CSDHI – Les autorités judiciaires iraniennes annoncent des milliers de dossiers liés aux manifestations, tandis que les organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations massives, des exécutions politiques et une campagne de répression qui s’étend à travers tout le pays.
Le régime renforce sa répression judiciaire après les manifestations nationales de janvier
Les autorités judiciaires iraniennes ont dévoilé de nouveaux éléments concernant la vaste campagne de répression menée contre les participants aux manifestations nationales de janvier 2026, révélant que des milliers de procédures judiciaires ont été ouvertes dans plusieurs provinces alors que le régime intensifie ses efforts pour étouffer toute contestation.
Les responsables des provinces du Sistan-Baloutchistan, de Qazvin, du Mazandéran, de Zandjan et de l’Azerbaïdjan occidental ont indiqué que plus de 2 500 procédures judiciaires étaient liées aux manifestations de janvier, ainsi qu’à des affaires en rapport avec le récent conflit impliquant les États-Unis, Israël et le régime iranien.
Ces révélations offrent un rare aperçu de l’ampleur de la campagne répressive actuellement menée par le régime, caractérisée par des arrestations massives, des poursuites pour atteinte à la sécurité nationale, des accusations d’espionnage, des confiscations de biens et un recours croissant à la peine de mort.
Des centaines de condamnations au Sistan-et-Baloutchistan
Mehdi Shamsabadi, procureur du régime à Zahedan, a annoncé que les tribunaux avaient déjà rendu des verdicts contre 111 personnes arrêtées lors des manifestations de janvier.
Selon lui, certaines peines ont déjà été exécutées tandis que d’autres dossiers sont toujours en cours d’examen.
Il a également indiqué que des actes d’accusation avaient été émis contre plusieurs personnes impliquées dans des affaires liées au récent conflit militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël.
Aucune information n’a toutefois été communiquée concernant :
- l’identité des accusés ;
- la nature exacte des charges ;
- les peines prononcées.
De graves accusations contre les manifestants à Qazvin
Dans la province de Qazvin, le procureur Asghar Askari a confirmé que les poursuites contre les personnes arrêtées lors des manifestations se poursuivaient.
Les chefs d’accusation comprennent notamment :
- « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » ;
- « homicide volontaire » ;
- « destruction de biens dans l’intention de s’opposer au régime ».
Askari a également affirmé que certains accusés étaient impliqués dans des incidents ayant entraîné des décès, tandis que d’autres étaient poursuivis pour « corruption sur terre », l’une des infractions les plus graves du code pénal iranien, souvent utilisée contre les opposants politiques.
Là encore, les autorités ont refusé de révéler le nombre exact de détenus, leur identité ou leur lieu de détention.
Des centaines de dossiers dans la province du Mazandéran
L’ampleur de la répression semble particulièrement importante dans la province du Mazandéran.
Ali Akbar Alishah, procureur de Sari, a annoncé qu’environ 700 dossiers judiciaires avaient été ouverts en lien avec les manifestations de l’année dernière.
Parmi eux, 450 dossiers auraient été transmis aux tribunaux révolutionnaires après l’émission d’actes d’accusation.
Certains accusés sont poursuivis pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh), une accusation passible de la peine de mort.
Alishah a également révélé que les autorités, en coopération avec :
- le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ;
- le ministère du Renseignement ;
- les forces de police,
avaient identifié 139 personnes prétendument liées à des « gouvernements hostiles ».
Selon lui, nombre de ces personnes seraient des Iraniens vivant en Europe qui se sont publiquement opposés au régime. Des mesures seraient en cours pour identifier et saisir leurs biens.
Le procureur a également évoqué la récente loi sur le « renforcement des peines pour espionnage », précisant que certaines infractions prévues par ce texte peuvent entraîner l’exécution et la confiscation des biens.
Extension des confiscations de biens à Zandjan
Les autorités judiciaires de la province de Zandjan ont signalé des dizaines d’affaires liées au récent conflit avec Israël et les États-Unis, ainsi que plus de 1 000 dossiers ouverts à la suite des manifestations de janvier.
Ali Faraji-Barhaq, chef de la justice provinciale, a déclaré que 65 affaires liées au conflit étaient actuellement examinées.
