CSDHI – Des tribunaux post-révolutionnaires aux exécutions actuelles, le système judiciaire du régime iranien a institutionnalisé la peur pour réduire au silence la dissidence.
Depuis l’escalade des troubles à l’échelle nationale en janvier 2026, le système judiciaire du régime iranien a fortement intensifié son recours à la peine de mort. Même dans des conditions de guerre—lorsque le fonctionnement des tribunaux était partiellement perturbé et que les garanties d’une procédure régulière étaient gravement compromises—les condamnations à mort ont non seulement continué mais ont augmenté. Cette tendance souligne une réalité plus large : les exécutions ne sont pas accidentelles au sein du régime iranien ; elles sont stratégiques.
Les exécutions comme outil de contrôle politique
La prononciation et l’application des condamnations à mort restent parmi les mécanismes de répression les plus sévères utilisés par le système judiciaire du régime iranien. Au centre de ce système se trouvent les tribunaux révolutionnaires—des instances judiciaires qui, depuis des décennies, fonctionnent moins comme des instruments de justice que comme des exécutants du contrôle politique.
Établis immédiatement après la révolution de 1979 par ordre de Ruhollah Khomeini, ces tribunaux ont opéré avec une autorité étendue. De l’époque de Sadegh Khalkhali, leur premier dirigeant, à la direction actuelle du pouvoir judiciaire sous Gholamhossein Mohseni Eje’i, des milliers de personnes ont été condamnées à mort sur la base d’accusations vagues ou politiquement motivées, souvent sans respect des normes d’un procès équitable.
Alors que Khalkhali est devenu synonyme de zèle révolutionnaire et d’exécutions sommaires, la direction judiciaire actuelle poursuit des résultats similaires sous une justification différente : la préservation de la stabilité du régime. Des manifestants—y compris des individus apparemment âgés de moins de 20 ans—ont été soumis à la peine capitale dans des procédures qui manquent de transparence et de garanties de procédure régulière.
Les tribunaux révolutionnaires et l’érosion de la procédure régulière
Au cours des derniers mois, des responsables de haut rang du système judiciaire du régime iranien ont ouvertement menacé les manifestants de sanctions sévères, présentant la répression comme une nécessité dans des « conditions de guerre ». Les tribunaux révolutionnaires ont suivi, prononçant rapidement des peines allant de longues peines d’emprisonnement à la peine de mort.
Cette efficacité contraste fortement avec d’autres domaines du système judiciaire, où les affaires civiles et financières ordinaires prennent souvent des années à être résolues. Dans les affaires politiques et liées à la sécurité, cependant, les procès sont accélérés à un tel point que le concept même de procédure régulière est effectivement annulé.
Les accusés sont fréquemment confrontés à des audiences à huis clos, à un accès limité à une assistance juridique, et à une dépendance à des aveux obtenus sous la contrainte. Le résultat est un système dans lequel les verdicts semblent prédéterminés, et où le processus juridique sert principalement de formalité.
Les racines historiques d’une répression institutionnalisée
Les origines des tribunaux révolutionnaires du système judiciaire du régime iranien remontent à février 1979, lorsque des tribunaux ad hoc—initialement appelés « tribunaux révolutionnaires populaires »—ont été établis pour poursuivre des figures associées au régime précédent.
Bien que des critiques précoces aient émergé concernant leurs procédures et l’absence de garanties juridiques, des figures politiques influentes ont défendu leur maintien. Au fil du temps, des cadres réglementaires ont été introduits, mais ceux-ci ont peu contribué à limiter leur portée dans la pratique.
Malgré le fait que la constitution iranienne impose des procès publics et la participation d’un jury pour les infractions politiques, les tribunaux révolutionnaires contournent systématiquement ces dispositions. En qualifiant les accusés avec des chefs d’accusation tels que « inimitié envers Dieu » (moharebeh) ou « corruption sur terre », les autorités ont constamment détourné les affaires des tribunaux publics vers des environnements judiciaires contrôlés.
