La détention politique en Iran n’est pas une simple mesure punitive ; c’est un outil de gouvernance par la terreur. Depuis plus de quatre décennies, le régime iranien utilise l’incarcération, la torture et l’exécution pour faire taire toute voix dissidente, qu’elle réclame la liberté, l’égalité ou la justice sociale. Le Comité de Soutien aux Droits de l’Homme en Iran (CSDHI) se tient aux côtés de ces milliers de femmes et d’hommes qui sacrifient leur liberté pour l’avenir démocratique de leur pays.
L’histoire des prisonniers politiques en Iran ne commence pas avec la révolution de 1979. Sous le régime du Shah, la police secrète (SAVAK) emprisonnait et torturait déjà les opposants intellectuels et politiques. Cependant, l’avènement de la dictature religieuse sous l’ayatollah Khomeini a marqué un tournant dramatique, transformant la répression ciblée en une industrie de masse.
Dès la prise de pouvoir des mollahs, les espoirs de liberté du peuple iranien ont été trahis. Les prisons, autrefois symboles de l’oppression monarchique, se sont remplies à une vitesse vertigineuse. Les nouvelles autorités ont institutionnalisé la persécution, ciblant non seulement les militants politiques, mais aussi les minorités ethniques et religieuses.
L’été 1988 reste la page la plus sombre de l’histoire carcérale iranienne. À la suite d’une fatwa émise par l’ayatollah Khomeini, le régime a mis en place des « Commissions de la mort » dans tout le pays. Leur mandat était simple : exécuter tout prisonnier politique restant fidèle à ses convictions.
L’ampleur du crime : Selon des sources crédibles, dont les rapports de la Résistance iranienne et des enquêtes indépendantes, environ 30 000 prisonniers politiques ont été massacrés en l’espace de quelques mois.
Les victimes : La grande majorité des victimes appartenaient à l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI/MEK), bien que des militants d’autres groupes marxistes et de gauche aient également été exécutés.
L’impunité : Les auteurs de ce crime occupent encore aujourd’hui des postes clés au sein du pouvoir judiciaire et exécutif iranien. Le CSDHI continue de plaider pour que ce massacre soit reconnu internationalement comme un crime contre l’humanité et un génocide.
Même si le massacre de 1988 représente un sommet de l’horreur, la machine carcérale du régime n’a jamais cessé de fonctionner. Au cours des trois dernières décennies, chaque vague de contestation a été suivie d’arrestations massives, le régime utilisant l’emprisonnement politique comme une stratégie de survie pour étouffer toute forme d’organisation dissidente.
Les Années 1990 et 2000 : Étudiants et Intellectuels pour Cible
Au lendemain de la guerre Iran-Irak, le ministère du Renseignement (MOIS) a systématisé la persécution des intellectuels et des étudiants.
Le soulèvement de 1999 (18 Tir) : La répression brutale du mouvement étudiant à Téhéran a conduit à des milliers d’arrestations. Les dortoirs universitaires ont été pris d’assaut, et les centres de détention secrets gérés par les services de renseignement se sont multipliés. C’est à cette époque que la torture blanche (isolement sensoriel total) est devenue une pratique courante pour briser les dissidents.
2009 : L’extension de l’archipel carcéral : Suite aux manifestations massives de 2009, des milliers de manifestants ont été envoyés dans des centres de torture tristement célèbres comme Kahrizak, où les conditions inhumaines et les viols ont été documentés. La prison d’Evin a vu sa section 209 (sous contrôle du Renseignement) déborder de prisonniers politiques.
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Les soulèvements de 2017 et de novembre 2019 ont marqué un tournant sociologique. Les arrestations ne ciblaient plus seulement les élites intellectuelles, mais la classe ouvrière et la jeunesse des banlieues.
Chiffres massifs : En novembre 2019, outre les tirs à balles réelles, le régime a procédé à plus de 12 000 arrestations en quelques semaines.
Conditions de détention : Ces prisonniers ont été entassés dans le Grand Pénitencier de Téhéran (Fashafouyeh), un lieu insalubre conçu pour les crimes de droit commun, exposant délibérément les détenus politiques à la violence et à la maladie.
Le soulèvement national de 2022 a engendré la plus grande vague d’arrestations de l’histoire récente de l’Iran.
