CSDHI – Alors que des prisonniers politiques et des sportifs de haut niveau risquent d’être confrontés à la machine à exécuter, le recours croissant aux exécutions par Téhéran reflète davantage la crainte d’un soulèvement social que la recherche de la justice.
Les exécutions ne sont pas la justice : elles constituent une stratégie politique
En Iran, les exécutions ont depuis longtemps cessé d’être des instruments de justice pénale. Elles sont devenues un pilier central de la stratégie de survie politique du régime. Les dernières condamnations à mort prononcées contre des prisonniers politiques dans la province du Khouzistan, ainsi que les menaces croissantes visant des athlètes de renom, illustrent un schéma bien connu : chaque fois que le pouvoir perçoit une montée de la colère populaire et de l’instabilité sociale, la potence devient un outil d’intimidation.
Les développements récents laissent penser que Téhéran tente une nouvelle fois de profiter des crises régionales et de la distraction de la communauté internationale pour intensifier sa campagne de répression intérieure. Tandis que l’attention mondiale reste concentrée sur les conflits et la diplomatie, le régime semble déterminé à éliminer ce qu’il considère comme des foyers d’opposition sur son propre territoire.
Les prisonniers d’Ahvaz et la réalité de la justice politique
Des informations provenant de la prison de Sheiban, à Ahwaz, indiquent que cinq prisonniers politiques — Masoud Jamei, Alireza Mardasi, Farshad Etemadifar, Reza Abdali et Hassan Mosallavi — risquent une exécution imminente.
Leurs condamnations reposeraient sur des accusations fréquemment utilisées contre les dissidents politiques, notamment « inimitié envers Dieu », « collusion contre la sécurité nationale » et « propagande contre l’État ». Ces chefs d’accusation sont devenus des outils récurrents du système des tribunaux révolutionnaires iraniens, où les affaires politiques sont souvent jugées sur la base de lois sécuritaires formulées de manière très large.
La question centrale n’est pas seulement de savoir si ces personnes ont bénéficié d’un procès équitable, mais aussi si le système judiciaire peut réellement agir de manière indépendante lorsqu’une affaire revêt une dimension politique. Depuis des décennies, les organisations de défense des droits humains dénoncent les atteintes aux garanties procédurales, les restrictions d’accès à une défense juridique adéquate et le recours à des aveux obtenus sous la contrainte dans les affaires politiquement sensibles.
Les conditions carcérales comme forme de punition
Les conditions de détention à la prison de Sheiban renforcent encore les préoccupations liées aux droits humains.
Décrite par d’anciens détenus et plusieurs organisations comme surpeuplée et gravement sous-équipée, cette prison est devenue le symbole d’un système pénitentiaire où les prisonniers politiques sont soumis à d’importantes pressions psychologiques et physiques. Les signalements concernant l’insuffisance des installations sanitaires, la mauvaise qualité de l’eau et les pénuries chroniques de produits de première nécessité montrent que la punition commence souvent bien avant l’exécution éventuelle d’une condamnation à mort.
Pour les détenus qui attendent une possible exécution, ces conditions représentent non seulement l’emprisonnement, mais aussi une longue période d’incertitude et de souffrance psychologique.
Pourquoi le régime intensifie-t-il la répression et utilise sa machine à exécuter ?
Le moment choisi pour cette nouvelle vague de condamnations à mort est particulièrement significatif.
L’Iran fait face à des difficultés économiques croissantes, à un profond mécontentement social, à des mouvements de contestation du monde du travail et à une crise persistante de légitimité politique. Dans ce contexte, l’appareil sécuritaire du régime semble plus que jamais focalisé sur la dissuasion.
L’objectif paraît clair : instaurer un climat de peur suffisamment puissant pour décourager toute activité politique avant qu’elle ne puisse se transformer en résistance organisée.
Cette interprétation rejoint les déclarations de Maryam Radjavi, qui affirme que les autorités cherchent à empêcher de futurs soulèvements par le biais des exécutions et de l’intimidation. Que l’on partage ou non son analyse politique, l’observation générale correspond à un constat largement documenté : la répression tend à s’intensifier lorsque les gouvernements se sentent vulnérables.
Les sportifs deviennent à leur tour des cibles
La campagne d’exécutions menées par la machine à exécuter iranienne ne vise plus seulement les prisonniers politiques ; elle touche désormais l’un des groupes les plus visibles de la société iranienne : les sportifs.
L’histoire récente de l’Iran comporte de nombreux exemples d’athlètes ayant subi de lourdes conséquences en raison de leurs opinions politiques ou de leurs affiliations supposées. L’exécution de Navid Afkari est devenue un symbole international de ce phénomène, suscitant de vives condamnations de la part d’organisations sportives et de gouvernements à travers le monde.
Aujourd’hui, les inquiétudes se concentrent notamment sur le sort du boxeur et entraîneur Mohammad Javad Vafaei Sani, dont le dossier attire une attention internationale grandissante.
Le ciblage des sportifs est particulièrement révélateur, car ces figures bénéficient souvent d’un respect populaire qui dépasse les clivages politiques. Lorsqu’un gouvernement considère ses propres champions nationaux comme une menace potentielle, cela révèle la profondeur de son insécurité.
Un message adressé à toute la société
L’exécution de prisonniers politiques poursuit un objectif. Le ciblage des sportifs en poursuit un autre. Ensemble, cependant, ils transmettent le même message.
Le régime cherche à démontrer qu’aucun secteur de la société n’échappe à son contrôle : ni les étudiants, ni les travailleurs, ni les enseignants, ni les militants, ni même les figures sportives les plus respectées du pays.
En étendant la répression à différents groupes sociaux, les autorités espèrent affaiblir les solidarités et décourager toute action collective. La peur devient alors un véritable mode de gouvernement.
Pourtant, l’histoire montre régulièrement que la répression produit aussi des effets inattendus. Au lieu d’effacer les frustrations, elle tend souvent à les renforcer.
La communauté internationale ne peut détourner le regard face à la machine à exécuter
L’augmentation du nombre de condamnations à mort et les informations faisant état d’exécutions à caractère politique renforcent la responsabilité des institutions internationales, des organisations de défense des droits humains et des gouvernements démocratiques.
Le silence face à des exécutions motivées par des considérations politiques risque de banaliser des pratiques qui violent des principes fondamentaux des droits humains. Dans plusieurs affaires précédentes, la pression internationale a contribué à retarder ou empêcher certaines exécutions, démontrant que la surveillance extérieure peut sauver des vies.
Les cas des prisonniers d’Ahwaz et des sportifs actuellement menacés de lourdes sanctions ne doivent donc pas être considérés comme des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma plus large qui reflète la dépendance croissante du régime à la coercition à un moment où il traverse une période de profonde vulnérabilité intérieure.
Le véritable enjeu auquel l’Iran est confronté aujourd’hui n’est pas seulement le sort de quelques prisonniers. Il s’agit de la confrontation grandissante entre une société qui réclame davantage de libertés et un pouvoir qui dépend de plus en plus de la répression pour maintenir son contrôle.
Chaque nouvelle condamnation à mort rappelle que cette lutte demeure non résolue — et que le coût de l’indifférence internationale pourrait, au final, se mesurer en vies humaines.


