CSDHI – Comment la République islamique d’Iran viole-t-elle les conventions internationales et les droits fondamentaux des enfants pour assurer sa propre pérennité ? Des rapports alarmants font à nouveau état de violations systématiques des droits de l’enfant sous une forme particulièrement préoccupante. L’affaire de la formation au maniement des armes de jeunes adolescents à Dishmok (ville de la province de Kohguilouyeh-et-Boyer-Ahmad) met en lumière un programme gouvernemental structuré connu sous le nom de « Adolescents Combattants » (Combatant Youths).
Dans le cadre de cette initiative, des enfants et adolescents de moins de 18 ans sont soumis à un entraînement militaire intensif, comprenant l’utilisation d’armes de guerre lourdes. Présenté officiellement comme un moyen de « renforcer l’esprit de défense nationale », ce programme constitue en pratique une violation flagrante des traités internationaux ratifiés par l’Iran.
1. Les dimensions concrètes du programme « Adolescents Combattants » à Dishmok
Les informations recueillies sur le terrain montrent que ce programme ne se limite pas à une simple formation idéologique ou éducative. Il s’agit d’un dispositif pleinement militarisé dans lequel :
- des enfants et adolescents reçoivent une formation intensive à la reconnaissance et au maniement des armes ;
- des armes de combat lourdes sont placées entre les mains de mineurs ;
- des entraînements militaires et paramilitaires structurés sont dispensés à des élèves.
Ces dernières années, des programmes similaires, sous des appellations telles que « Adolescents combattants » ou « Formation défensive », ont été signalés dans différentes régions du pays. Toutefois, le cas de Dishmok se distingue par la très jeune tranche d’âge des participants et l’utilisation directe d’armes lourdes.
Cette approche illustre clairement :
- l’exploitation instrumentale des mineurs ;
- la violation des droits de l’enfant ;
- la militarisation systématique des espaces éducatifs en Iran.
Selon la Convention relative aux droits de l’enfant, que l’Iran a signée et ratifiée, toute personne âgée de moins de 18 ans est juridiquement considérée comme un enfant, et son recrutement ou sa préparation à des activités militaires ou paramilitaires est strictement interdit.
2. La doctrine officielle de l’État : le rapport intégral de l’agence ANA
Pour mesurer l’ampleur institutionnelle de ce phénomène, il est essentiel d’examiner les déclarations des autorités officielles.
Le 2 avril 2026 (13 Farvardin 1405), l’agence de presse proche du pouvoir ANA News Agency a publié un article intitulé :
« Moslemi : Les adolescents sont les premières lignes et les principaux acteurs de la défense de la Révolution »
Ce texte expose explicitement la doctrine qui sous-tend cette formation militaire.
Le premier rassemblement du Quartier général national des Adolescents Combattants s’est tenu avec la participation de représentants du Front culturel de la Révolution islamique ainsi que d’organisations étudiantes, notamment l’Organisation Basij des étudiants, l’Union des associations islamiques d’étudiants et d’autres structures similaires.
À cette occasion :
- Siavash Moslemi a été nommé directeur du Quartier général national des Adolescents Combattants ;
- Doustdar a été désigné secrétaire général.
Faisant référence aux circonstances actuelles et à la confrontation globale contre ce qu’il appelle le « front arrogant », Moslemi a déclaré :
« Dans les conditions actuelles où le régime sioniste et l’Amérique criminelle ont agressé notre pays sans retenue, nos adolescents peuvent devenir les acteurs les plus importants dans les rues pour défendre la Révolution. »
Il a également évoqué la guerre Iran-Irak (« Défense sacrée »), affirmant :
« Durant la Défense sacrée, près de 550 000 élèves, malgré leur jeune âge et les interdictions de départ au front, ont modifié leur date de naissance pour rejoindre les combats. Les 36 000 élèves martyrs témoignent de l’ampleur de ce sacrifice. »
Selon lui :
« Aujourd’hui, le même enthousiasme, la même conscience et la même volonté de défendre la patrie existent chez notre jeunesse. Un adolescent ne doit plus être un simple spectateur, mais devenir un acteur opérationnel de la Révolution. »
Création d’un réseau national
Afin d’atteindre cet objectif, Moslemi a annoncé le lancement d’un vaste réseau appelé :
« Les Clubs des Adolescents Combattants »
Ces structures doivent être créées dans toutes les villes du pays afin d’organiser les activités des adolescents engagés dans la « défense de la Révolution ».