Il a également annoncé l’ouverture de 92 procédures distinctes visant à identifier et confisquer les biens de personnes accusées de coopération avec Israël.
Quatorze de ces dossiers ont déjà été transmis aux tribunaux compétents pour autoriser la confiscation des biens au profit de l’État.
Faraji-Barhaq a ajouté que certaines affaires liées aux manifestations avaient déjà donné lieu à des verdicts définitifs, tandis que d’autres avaient été transmises à la Cour suprême.
Des centaines d’arrestations en Azerbaïdjan occidental
Dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, les autorités judiciaires ont annoncé l’arrestation de 480 personnes durant la période récente de tensions.
Selon Nasser Atabati, chef de la justice provinciale :
- dix détenus auraient été identifiés comme agents du Mossad ;
- ils ont déjà été condamnés par les tribunaux.
Atabati a également confirmé que trois personnes accusées d’espionnage pour Israël ont été exécutées après la fin des procédures judiciaires.
Ces exécutions s’inscrivent dans une tendance plus large marquée par un durcissement des peines au titre des nouvelles lois sur la sécurité nationale.
Le chef du pouvoir judiciaire ordonne un durcissement
Ces révélations interviennent après les directives émises par le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, à la suite des frappes militaires contre l’Iran.
Mohseni-Ejei a publiquement ordonné la saisie des biens des personnes accusées de « coopération avec l’ennemi » et averti que les personnes reconnues coupables pourraient encourir de lourdes sanctions, y compris la peine de mort.
Ses déclarations témoignent de la volonté du régime d’utiliser à la fois l’appareil judiciaire et les forces de sécurité pour décourager toute contestation dans un contexte de fortes tensions internes et internationales.
Des milliers de poursuites sous la nouvelle loi sur l’espionnage
Ces nouveaux chiffres s’ajoutent aux statistiques précédemment publiées par le porte-parole du pouvoir judiciaire, Asghar Jahangir.
Le 8 juin, Jahangir avait annoncé que :
- 3 121 personnes avaient été poursuivies ;
- 2 406 personnes avaient été arrêtées
dans des affaires liées à des accusations d’espionnage ou de coopération avec Israël.
Ces poursuites reposent sur la nouvelle loi renforçant les sanctions pour les infractions liées à l’espionnage, laquelle prévoit la peine capitale ainsi que la confiscation des biens pour un large éventail d’accusations.
Jahangir avait déjà indiqué qu’en février 2026 :
- plus de 10 000 ordonnances de poursuite avaient été émises ;
- près de 9 000 actes d’accusation avaient été délivrés
contre des personnes arrêtées lors des manifestations de janvier.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent une répression massive
Les organisations de défense des droits humains dressent un tableau encore plus sombre de la situation.
Selon leurs estimations :
- plus de 60 000 personnes ont été arrêtées pendant ou après les manifestations de janvier ;
- des sources indépendantes estiment que plus de 100 000 personnes auraient été convoquées, arrêtées, interrogées ou soumises à diverses formes de pression sécuritaire.
Parallèlement, le régime a intensifié son recours aux exécutions.
Depuis le 17 mars 2026, les autorités iraniennes auraient exécuté au moins 44 prisonniers politiques, tandis que des centaines d’autres auraient été condamnés à mort, à de longues peines de prison ou à la confiscation de leurs biens.
Des inquiétudes croissantes face aux procès accélérés et aux condamnations à mort
La multiplication des actes d’accusation, l’expansion des affaires liées à la sécurité nationale et les menaces publiques d’exécution rapide des peines suscitent de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains.
Les observateurs craignent que de nombreux accusés dans ces nouveaux dossiers soient confrontés à :
- des procédures judiciaires expéditives ;
- un accès limité à la défense ;
- des accusations à caractère politique ;
- un risque accru de condamnation à mort.
Alors que le régime cherche à contenir les conséquences politiques du soulèvement de janvier et de la montée du mécontentement populaire, ces chiffres suggèrent que le système judiciaire iranien est devenu l’un des principaux instruments d’une campagne de répression de plus en plus vaste visant à faire taire l’opposition et à prévenir toute nouvelle mobilisation populaire.