90 000 Arrestations : Selon les rapports du CNRI et des ONG internationales, environ 30 000 personnes ont été arrêtées au cours de ce soulèvement. Plus tard, le 6 mai 2025, le chef du pouvoir judiciaire, Eje’i, a avancé un chiffre nettement plus élevé, indiquant qu’ « environ 90 000 dossiers avaient été déposés » en lien avec les troubles.
Ciblage des Femmes : Les prisons pour femmes, notamment Qarchak (Varamin) et le quartier des femmes d’Evin, ont atteint des niveaux de surpopulation critique. Des étudiantes, des journalistes et des mères de famille ont été incarcérées pour avoir dirigé les manifestations.
L’élite visée : Le régime a particulièrement visé les étudiants des universités d’élite (Sharif, Polytechnique) et les artistes, cherchant à priver le mouvement de ses têtes pensantes.
Derrière les statistiques se trouvent des destins individuels qui incarnent la résilience face à la tyrannie. Le CSDHI suit de près la situation de ces prisonniers emblématiques.
Certains prisonniers politiques sont détenus depuis des décennies, refusant de céder au chantage du régime qui exige le « repentir » en échange de la liberté ou de soins médicaux.
Dr. Saïd Massouri : Détenu depuis janvier 2001, il est l’un des plus anciens prisonniers politiques d’Iran. Arrêté pour ses liens avec l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), il a d’abord été condamné à mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à perpétuité. Enfermé depuis près de 25 ans, notamment dans les terribles prisons de Gohardacht et Ghezel Hesar, il n’a jamais bénéficié d’une seule journée de permission. Malgré la torture et les pressions incessantes, il demeure une figure morale inébranlable pour les autres détenus.
Maryam Akbari Monfared : En prison depuis 2009 sans interruption. Sœur de quatre victimes des exécutions des années 80 et du massacre de 1988, elle subit un harcèlement judiciaire constant pour avoir osé déposer une plainte officielle demandant justice pour ses frères et sœurs. En 2024, pour briser sa volonté, le régime l’a exilée à la prison de Semnan, loin de sa famille.
Afshin Baymani : Détenu depuis septembre 2000 pour avoir aidé son frère (membre de l’OMPI) à échapper à l’arrestation. Condamné à perpétuité, il souffre de graves problèmes cardiaques (angine de poitrine) non traités adéquatement après un quart de siècle derrière les barreaux. Il est un symbole vivant de la cruauté du système judiciaire iranien qui refuse la libération médicale aux opposants.
Ali Younesi et Amir Hossein Moradi : Ces deux étudiants brillants de l’Université Sharif, médaillés aux Olympiades internationales d’astronomie, sont emprisonnés depuis avril 2020. Malgré la torture et l’isolement prolongé visant à leur extorquer des aveux télévisés, ils ont tenu bon face à leurs bourreaux. Ils purgent actuellement une peine de 16 ans, le régime craignant leur influence et leur popularité auprès de la jeunesse étudiante.
Au cours des deux dernières années, les méthodes du régime pour briser les prisonniers politiques se sont sophistiquées.
L’Exil Carcéral : Une pratique courante consiste désormais à transférer les prisonniers politiques de Téhéran vers des prisons reculées dans des provinces éloignées (Ahvaz, Semnan, Masjed Soleiman), rendant les visites familiales quasi impossibles et coupant les liens avec leurs avocats.
La « Porte Tournante » Judiciaire : Le système judiciaire fabrique systématiquement de nouvelles charges contre les prisonniers arrivant en fin de peine. Accusés de « propagande » depuis l’intérieur de la prison, des détenus voient leur peine prolongée indéfiniment, créant un sentiment de désespoir.
Le Refus de Soins (Terrorisme Médical) : L’accès aux soins médicaux spécialisés est conditionné à la collaboration avec les services de renseignement. De nombreux prisonniers souffrent de pathologies graves (cancer, problèmes cardiaques) exacerbées par les conditions de détention, et se voient refuser l’hospitalisation.
Malgré cet acharnement, les prisons restent un haut lieu de résistance. En 2024 et 2025, la campagne des « Mardis Noirs » (grèves de la faim hebdomadaires) s’est étendue à plus de 20 prisons à travers le pays. Ces actions collectives prouvent que si le régime peut emprisonner les corps, il échoue à emprisonner l’esprit de résistance pour la liberté et la démocratie.
En 2025, le régime iranien a battu tous les records de ces dernières décennies, avec au moins 2 167 exécutions.
Aidez le CSDHI à documenter ces crimes, à soutenir les familles et à exercer une pression internationale pour mettre fin à cette barbarie.