Selon le plan officiel :
- le public prioritaire est constitué des collégiens et lycéens ;
- les élèves de troisième (9e année) sont particulièrement ciblés ;
- les clubs fonctionneront au moins deux semaines ;
- ils seront ouverts au minimum trois heures par jour dans des places et rues très fréquentées.
Moslemi a également expliqué que ces espaces permettront :
- l’organisation de débats ;
- la création de cercles de discussion entre adolescents ;
- l’enseignement de compétences liées aux situations de guerre ;
- la mobilisation des jeunes pour des activités communautaires.
Formation militaire, cyberattaques et surveillance
Parmi les activités prévues dans ces « clubs », Moslemi a cité :
- la formation au journalisme et au récit médiatique ;
- l’inscription et la formation à des opérations cybernétiques offensives contre les médias qualifiés de « sionistes » ;
- la formation à la surveillance de quartier et à l’identification d’« agents infiltrés » ;
- l’encadrement de manifestations et rassemblements ;
- l’exposition de productions artistiques ;
- la formation au maniement des armes ;
- des compétitions de tir à la carabine à air comprimé ;
- des activités de photographie à caractère patriotique ou militaire.
Un soutien institutionnel étendu
Selon Moslemi, ce programme repose sur la coopération de nombreuses institutions :
- le Front culturel de la Révolution islamique ;
- l’Organisation des étudiants ;
- l’Union des associations islamiques d’étudiants ;
- le Basij ;
- le ministère de l’Éducation ;
- les municipalités ;
- la Fondation Barakat ;
- diverses autres organisations gouvernementales.
Le programme s’appuie également sur la plateforme numérique Nojahan, utilisée pour maintenir un suivi permanent des participants et organiser des formations compétitives.
Des accords avec les chaînes de télévision nationales et provinciales doivent permettre de médiatiser largement les activités des adolescents afin d’en faire des « modèles » pour la jeunesse.
Enfin, selon l’agence ANA, la mise en œuvre du projet a déjà commencé avec la désignation de coordinateurs provinciaux et un prochain recrutement massif dans les établissements scolaires.
Conclusion et actions juridiques envisagées
Face à ce niveau de violation systématique de la Convention relative aux droits de l’enfant, de simples déclarations de principe ou condamnations symboliques ne suffisent plus.
Le programme « Adolescents Combattants », organisé à l’échelle nationale à travers des quartiers généraux et des structures locales, constitue un processus assumé visant à :
- transformer les écoles en espaces de mobilisation militaire ;
- convertir les élèves en forces paramilitaires.
Pour mettre fin à ce système, plusieurs mesures sont proposées :
1. Saisine du Comité des Nations unies des droits de l’enfant (CRC)
Les déclarations officielles reconnaissant explicitement l’entraînement militaire de collégiens et leur préparation à la cyberguerre devraient être présentées comme preuves d’une violation du Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés (OPAC).
2. Saisine de la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains en Iran
Les preuves relatives à l’utilisation de mineurs dans les doctrines sécuritaires de l’État devraient figurer parmi les principaux éléments examinés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
3. Responsabilisation des organismes financeurs
Les institutions mentionnées dans le rapport officiel — notamment la Fondation Barakat, les municipalités et les infrastructures numériques associées — devraient faire l’objet d’un suivi financier et de sanctions ciblées pour leur rôle dans ces programmes.
4. Documentation juridique pour d’éventuelles poursuites futures
L’identification et l’archivage des noms des responsables impliqués, tels que Siavash Moslemi et les coordinateurs provinciaux, pourraient servir de base à d’éventuelles poursuites devant des juridictions nationales ou internationales au titre de la compétence universelle.
Conclusion
Les établissements scolaires doivent demeurer des lieux d’apprentissage, d’épanouissement et de paix.
Transformer les écoles et les espaces publics en centres de préparation militaire met non seulement en péril l’avenir des enfants concernés, mais constitue également une violation manifeste du droit international.
Cette situation appelle une réponse concrète, coordonnée et déterminée de la communauté internationale afin de protéger les droits fondamentaux des enfants et d’empêcher leur instrumentalisation à des fins militaires ou politiques.


