L’Iran à l’heure du jugement de l’Histoire : entre un siècle de lutte et l’épreuve finale

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CSDHI – Depuis plus d’un siècle, l’Iran vit dans un état de révolution inachevée. De l’ère constitutionnelle à nos jours, la question centrale demeure inchangée : qui détient la souveraineté — le peuple ou une autorité absolue non élue ?

Pourquoi le cycle du Shah et du mollah doit prendre fin — et ce qui doit lui succéder

À la fin des années 1980, alors qu’il approchait de quatre-vingt-dix ans, Ruhollah Khomeini émit le décret qui conduisit à l’exécution massive de prisonniers politiques, dont beaucoup étaient membres ou sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Il s’agissait d’une tentative calculée d’anéantir à la racine une opposition démocratique organisée.

Près de quatre décennies plus tard, à quatre-vingt-sept ans, Ali Khamenei présida un autre épisode déterminant : la répression brutale du soulèvement de janvier. Les images diffusées par le régime lui-même — des sacs mortuaires noirs exhibés en guise d’avertissement — étaient destinées à intimider. Elles révélèrent au contraire la continuité de la cruauté inscrite dans la doctrine du Velayat-e Faqih — la « tutelle absolue du juriste », terme que Khomeini lui-même décrivait comme un « pouvoir absolu ».

La cruauté de l’Histoire, toutefois, ne se mesure pas seulement à la répression. Elle se mesure à l’endurance.

Une lutte de 120 ans pour la souveraineté

Depuis 120 ans, les Iraniens poursuivent le constitutionnalisme, l’indépendance nationale et la liberté politique. Les noms composent une lignée de résistance : Sattar Khan, Bagher Khan, Mirza Kuchik Khan, Mohammad Mossadegh, Hossein Fatemi, Mahmoud Taleghani, Mohammad Hanifnejad, Sheikh Mohammad Khiyabani, Ashraf Rajavi.

À leurs côtés se tiennent des figures issues de traditions idéologiques diverses — Taghi Arani, Khosrow Roozbeh, Amir Parviz Pouyan, Massoud Ahmadzadeh, Bijan Jazani, Kazem Paknejad — chacun représentant un chapitre du même récit inachevé.

Cet arc historique révèle un conflit structurel persistant : le peuple iranien face à un pouvoir concentré et irresponsable — qu’il soit monarchique ou théocratique.

Durant six décennies de cette période de 120 ans, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK) a maintenu une activité d’opposition ininterrompue — à travers les prisons du Shah, la révolution de 1979, les purges des années 1980 et la répression des soulèvements récents. Que l’on adhère ou non à son idéologie, sa longévité atteste d’un fait indéniable : l’élan démocratique de l’Iran n’a pas été éteint.

La « guerre des guerres »

Lorsque certains décrivent le moment présent comme la « guerre des guerres », ils ne parlent pas seulement d’un affrontement armé. Ils évoquent une confrontation totale — politique, sociale, idéologique et historique — aboutissement d’un siècle de lutte entre régression et progrès.

Il ne s’agit pas simplement d’un choc de factions. C’est une lutte entre passé et avenir. Entre autorité héritée et souveraineté populaire. Entre ce que l’on peut appeler l’absolutisme religieux et le républicanisme civique.

Chaque rupture historique constitue une épreuve — non seulement pour les régimes, mais pour les sociétés. La Révolution constitutionnelle fut mise à l’épreuve. Le mouvement de nationalisation le fut également. La révolution de 1979 fut testée — et, diront certains, détournée. Le moment présent représente une nouvelle épreuve.

L’Histoire jugera la position des acteurs politiques face à ce que beaucoup considèrent comme un cycle centenaire de rechutes autoritaires — de la monarchie au pouvoir clérical, de la couronne au turban. La question est de savoir si l’Iran continuera à tourner dans cette alternative binaire, ou s’il s’en affranchira.

L’illusion d’un salut extérieur

Une autre illusion persistante doit être dissipée : celle selon laquelle des gouvernements étrangers apporteraient le changement démocratique. Les acteurs internationaux n’embrassent que rarement des alternatives indépendantes, sauf nécessité géopolitique. La stabilité, et non la liberté, guide souvent les politiques.

Propagande, distorsions historiques et récits sélectifs compliquent encore cette réalité. Manipulations numériques, mémoire fragmentaire et relectures révisionnistes cherchent à normaliser un retour aux structures passées sous un nouvel emballage. L’idée que l’avenir de l’Iran résiderait dans un modèle monarchique recyclé ou dans une réforme cosmétique au sein de la théocratie s’inscrit dans cette logique.

Le danger profond est que l’Iran demeure prisonnier d’une orbite fermée — oscillant entre mollah et Shah — tandis que la souveraineté républicaine authentique reste différée.

Rompre le cycle

Si le XXe siècle a révélé la fragilité des révolutions dépourvues de garanties institutionnelles, le XXIe exige une transition structurée. C’est dans ce contexte que la proposition avancée par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) s’inscrit dans le débat : l’établissement d’un gouvernement provisoire chargé exclusivement de transférer la souveraineté au corps électoral.

Ce concept n’est pas récent. La Résistance l’a formulé pour la première fois il y a plus de quatre décennies. Son postulat central est simple : démanteler les structures autoritaires, instituer une autorité temporaire dotée d’un mandat défini, et organiser des élections libres pour une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution.

Le principe en jeu n’est pas la domination partisane. Il est celui de la légitimité procédurale.

Un gouvernement provisoire, limité dans le temps et strictement encadré dans ses compétences, vise à prévenir deux échecs historiques : le chaos révolutionnaire et la substitution autoritaire. L’objectif n’est ni la vengeance ni la restauration, mais une renaissance institutionnelle.

Un verdict historique en gestation

L’Iran se tient aujourd’hui à ce que beaucoup perçoivent comme un carrefour décisif — convergence de sacrifices accumulés et d’épuisement structurel. Le poids émotionnel de décennies — des exécutions massives des années 1980 aux sacs mortuaires des soulèvements récents — souligne le coût de la continuité autoritaire.

Mais la transformation historique ne procède pas du deuil seul. Elle exige organisation, clarté quant à l’aboutissement recherché et courage politique.

La question centrale demeure inchangée après 120 ans : l’Iran poursuivra-t-il son oscillation entre variantes de l’absolutisme, ou établira-t-il une république démocratique durable fondée sur la souveraineté populaire ?

Rompre le cycle exige plus que la résistance ; cela exige un remplacement. Non le retour d’une couronne, non la perpétuation de la tutelle cléricale, mais l’institutionnalisation du pouvoir citoyen.

Le verdict de l’Histoire n’est pas écrit d’avance. Il sera tracé par les choix accomplis en cette heure décisive — des choix qui détermineront si l’Iran demeure lié à son passé ou s’il revendique enfin son avenir républicain.