Depuis des décennies, voire plus d’un siècle, les femmes iraniennes sont en première ligne du combat pour la liberté, la démocratie et l’égalité. Leur lutte n’est pas un phénomène récent, mais un mouvement historique profondément enraciné.
Dès 1906, quelques mois seulement après la Révolution constitutionnelle, la création de la Société des Femmes de Tabriz — l’une des premières associations féminines iraniennes — a posé les jalons d’un engagement inébranlable. Lors du siège de la ville, ces pionnières ont non seulement organisé la logistique du front, mais certaines ont même pris les armes aux côtés des hommes pour défendre les idéaux constitutionnalistes. Aujourd’hui, bien qu’elles soient confrontées à une misogynie institutionnalisée, à une répression brutale et à une violence systémique, les femmes d’Iran ont perpétué cet héritage, passant du statut de victimes de l’oppression à celui de véritable moteur de la résistance organisée et de l’alternative démocratique.
Le récit des droits des femmes sous l’ère monarchique masque souvent une réalité bien plus sombre : celle d’un régime profondément autoritaire. Si
certaines modernisations de façade ont été introduites, toute revendication réelle de liberté politique et de droits démocratiques était brutalement réprimée. Il est essentiel de rappeler que la torture systématique et l’emprisonnement des dissidentes politiques existaient bien avant l’arrivée au pouvoir du régime clérical.
La prison d’Evin, aujourd’hui symbole de la répression du pouvoir iranien, a été construite et inaugurée sous le règne du Chah. Sa police politique, la SAVAK, traquait, arrêtait et torturait étudiantes, intellectuelles et militantes progressistes. Dans un système où toute opposition était écrasée, les avancées pour les femmes restaient très limitées et étaient largement transformées en outil de propagande politique par le régime.
Des voix courageuses comme celle de la poétesse Forough Farrokhzad ont émergé. Dans ses œuvres, elle dénonçait avec audace la répression, la
condition des femmes et les contraintes imposées par une société patriarcale, faisant de sa poésie un véritable acte de résistance intellectuelle et féministe. Dans une lettre de jeunesse, en 1956, Forough Farrokhzad écrivait :
« Mon souhait est que les femmes iraniennes soient libres et égales aux hommes. Je suis pleinement consciente que mes sœurs dans ce pays souffrent
des injustices commises par les hommes, et je consacre une partie de mon art à exprimer leur douleur et leur angoisse. »
Fatemeh Amini : Intellectuelle, enseignante et militante dévouée luttant contre la dictature du Chah. Arrêtée par la SAVAK, elle a subi des mois de tortures physiques et psychologiques effroyables dans les cachots de la prison d’Evin. Malgré l’agonie, elle a refusé de trahir ses idéaux démocratiques ou ses camarades de lutte.
Morte sous la torture en 1975, Fatemeh demeure un puissant symbole historique de la résistance intransigeante des femmes iraniennes face à la répression absolue du régime Pahlavi.
Marzieh Oskui : Enseignante, poétesse et figure marquante de la lutte contre l’oppression, Marzieh Oskui a consacré sa vie à l’éveil des consciences et au combat contre la dictature monarchique. Constamment traquée par la SAVAK pour son engagement en faveur des libertés fondamentales et de la justice sociale, elle a été abattue lors d’un affrontement avec la police secrète du Chah en 1974.
Son courage inébranlable et ses œuvres littéraires continuent d’inspirer. Elle incarne la force des femmes intellectuelles et militantes qui ont refusé de se laisser aveugler par la fausse modernité du régime Pahlavi et ont sacrifié leur vie pour une véritable émancipation politique.
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En 1979, les femmes iraniennes ont participé massivement à la révolution, jouant un rôle décisif dans le renversement de la dictature monarchique. Elles ont marché pour la liberté, la démocratie et les droits de l’homme. Cependant, leurs aspirations ont été rapidement trahies par Rouhollah Khomeini et l’establishment clérical naissant.
Le nouveau régime a systématiquement démantelé les droits des femmes dans tous les domaines de la vie. Les lois familiales ont été islamisées, au détriment des femmes, qui ont été largement désavantagées dans le mariage, le divorce, la garde des enfants et l’héritage. Dans la sphère publique, les femmes ont été marginalisées politiquement, exclues de nombreuses fonctions décisionnelles et limitées dans l’accès à certaines professions. Des quotas ont restreint l’accès des femmes aux études supérieures. Une séparation stricte entre hommes et femmes a été imposée dans les écoles, universités et espaces publics.
Le port obligatoire du voile, instauré par la force, est devenu l’outil principal pour contrôler et réprimer les femmes et, par extension, la société tout entière. Des militantes, étudiantes, intellectuelles et journalistes qui s’opposaient à cette dictature religieuse ont été arrêtées, torturées, emprisonnées, voire exécutées pour avoir défendu leurs droits et l’égalité. La vie culturelle et artistique a également été surveillée et censurée, empêchant toute expression critique ou émancipatrice.
Ainsi, loin de l’idéal de liberté et d’égalité pour lequel elles s’étaient battues, les femmes iraniennes ont été confrontées à un système profondément discriminatoire et répressif, touchant tous les aspects de leur existence, du corps à la parole, de la famille à la société.
Leur Histoire : L’histoire moderne ne connaît aucune autre dictature ayant inauguré son ère de répression de masse en publiant une liste composée exclusivement de jeunes filles exécutées, âgées de moins de 18 ans. Immédiatement après les manifestations pacifiques du 20 juin 1981 (30 Khordad), le bureau du procureur du régime a publié une déclaration glaçante dans les journaux officiels, tels qu’Ettela’at. Cette annonce présentait les visages de 12 adolescentes qui avaient été envoyées devant les pelotons d’exécution sans même que leur identité n’ait été établie au préalable, le régime demandant cyniquement à leurs familles de venir identifier leurs corps à partir de ces clichés.
