CSDHI – Alireza Shirmohammadali, le jeune homme de 21 ans devenu victime des violations des droits des prisonniers en Iran
Le mois de juin en Iran rappelle l’un des événements les plus tragiques de l’histoire des prisons iraniennes : l’anniversaire de la mort d’Alireza Shirmohammadali, un prisonnier politique de 21 ans qui, après avoir été arrêté en raison de ses activités en ligne et condamné à une peine de prison, a perdu la vie à la suite d’une agression au couteau dans la Grande Prison de Téhéran (Fashafouyeh).
Sa mort ne fut pas le résultat d’une simple altercation entre détenus, mais l’aboutissement d’une série de décisions et de circonstances contre lesquelles il avait lui-même alerté à plusieurs reprises bien avant son décès.
Arrestation et condamnation

Alireza Shirmohammadali, un jeune homme de 21 ans originaire du quartier de Naziabad à Téhéran, a été arrêté le 15 juillet 2018 en raison de ses activités sur Internet.
Il a d’abord été maintenu 36 jours à l’isolement, avant d’être transféré à la Grande Prison de Téhéran.
Le tribunal l’a condamné à huit ans de prison pour plusieurs chefs d’accusation, notamment :
- « insulte aux valeurs sacrées » ;
- « insulte au fondateur du régime » ;
- « propagande contre le régime ».
Cette condamnation a bouleversé la vie du jeune homme et celle de sa famille. Alireza Shirmohammadali était l’unique soutien financier de son foyer, et son arrestation a plongé ses proches dans de graves difficultés économiques et sociales.
La réalité derrière l’accusation d’« insulte aux valeurs sacrées »
L’affaire d’Alireza Shirmohammadali illustre la manière dont des concepts religieux sont utilisés dans le cadre d’accusations à caractère sécuritaire.
En pratique, l’accusation d’« insulte aux valeurs sacrées » est souvent moins liée aux croyances religieuses qu’aux critiques adressées à des personnalités politiques ou aux symboles du pouvoir en place.
En Iran, ce type d’accusation est devenu un outil permettant de restreindre la liberté d’expression et de réduire au silence les voix critiques à l’égard du gouvernement.
Les avertissements d’Alireza Shirmohammadali concernant sa propre sécurité : une alerte ignorée par les instances internationales
Plusieurs mois avant sa mort, Alireza Shirmohammadali et le prisonnier politique Barzan Mohammadi avaient lancé de nombreuses alertes concernant les conditions de détention à la Grande Prison de Téhéran.
Tous deux avaient entamé une grève de la faim pour protester contre :
- les mauvaises conditions carcérales ;
- l’absence de sécurité physique ;
- les conditions sanitaires dégradées ;
- le placement de prisonniers politiques aux côtés de détenus condamnés pour des crimes violents.
Leur grève de la faim a débuté en mars 2019 et s’est achevée après que les autorités eurent promis d’examiner leurs revendications.
Dans une lettre publiée au printemps 2019, les deux prisonniers politiques avaient explicitement averti des dangers existant dans l’établissement. Ils affirmaient que la prison ne respectait pas les normes minimales requises pour accueillir des détenus, en particulier des prisonniers politiques, et que leur vie était directement menacée.
Les conséquences de l’inaction face aux avertissements

Le 10 juin 2019, deux détenus ayant un lourd passé criminel ont provoqué une altercation avec Alireza Shirmohammadali et Barzan Mohammadi.
Au cours de cette attaque, Alireza a reçu plusieurs coups de couteau et a été grièvement blessé.
Selon les informations disponibles :
- la ligne téléphonique du quartier avait été coupée avant l’incident ;
- aucun gardien n’était présent au moment de l’agression.
Transporté à l’hôpital Firoozabadi, Alireza a succombé à ses blessures.
Pour de nombreux observateurs, ce drame aurait dû alerter la communauté internationale sur le danger mortel auquel sont exposés les prisonniers politiques en Iran.
Violation du principe de séparation des détenus
L’un des aspects les plus préoccupants de cette affaire est la violation du principe de séparation des catégories de détenus.
Selon le règlement de l’Organisation des prisons iraniennes, les prisonniers politiques et idéologiques ne doivent pas être détenus avec des personnes condamnées pour :
- des crimes violents ;
- des meurtres ;
- des trafics organisés ;
- d’autres infractions considérées comme particulièrement dangereuses.
Pourtant, Alireza Shirmohammadali et de nombreux autres prisonniers politiques étaient détenus aux côtés de criminels de droit commun réputés dangereux.
