CSDHI – Les défenseurs internationaux des droits humains affirment que tout accord durable concernant l’Iran doit aborder les exécutions, les arrestations arbitraires, la torture, les disparitions forcées et les revendications démocratiques du peuple iranien.
Alors que les efforts diplomatiques se poursuivent après la signature d’un mémorandum d’entente destiné à mettre fin à plusieurs mois de conflit impliquant l’Iran, d’éminents experts des droits humains des Nations unies ainsi qu’Amnesty International ont lancé un avertissement clair : la paix et la stabilité ne pourront être atteintes tant que le régime iranien poursuivra sa politique de répression contre sa propre population.
Dans des déclarations distinctes publiées cette semaine, les experts des Procédures spéciales de l’ONU et Amnesty International ont souligné que tout accord portant sur l’avenir de l’Iran doit inclure des mesures concrètes visant à protéger les droits humains, mettre fin aux exécutions, obtenir la libération des détenus politiques et garantir que les responsables des violations rendent des comptes.
Les experts de l’ONU : le peuple iranien ne doit pas être oublié
Un groupe d’experts des Nations unies a salué la perspective d’une fin des hostilités, tout en mettant en garde contre le fait que le cadre récemment signé se concentre principalement sur des questions militaires, économiques et stratégiques, sans répondre de manière adéquate à la situation du peuple iranien.
Selon ces experts, la guerre a causé d’importants dégâts à travers l’Iran, notamment :
- des pertes civiles ;
- des déplacements de population ;
- des destructions environnementales ;
- de graves difficultés économiques.
Cependant, ils soulignent également que la République islamique a parallèlement renforcé sa répression intérieure.
Les experts rapportent que depuis le début du conflit, fin février, les autorités iraniennes ont mené une vaste campagne de répression contre toute forme de dissidence. Des milliers de personnes auraient été arrêtées, tandis que nombre d’entre elles auraient subi :
- la torture ;
- des disparitions forcées ;
- des aveux forcés ;
- des simulations d’exécution.
Particulièrement préoccupante est l’augmentation du nombre d’exécutions. Selon les experts de l’ONU, au moins 156 personnes ont été exécutées depuis le début de la guerre, dont plusieurs dizaines condamnées pour espionnage ou atteinte à la sécurité nationale à l’issue de procédures marquées, selon les rapports disponibles, par la torture et le refus d’accès à une défense juridique adéquate.
Les minorités religieuses et ethniques, notamment les Bahaïs, les Kurdes et les Baloutches, figurent parmi les populations les plus exposées aux persécutions.
Les experts ont également dénoncé l’utilisation de la confiscation des biens comme instrument de sanction et de répression transnationale. Cette pratique aurait touché au moins 1 500 personnes, y compris de nombreux Iraniens vivant à l’étranger.
Une crise économique aggravée par la répression
Au-delà de la persécution politique, les experts de l’ONU ont attiré l’attention sur l’aggravation de la crise économique qui frappe la population iranienne.
Une coupure quasi totale d’Internet pendant plusieurs mois a perturbé les activités économiques, les communications et les moyens de subsistance dans l’ensemble du pays. Bien que la connexion ait été partiellement rétablie, une forte censure et un filtrage étendu demeurent en vigueur.
Les experts indiquent également que :
- le chômage a fortement augmenté ;
- l’inflation alimentaire aurait atteint 115 % ;
- les retards dans le paiement des salaires plongent de nombreux travailleurs dans une situation précaire.
S’ils saluent les projets de création d’un important fonds de reconstruction, ils insistent sur le fait que toute aide économique doit bénéficier directement à la population iranienne et non renforcer les structures responsables de la répression.
Amnesty International : la répression se poursuit malgré le cessez-le-feu
Amnesty International partage largement les préoccupations exprimées par les experts de l’ONU.
L’organisation rappelle que la fin des opérations militaires ne signifie pas automatiquement davantage de sécurité ou de liberté pour les citoyens iraniens.
Selon Amnesty, les autorités iraniennes ont intensifié leur répression durant le conflit en procédant à :
- des arrestations arbitraires massives ;
- des disparitions forcées ;
- des actes de torture ;
- des poursuites judiciaires à caractère politique ;
- des exécutions.
L’organisation affirme que plus de 6 000 personnes ont été arbitrairement arrêtées depuis le début de la guerre, tandis qu’au moins 44 personnes ont été exécutées.
Amnesty avertit que les manifestants, les dissidents et les défenseurs du changement démocratique demeurent particulièrement menacés.
L’organisation souligne également que tout processus diplomatique impliquant l’Iran doit comporter des garanties contre de futures atrocités et soutenir les revendications de la société civile iranienne en faveur de réformes fondamentales des droits humains et du système politique.
Des appels à la responsabilité et à un changement profond
Les experts de l’ONU comme Amnesty International insistent sur le fait qu’une paix durable exige davantage qu’une simple cessation des hostilités.
Les experts appellent les autorités iraniennes à prendre des engagements vérifiables, notamment :
- instaurer un moratoire sur les exécutions ;
- libérer les personnes détenues arbitrairement ;
- révéler le sort des personnes victimes de disparition forcée ;
- rétablir un accès libre à Internet ;
- garantir les libertés civiques fondamentales.
Ils demandent également aux gouvernements impliqués dans les efforts de médiation de veiller à ce que la responsabilité, la justice et les réparations pour les victimes soient intégrées à tout accord final.
Pour les millions d’Iraniens qui sont descendus à plusieurs reprises dans la rue pour réclamer davantage de liberté, de démocratie et la fin du régime autoritaire, les défenseurs des droits humains considèrent qu’une véritable stabilité ne pourra être atteinte tant que la répression systématique exercée par le régime ne sera pas traitée.
Une question toujours en suspens
Alors que le processus diplomatique se poursuit, le message des organisations de défense des droits humains devient de plus en plus clair :
mettre fin aux hostilités n’est que la première étape.
La lutte pour la justice, la responsabilité des auteurs de violations et le respect des droits fondamentaux en Iran demeure, quant à elle, entièrement ouverte.


