« La clé d’une paix durable dans la région est en Iran » – Entretien avec Franck Radjai

Franck Radjai, directeur de recherche au CNRS à l’Université de Montpellier et président de l’Association des Universitaires pour la Liberté en Iran, a accordé un entretien à Actu.fr dans lequel il revient sur la situation en Iran, la résistance populaire et les perspectives de changement de régime.
Ayant fui l’Iran en 1983 après avoir vécu la répression du régime des mollahs et l’exécution de sa sœur, Franck Radjai souligne que le régime a besoin de la guerre et des crises extérieures pour survivre.
Il estime que les négociations en cours avec les États-Unis lui permettent surtout de gagner du temps face à la colère populaire et à une résistance organisée.Selon lui, un changement de régime ne peut venir de l’extérieur : même la plus puissante armée ne peut le renverser. Les Gardiens de la Révolution, lourdement armés, répriment toute opposition intérieure.
Pourtant, le régime a été gravement affaibli, notamment par le soulèvement de janvier, la perte de son Guide suprême et de nombreux commandants.
Franck Radjai met en avant le rôle de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI) et du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), qu’il considère comme les forces les mieux organisées pour fédérer l’opposition, y compris les composantes ethniques (Kurdes, Baloutches, Arabes…).Il insiste sur le fait que la révolution de 1979 a été confisquée et qu’il faut absolument éviter qu’une nouvelle révolution ne dévie à nouveau vers une dictature.
La solution, selon lui, réside dans une résistance organisée et une alternative démocratique respectant la diversité culturelle du pays.
Il regrette le manque de mobilisation internationale en faveur du peuple iranien, alors que le régime iranien est, selon lui, un obstacle majeur à toute paix durable au Proche-Orient, y compris dans le conflit israélo-palestinien.
Malgré la répression accrue (exécutions, arrestations massives), Franck Radjai reste optimiste. Il estime que le peuple iranien a compris que le changement ne peut venir que de lui-même, à travers une résistance organisée, et que les conditions pour un nouveau soulèvement sont de plus en plus réunies.