CSDHI – Coupure d’Internet et instrumentalisation de « l’état de guerre » : un permis de commettre des crimes contre l’humanité ?
Un rideau de fer numérique, prélude à une catastrophe
Au 13 mars 2026, la coupure d’Internet, quasi totale, en Iran dure depuis plus de treize jours. Il s’agit de la deuxième interruption la plus longue dans l’histoire récente du pays, après celle qui avait accompagné les manifestations de janvier 2026.
Selon plusieurs analystes et organisations de défense des droits humains, un blackout informationnel total constitue depuis plusieurs années un outil stratégique utilisé par les autorités iraniennes pour contrôler la circulation de l’information lors de périodes de crise.
Dans le vocabulaire sécuritaire de la République islamique, ce type de coupure généralisée créerait un environnement propice à des opérations de répression de grande ampleur.
Associée aux menaces explicites formulées par certains responsables, cette situation alimente les craintes d’une nouvelle vague de répression politique, qui pourrait être justifiée par les autorités au nom des « conditions de guerre » en cas de nouvelles manifestations.
Des déclarations officielles qui alimentent les inquiétudes
Plusieurs déclarations de responsables iraniens, dont certaines ont été diffusées publiquement, sont interprétées par des observateurs comme des signaux d’une stratégie de répression létale.
L’ordre du « doigt sur la gâchette »
Le 10 mars, Ahmadreza Radan, commandant des forces de l’ordre iraniennes (FARAJA), a déclaré que toute personne descendant dans la rue à l’appel de « l’ennemi » serait traitée comme un ennemi.
Il avait déjà utilisé, le 7 janvier 2026, l’expression selon laquelle les forces de sécurité avaient « le doigt sur la gâchette » si des manifestations éclataient. Selon des rapports d’organisations de défense des droits humains, des violences meurtrières avaient suivi peu après ces déclarations lors de manifestations.
« Étrangler toute contestation sur place »
De son côté, Mohammad Javad Larijani aurait déclaré que la moindre contestation devait être « étouffée sur place », et que les forces de sécurité ne devraient laisser aucune rue ni quartier sans présence répressive pendant et après la guerre.
« Avertissement final » en temps de guerre
Enfin, Sadeq Amoli Larijani aurait évoqué le concept religieux et juridique d’« Etmam-e Hojjat », c’est-à-dire un « avertissement final », suggérant qu’en période de guerre aucune contestation intérieure ne serait tolérée.
Une justice placée en état d’alerte
Des informations publiées les 8 et 9 mars 2026 par l’agence officielle Mehr News Agency font état de mouvements inhabituels au sein de l’appareil judiciaire iranien.
Une réunion d’urgence du Conseil des adjoints du procureur général, présidée par Mohammad Movahedi-Azad, s’est tenue au moment même où des inspections judiciaires inopinées étaient menées dans 36 complexes judiciaires du Grand Téhéran.
Ces visites auraient été conduites notamment par Ali Salehi, procureur de Téhéran.
Selon certains observateurs, ces initiatives pourraient correspondre à la mise en place de procédures judiciaires exceptionnelles en période de guerre, susceptibles de limiter les garanties habituelles de défense et de procès équitable.
Analyse : continuité de la répression dans la structure du pouvoir
Dans ce contexte, l’accession au pouvoir de Mojtaba Khamenei à la tête du régime est interprétée par certains analystes comme un signal de continuité, voire d’intensification, des politiques répressives.
Fils du guide suprême Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei a longtemps été considéré comme une figure influente dans les cercles sécuritaires iraniens.
Cette transition ne représenterait pas un changement politique majeur mais plutôt une consolidation du système existant, susceptible de garantir l’impunité aux responsables impliqués dans les répressions passées.
Appel à une action internationale urgente
Les analystes et organisations de défense des droits humains appellent plusieurs acteurs internationaux à intervenir rapidement, notamment :
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la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato ;
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les organisations internationales de défense des droits humains ;
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les ministères des Affaires étrangères des États démocratiques.
Ils demandent notamment :
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la condamnation de la coupure d’Internet, présentée comme un outil facilitant des violations massives des droits humains ;
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l’émission d’avertissements internationaux face aux menaces explicites de recours à la violence contre les manifestants ;
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le rappel du principe de compétence universelle, qui permettrait de poursuivre les responsables d’éventuels crimes graves devant des juridictions internationales ;
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la mise en garde des autorités iraniennes contre toute action armée contre des civils sous prétexte d’un état de guerre.
Conclusion
Selon les analystes et organisations de défense des droits humains, des millions d’Iraniens se retrouveraient aujourd’hui isolés derrière un rideau informationnel, alors que des menaces de répression se multiplient.
Ils estiment que la mobilisation préventive de la communauté internationale pourrait jouer un rôle déterminant pour empêcher une nouvelle vague de violences massives contre les dissidents et les manifestants dans un avenir proche.



