CSDHI – La stratégie de Maryam Radjavi reformule la question iranienne comme une question d’autonomisation des citoyens et d’un changement démocratique — et non d’intervention extérieure.
Depuis près de trois décennies, l’approche internationale vis-à-vis de l’Iran oscille entre deux pôles défaillants : l’accommodement du système au pouvoir et la menace persistante d’une confrontation militaire.
Aucune de ces approches n’a permis d’apporter stabilité, responsabilité ou changement significatif.
Dans ce contexte, l’alternative démocratique formulée par Maryam Radjavi se distingue non pas comme un slogan abstrait, mais comme une stratégie concrète et applicable.
Cette approche commence par un postulat fondamental : le système au pouvoir actuel manque de légitimité.
Son bilan — tant à l’intérieur du pays qu’au-delà des frontières de l’Iran — est marqué par une répression systémique et des actions largement condamnées comme des violations des droits humains fondamentaux.
Dans cette perspective, la question n’est plus de savoir si le changement est justifié, mais comment il doit être réalisé.
La réponse proposée par la résistance iranienne reformule entièrement le débat.
Le changement démocratique n’est pas synonyme d’une seule méthode ; il constitue un ensemble de voies légitimes par lesquelles une population peut recouvrer sa souveraineté.
À une extrémité se trouve la possibilité d’un référendum libre et supervisé à l’échelle internationale.
À l’autre extrémité se trouve le droit à la résistance si toutes les voies pacifiques sont bloquées.
La variable déterminante n’est pas l’idéologie, mais le comportement du système au pouvoir lui-même.
Ce cadre conditionnel est essentiel.
Si les autorités permettaient une véritable participation politique et transféraient le pouvoir au peuple, la transition pourrait se dérouler sans violence.
Cependant, si — comme cela a constamment été le cas — toutes les voies non violentes sont systématiquement fermées, alors l’escalade devient à la fois prévisible et, selon les normes internationales, justifiable.
Dans cette formulation, la responsabilité de la trajectoire du changement repose entièrement sur ceux qui la refusent.
Toutefois, cette dynamique interne ne se déploie pas en vase clos.
Les choix de politique extérieure ont joué un rôle déterminant dans la configuration de l’équilibre des forces entre l’État et la société en Iran.
La politique d’apaisement de longue date menée par les grandes puissances a, en réalité, fait pencher cet équilibre en faveur du système au pouvoir.
En privilégiant la stabilité à court terme au détriment d’un changement structurel, ces politiques ont prolongé la durée de vie d’un système qui aurait autrement pu faire face à une pression interne bien plus forte.
Plus encore, ces politiques ont souvent restreint les forces mêmes capables de conduire une transformation démocratique.
Le Conseil national de la résistance iranienne — largement considéré comme une opposition organisée majeure — a été confronté non seulement à la répression à l’intérieur de l’Iran, mais aussi à des restrictions politiques et juridiques à l’étranger.
Des mesures telles que les désignations comme organisation terroriste dans les années précédentes, par la suite annulées, illustrent comment les actions internationales ont parfois convergé, intentionnellement ou non, avec les intérêts du pouvoir en place.
Mme Radjavi a abordé directement cette contradiction dans des forums internationaux, notamment au Parlement européen.
Son message à l’égard des gouvernements occidentaux s’est distingué par la modération de ses demandes : ne pas intervenir militairement, mais ne pas non plus soutenir — activement ou passivement — un système qui prive ses citoyens de leurs droits fondamentaux.
L’appel n’est pas à une construction extérieure de l’avenir de l’Iran, mais à la suppression des obstacles empêchant les Iraniens de déterminer eux-mêmes cet avenir.
Cette position reformule également le débat autour de la guerre.
La confrontation militaire est souvent présentée comme l’alternative inévitable à l’échec de la voie diplomatique.
Cependant, cette vision ignore une chaîne causale essentielle : un apaisement prolongé peut lui-même créer les conditions rendant la guerre plus probable.
En renforçant les éléments les plus radicaux et en retardant le changement interne, il réduit l’espace de résolution pacifique jusqu’à ce que des options plus extrêmes dominent l’agenda.
La solution démocratique n’est donc ni complexe ni utopique.
Elle repose sur un principe largement reconnu en droit international et en théorie politique : la souveraineté appartient au peuple.
Sur le plan opérationnel, cela se traduit par un ensemble clair d’implications politiques pour les acteurs extérieurs — non-intervention dans la lutte interne iranienne d’une manière qui profite au système en place, levée des restrictions pesant sur les mouvements d’opposition légitimes, et reconnaissance du droit du peuple iranien à poursuivre le changement par des moyens conformes aux normes internationales.
Ce qui en ressort est un réajustement stratégique.
L’enjeu n’est pas de choisir entre apaisement et guerre, mais de reconnaître que ces deux approches ont échoué à traiter la réalité politique sous-jacente.
Une résolution durable exige de restituer l’initiative là où elle doit être — entre les mains du peuple iranien.
Dans ce sens, la stratégie de changement démocratique n’est pas simplement une alternative ; elle constitue une correction.
Elle invite les acteurs extérieurs à abandonner l’illusion selon laquelle la stabilité peut être construite par le haut alors qu’une société est privée de ses droits politiques les plus fondamentaux.
Et elle affirme que la voie vers un Iran stable et démocratique ne passe ni par des capitales étrangères ni par des interventions militaires, mais par la volonté et la capacité d’action de ses citoyens.



