Mise en garde contre la banalisation des exécutions en Iran

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CSDHi – Alors que les exécutions en Iran se poursuivent, les inquiétudes grandissent face aux tentatives du régime de banaliser la peine de mort et d’insensibiliser la société à la violence d’État.

La vague croissante d’exécutions en Iran suscite des inquiétudes non seulement concernant les vies qui sont ôtées, mais également au sujet de la volonté plus large du régime de faire apparaître les exécutions comme des actes ordinaires et inévitables.

Un utilisateur des réseaux sociaux a récemment partagé un message vidéo mettant en garde les Iraniens contre ce qui pourrait constituer une tragédie encore plus grande que les exécutions elles-mêmes : la banalisation de la mort comme instrument de gouvernement.

« Le danger n’est pas seulement l’exécution », explique le message. « Plus dangereux encore est le fait que le régime clérical veut répéter les exécutions et en diffuser quotidiennement les informations jusqu’à ce que les exécutions deviennent psychologiquement banales dans la société, au point que les gens finissent par devenir indifférents à ces nouvelles. »

Cette mise en garde souligne une dimension essentielle de la répression exercée par le régime. En exposant continuellement la population aux informations faisant état d’exécutions, les autorités pourraient espérer que l’indignation finisse par céder la place à l’épuisement et à l’indifférence.

Le langage de la mort

Pourtant, les réactions sur les réseaux sociaux montrent que cette stratégie ne reste pas sans contestation.

La semaine dernière, un autre utilisateur a partagé un poème évoquant la transformation d’objets ordinaires en instruments de mort :

« Aucun arbre n’a jamais rêvé de devenir une potence,
et la vocation d’une corde
était d’atteindre des mains, pas des gorges…
Qui donc a traduit pour la première fois
l’innocence d’un arbre
et la douceur d’une corde
dans le langage de la mort ? »

Ce poème illustre la manière dont les exécutions se sont inscrites dans la conscience culturelle et sociale iranienne. Loin de disparaître dans le flot quotidien de l’actualité, l’image de la potence, de la corde, de la prison et de l’exécution continue de susciter réflexion et résistance.

La potence comme aveu d’échec

Un autre utilisateur des réseaux sociaux a cité un passage de Reflections on the Gallows (Réflexions sur la potence) d’Arthur Koestler, qui décrit la peine de mort comme un aveu d’échec politique :

« Chaque fois qu’une potence est dressée, la structure du pouvoir reconnaît qu’elle est incapable de comprendre, d’évaluer et de résoudre les problèmes de la société. »

Cette réflexion offre une autre perspective sur le recours du régime aux exécutions. La potence peut être considérée non pas comme une démonstration de force, mais comme la preuve d’un gouvernement incapable ou refusant de s’attaquer aux crises fondamentales auxquelles la société est confrontée.

Plutôt que de résoudre les difficultés économiques, le mécontentement social et les revendications politiques, le régime recourt à l’emprisonnement, aux exécutions et à l’intimidation.

Chaque exécution alimente davantage la colère sociale

La stratégie du régime vise clairement à répandre la peur et à décourager toute résistance. Pourtant, les exécutions répétées ne produisent pas nécessairement la société passive recherchée par les autorités.

Pour de nombreux Iraniens, chaque exécution vient s’ajouter à une mémoire collective grandissante de la répression. Les noms, les photographies, les témoignages des familles, les informations et les publications sur les réseaux sociaux empêchent les victimes de simplement disparaître de la conscience publique.

Dans ce sens, des mots tels que exécution, prison, pauvreté et privation sont devenus profondément liés dans la perception que la population a du pouvoir en place. Chacun reflète une dimension différente d’une crise plus vaste qui touche des millions d’Iraniens.

Le régime peut chercher à utiliser les exécutions pour intimider la société et la réduire au silence, mais chaque exécution peut également accroître le ressentiment et renforcer l’idée que le pouvoir en place n’a aucune solution aux crises qu’il a contribué à créer.

Briser le cycle de la banalisation

Le défi central n’est donc pas seulement de s’opposer à chaque exécution prise individuellement, mais aussi d’empêcher la banalisation de la violence d’État.

Maintenir l’attention du public sur les exécutions, préserver la mémoire de leurs victimes, amplifier la voix de leurs familles et documenter la répression sont autant de moyens de contrer la volonté du régime de transformer une violence extraordinaire en une réalité ordinaire de la vie quotidienne.

Les exécutions, la pauvreté et les difficultés économiques sont devenues des sources de souffrance étroitement liées pour des millions d’Iraniens. Les efforts du régime pour réprimer la colère qui en résulte par la peur pourraient finalement aggraver les mêmes frustrations qu’il cherche à contenir.

La lutte contre les exécutions est donc également une lutte pour déterminer si la peur ou la dignité humaine définira l’avenir de l’Iran. Empêcher l’indifférence face à la violence d’État demeure essentiel pour préserver la capacité de la société à résister à la répression et à réclamer un changement fondamental.