Cette pratique demeure aujourd’hui encore présente dans plusieurs prisons iraniennes.
Alireza avait dénoncé à plusieurs reprises cette situation, qu’il considérait comme une menace grave pour la sécurité physique des prisonniers politiques.
Violation des règlements pénitentiaires iraniens
Selon le règlement d’exécution de l’Organisation des prisons :
- les détenus doivent être classés selon la nature de leur infraction ;
- leurs antécédents judiciaires ;
- leur situation procédurale.
Par ailleurs, les articles 22 et 39 de la Constitution iranienne garantissent la protection de la vie, de la dignité et de la sécurité des individus.
Aucune autorité n’est censée créer des conditions mettant en danger l’intégrité physique d’une personne.
La responsabilité de la protection des détenus incombe à l’Organisation des prisons et aux responsables concernés. Toute négligence peut entraîner une responsabilité juridique.
La violation de ces dispositions, combinée à l’ignorance des avertissements répétés des prisonniers concernant les risques sécuritaires, est considérée par les auteurs du rapport comme une négligence délibérée dont les responsables devraient répondre.
L’élimination des dissidents : une préoccupation persistante
L’affaire Alireza Shirmohammadali n’est plus considérée comme un simple fait divers survenu en prison.
Elle est devenue un symbole de la vulnérabilité des prisonniers politiques face à la violence et au manque de protection effective.
Les auteurs rappellent qu’après les manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, environ 50 000 manifestants auraient été arrêtés et transférés dans des prisons déjà largement surpeuplées.
Selon eux, ces chiffres illustrent le risque réel de voir se reproduire de tels drames.
Articles et normes internationales considérés comme violés
Article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
Droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.
Article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
Interdiction des arrestations arbitraires et des sanctions liées à l’expression d’opinions ou à des activités pacifiques.
Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme
Droit à la liberté d’expression et d’opinion sans crainte de représailles.
Article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques
Obligation de traiter humainement toute personne privée de liberté et de garantir sa sécurité.
Règles Nelson Mandela (règles 11 et 93)
Nécessité de séparer les détenus selon la nature des infractions et d’assurer leur protection contre les violences internes.
La responsabilité des organisations de défense des droits humains et la nécessité d’actions concrètes
Selon les auteurs du texte, la responsabilité de la communauté internationale, des mécanismes des Nations unies et des organisations de défense des droits humains ne devrait pas se limiter à des déclarations de regret ou à des condamnations diplomatiques.
L’affaire Alireza Shirmohammadali démontrerait que l’absence d’action et le manque de responsabilisation des responsables judiciaires et sécuritaires iraniens favorisent la répétition de telles tragédies.
Ils appellent notamment à :
Exercer une pression pour des inspections indépendantes
Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits humains en Iran et le Comité international de la Croix-Rouge devraient exiger :
- un accès sans restriction aux prisons iraniennes ;
- des inspections inopinées ;
- un contrôle du respect du principe de séparation des détenus ;
- une vérification des conditions de sécurité des prisonniers.
Exiger des informations transparentes sur les détenus
Compte tenu des dizaines de milliers d’arrestations signalées lors des récentes manifestations, les autorités iraniennes devraient être tenues de fournir :
- des statistiques précises ;
- les lieux de détention ;
- l’état de santé des détenus ;
- des informations sur leur situation juridique.
Renforcer les mécanismes de responsabilité juridique
Les organisations internationales sont invitées à documenter les cas de négligence délibérée et les violations systématiques des droits humains.
Les auteurs estiment que les responsables d’atteintes à la sécurité ou à la vie des prisonniers pourraient, à l’avenir, être poursuivis sur la base du principe de compétence universelle.
Conclusion
Alireza Shirmohammadali est devenu, pour de nombreux défenseurs des droits humains, le symbole de l’isolement et de l’absence de protection dont souffrent les prisonniers politiques en Iran.
L’ignorance des alertes qu’il avait lancées a coûté la vie à un jeune homme de seulement 21 ans.
Aujourd’hui, alors que des dizaines de milliers de nouveaux détenus sont incarcérés dans des centres de détention décrits comme surpeuplés et fortement sécurisés, les craintes de voir se reproduire des drames similaires demeurent vives.
Selon les auteurs du rapport, la communauté internationale ne doit pas oublier la protection de la vie et de la dignité des personnes détenues derrière les murs des prisons iraniennes. Transformer ces alertes en mesures concrètes, urgentes et contraignantes serait, selon eux, le seul moyen d’empêcher que de nouveaux crimes ne se produisent à l’avenir.