Quel était le message de ces jeunes femmes pour que le régime réagisse avec une telle brutalité ? Leur martyre anonyme témoigne de la cruauté sans limite de la théocratie naissante, mais il immortalise surtout le courage absolu de la jeunesse iranienne. Ces jeunes filles, tuées sans même un nom sur leur avis de décès, sont devenues le symbole éternel d’une génération de femmes qui n’a jamais reculé face à la terreur d’État.
Au cours de l’été 1988, le régime clérical a perpétré l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine de l’Iran. À la suite d’une fatwa de Rouhollah Khomeini, des « commissions de la mort » ont été instaurées dans les prisons à travers tout le pays. Leur mandat était expéditif et impitoyable : éliminer de manière systématique toute opposition politique. En l’espace de quelques mois, plus de 30 000 prisonniers politiques ont été massacrés en secret, simplement parce qu’ils refusaient de renier leurs convictions démocratiques.
Dans ce sinistre chapitre de la répression, les femmes iraniennes ont fait preuve d’une bravoure indescriptible, devenant le symbole de l’intransigeance face à la tyrannie.
L’Épreuve des Commissions de la Mort : Incarcérées dans les pires conditions de torture psychologique et physique, des milliers de femmes — des jeunes étudiantes aux mères de famille — se sont retrouvées face à ces tribunaux de l’inquisition. Les interrogatoires ne duraient souvent que quelques minutes. Face à l’ultimatum brutal consistant à se soumettre au fascisme religieux ou à mourir, une immense majorité d’entre elles a choisi la potence. Elles ont délibérément sacrifié leur vie plutôt que de trahir leur engagement envers un Iran libre et le mouvement de résistance organisée.
Un Héritage Indélébile : Le régime a tenté d’effacer leurs traces en jetant leurs corps dans des fosses communes secrètes, à l’image du site de Khavaran. Pourtant, cette tentative d’anonymisation n’a fait que magnifier la portée de leur sacrifice. Ces martyres de 1988 constituent aujourd’hui le fondement moral et politique de la lutte acharnée menée par les Iraniennes. Leur héroïsme collectif a prouvé au monde entier que la volonté d’une femme éprise de liberté ne peut être brisée, même face à la plus redoutable des machines de mort.
Loin d’être réduites au silence par la brutalité du régime, les femmes iraniennes n’ont cessé de mener la riposte. Lors des soulèvements nationaux de 1999, 2009, 2017 et 2019, puis lors des vastes manifestations de 2022, les femmes et les jeunes filles se sont tenues en première ligne face aux Corps des gardiens de la révolution islamique (pasdarans) et aux forces de sécurité de l’État.
Le prix de ce courage est vertigineux. Selon les données compilées par des organisations telles que le CSDHI, Iran-HRM et Amnesty International :
Le premier bourreau de femmes au monde : Le régime iranien exécute plus de femmes que n’importe quel autre pays au monde.
Des prisonnières politiques par milliers : Aujourd’hui, les prisons iraniennes — dont Evin, Qarchak et Vakilabad — sont remplies de prisonnières politiques soumises à de graves abus, à l’isolement cellulaire et à des pressions constantes.
Maryam Akbari Monfared est l’une des prisonnières politiques ayant purgé la plus longue peine en Iran. Elle endure depuis plus de 15 ans une captivité injuste et continue, sans un seul jour de permission médicale ou familiale. Quatre de ses frères et sœurs ont été exécutés par le régime, dont deux lors du massacre de 1988. En 2016, elle a fait preuve d’un immense courage en déposant une plainte officielle depuis la prison, exigeant que les responsables de ces meurtres rendent des comptes. En représailles à sa quête incessante de justice, le régime l’a soumise à un exil forcé et a récemment fabriqué de nouvelles accusations pour prolonger sa peine. Malgré cela, Maryam reste totalement insoumise, illustrant parfaitement le refus de la femme iranienne moderne d’être réduite au silence.
Zahra Tabari illustre la détermination absolue de la nouvelle génération de femmes engagées contre la tyrannie des mollahs. Elle a été arrêtée puis condamnée à mort par la justice répressive du régime. Son seul « crime » a été d’écrire le slogan « Femme, Résistance, Liberté ». Ce mot d’ordre représente la version évoluée et politisée des revendications populaires à la suite du soulèvement national de 2022, soulignant que l’émancipation véritable des femmes passe inévitablement par la résistance active et le renversement de la dictature religieuse.
La résilience des femmes iraniennes constitue la plus grande menace existentielle pour la théocratie au pouvoir. Elles ne se battent pas seulement pour le retrait du voile obligatoire ; elles exigent le démantèlement total du régime dictatorial.
Aujourd’hui, les femmes occupent les plus hauts postes de direction au sein de l’opposition démocratique organisée, prouvant que l’égalité des sexes n’est pas qu’un slogan, mais une réalité mise en pratique au sein même du mouvement de résistance. Elles se battent activement pour un avenir caractérisé par :
Une égalité totale entre les femmes et les hommes dans les domaines politique, social et économique.
Une république laïque et démocratique où aucune religion ou idéologie n’est imposée par l’État.
L’abolition de la peine de mort et le démantèlement de tous les appareils de torture.
La lutte des femmes iraniennes est un témoignage de l’esprit humain indestructible. Leur triomphe n’apportera pas seulement la liberté à l’Iran, mais constituera une victoire historique pour les droits de l’homme à l’échelle mondiale
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En 2025, le régime iranien a battu tous les records de ces dernières décennies, avec au moins 2 167 exécutions.
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