans les rues et dans le secteur informel, sans protection ni éducation. Nombre d’entre eux sont victimes d’exploitation économique et sexuelle.

Manifestations ouvrières et réaction répressive de l’État
Des milliers de grèves et de manifestations ont eu lieu ces dernières années, en particulier à Haft-Tappeh, dans les raffineries de pétrole et dans les chemins de fer. Les retraités ont protesté dans plus de 20 villes contre les pensions inférieures à la pauvreté. Le régime a répondu par des arrestations et des licenciements au lieu de procéder à des réformes.
Le rapporteur spécial des Nations unies, Javaid Rehman, et Amnesty International ont condamné à plusieurs reprises la répression exercée par l’Iran à l’encontre des travailleurs, faisant état de tortures généralisées, de procès inéquitables et de violations systématiques des droits.
Conclusion
En 2025, les travailleurs iraniens sont confrontés à une crise aggravée de pauvreté, d’exploitation, de lieux de travail dangereux et d’effondrement psychologique. Alors que leurs besoins fondamentaux sont ignorés, le régime détourne la richesse nationale vers des projets nucléaires et militaires, des conflits étrangers et la répression interne.
Les pasdarans contrôlent une part massive de l’économie, faisant passer en contrebande quelque 20 à 30 milliards de dollars à l’étranger chaque année.
Tant que ce régime persistera à nier les droits fondamentaux et la dignité des travailleurs iraniens, les souffrances et l’exploitation de la main-d’œuvre iranienne et des communautés appauvries ne feront que s’aggraver.
La Journée internationale des travailleurs doit être l’occasion de dénoncer ces abus et d’appeler la communauté internationale à soutenir les travailleurs iraniens.