En 1983, une législation a officiellement intégré les tribunaux révolutionnaires dans le système judiciaire, leur accordant une compétence sur un large éventail d’infractions, y compris la sécurité nationale, l’opposition armée et les crimes liés aux stupéfiants. Ce qui avait commencé comme un mécanisme temporaire a ainsi évolué en un pilier permanent de l’architecture judiciaire du régime iranien.
Expansion et consolidation sous le système actuel
Au cours des décennies suivantes, en particulier après la transition du pouvoir vers Ali Khamenei, les tribunaux révolutionnaires se sont solidement enracinés au sein de l’appareil d’État. Les réformes juridiques des années 1990 ont encore codifié leur autorité, consolidant leur rôle dans le traitement des affaires politiques et de sécurité les plus sensibles.
Parallèlement, le système judiciaire du régime iranien lui-même a subi une transformation idéologique. Les lois régissant la nomination des juges ont ouvert la voie à des figures cléricales, déplaçant la base de la prise de décision juridique des normes professionnelles vers des considérations religieuses et politiques.
Pendant les périodes de tension politique accrue—en particulier à la fin des années 1980—ces tribunaux ont joué un rôle central dans les exécutions de masse de prisonniers politiques, dont beaucoup ont été jugés dans des procédures sommaires et enterrés dans des fosses anonymes, selon des rapports d’organisations de défense des droits humains.
Pratiques actuelles : rapidité, secret et sévérité
Aujourd’hui, les tribunaux révolutionnaires restent le principal lieu de poursuite des dissidents politiques, journalistes, militants, étudiants et groupes minoritaires. Les restrictions procédurales se sont intensifiées au fil du temps, notamment les limitations concernant la capacité des accusés à choisir une représentation juridique indépendante.
Les rapports des organisations de défense des droits humains mettent systématiquement en évidence des schémas d’abus : aveux forcés obtenus sous pression ou torture, absence de preuves transparentes, sessions de procès brèves et à huis clos, et condamnations disproportionnées.
Plusieurs juges sont devenus emblématiques de ce système, prononçant un grand nombre de condamnations à mort et de longues peines de prison. Leurs décisions ont renforcé la perception que ces tribunaux fonctionnent moins comme des arbitres impartiaux que comme des instruments de la politique de l’État.
Escalade après les soulèvements récents
La fonction répressive des tribunaux révolutionnaires du système judiciaire du régime iranien est devenue particulièrement évidente après les manifestations nationales de ces dernières années. Ces tribunaux ont été essentiels dans la répression de la dissidence, prononçant des peines sévères pour instaurer un climat de peur.
Ce schéma a persisté et s’est intensifié. Des instances internationales, y compris des missions d’établissement des faits des Nations unies, ont à plusieurs reprises averti de la répression systématique en cours, de l’absence de procès équitables et de l’utilisation des exécutions comme moyen de dissuasion contre les mouvements de protestation.
À la suite des manifestations de masse du début de 2026, le régime iranien a mené l’une des répressions les plus sévères de son histoire récente. Dans les mois qui ont suivi, au moins 17 prisonniers politiques—dont beaucoup de jeunes manifestants—ont été exécutés après des procès largement critiqués comme étant injustes et opaques.
Un système judiciaire au service du pouvoir, non de la justice
Un examen des tribunaux révolutionnaires sur près de cinq décennies révèle un schéma constant : ces institutions ont fonctionné comme une pierre angulaire de la répression au sein du régime iranien. Leur fonction dépasse l’élimination des opposants politiques ; elles servent à transmettre un message plus large à la société—que la dissidence comporte un risque existentiel.
En ce sens, le système judiciaire du régime iranien ne se contente pas d’échouer à rendre justice ; il renforce activement un système de contrôle. Le recours continu à de tels mécanismes suggère un régime qui considère la coercition non comme un dernier recours, mais comme une stratégie centrale de gouvernance.



