CSDHI – À l’approche de l’année scolaire 2026-2027, les rapports et statistiques officiels publiés par les autorités éducatives iraniennes mettent en évidence de graves préoccupations concernant l’accès continu des enfants à l’éducation et l’augmentation du nombre d’enfants non scolarisés. Bien que les autorités annoncent l’inscription de plus d’un million d’élèves en première année de l’enseignement primaire, les données officielles et les rapports des médias nationaux indiquent qu’une proportion importante d’enfants n’intègre soit pas le système éducatif dès le départ, soit abandonne le parcours scolaire au cours des années suivantes.
Rezvan Hakimzadeh, adjointe chargée de l’enseignement primaire au ministère de l’Éducation, a annoncé que, sur les 1 154 000 enfants en âge d’entrer en première année, plus d’un million avaient finalisé leur inscription ; toutefois, la situation d’une partie des enfants concernés reste indéterminée. Cette situation indique que le fossé éducatif commence dès l’entrée à l’école.
Alors que les statistiques font état de millions d’inscriptions en première année, la réalité révèle de profondes lacunes structurelles, allant des enfants privés de la possibilité de s’inscrire dès le départ aux élèves qui abandonnent leur scolarité au cours des années du collège.
Selon les statistiques officielles enregistrées dans le système « Shahid Mahmoudvand », un total de 141 837 élèves non scolarisés âgés de 6 à 11 ans ont été identifiés, dont 78 670 garçons et 63 167 filles. Selon l’adjointe chargée de l’enseignement primaire, les garçons représentent environ 55,5 % de ce total, contre 44,5 % pour les filles.
Dans l’analyse de cette différence statistique, les responsables du ministère de l’Éducation et les experts ont mis en avant des facteurs différents pour expliquer la déscolarisation des garçons et des filles. D’après des rapports publiés dans les médias nationaux citant des responsables de l’éducation, la proportion plus élevée de garçons abandonnant leur scolarité au primaire et au collège est fréquemment liée à la pauvreté économique, à leur contribution aux moyens de subsistance du foyer et à leur entrée précoce sur le marché du travail (travail des enfants). À l’inverse, bien que la proportion de filles soit plus faible dans les statistiques de l’enseignement primaire, les sources officielles soulignent qu’à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité, le taux d’abandon augmente plus fortement chez les filles en raison des obstacles culturels, de l’éloignement géographique des internats et de la survenue de mariages précoces.
En outre, les autorités éducatives ont indiqué que le plus grand nombre d’enfants non scolarisés se concentre en première année de l’enseignement primaire, environ 38,8 % de l’ensemble des enfants non scolarisés étant en âge officiel d’entrer à l’école. Cette statistique montre qu’une part importante de la crise actuelle se constitue avant même le début de la scolarité formelle.
Au-delà des statistiques nationales, les rapports nationaux dressent un tableau alarmant des conditions dans certaines écoles. Ainsi, un inspecteur de l’éducation a rapporté, à l’issue d’une évaluation sur le terrain menée dans une école de Téhéran comptant 400 élèves, que 70 élèves avaient abandonné leur scolarité, soit environ 18 % des effectifs de cet établissement. Autrement dit, sur six élèves qui devraient être présents en classe, un manque à l’appel.
Les données officielles relatives à la répartition géographique montrent en outre que la crise de la déscolarisation revêt des dimensions structurelles et régionales profondes. Selon les statistiques publiées par le Centre de recherche du Majlis et les rapports des agences de presse officielles, les provinces marginalisées et défavorisées représentent la plus grande part des enfants non scolarisés. La province du Sistan-et-Baloutchistan arrive en tête, avec 15 % de l’ensemble des enfants non scolarisés du pays, suivie des provinces du Khouzistan, de l’Azerbaïdjan occidental, du Khorasan-e Razavi et de Kerman. Cette concentration géographique met en évidence un lien direct entre les privations régionales, les inégalités dans la répartition des infrastructures éducatives et l’augmentation du taux d’enfants quittant le système scolaire.
Les autorités éducatives et les médias nationaux ont également fait état d’une augmentation des abandons scolaires en septième et huitième années. Bien que des chiffres nationaux précis concernant ce phénomène particulier n’aient pas été publiés, l’attention portée à cette tranche d’âge reflète une crise qui survient au moment de la transition de l’enfance à l’adolescence.
Quitter l’école à cet âge augmente la probabilité d’une entrée précoce sur le marché du travail, limite les possibilités éducatives et professionnelles futures et perpétue le cycle intergénérationnel de la pauvreté. Bien que les rapports cités ne fournissent pas de données statistiques directes sur le devenir de ces élèves, les autorités éducatives elles-mêmes ont identifié la pauvreté économique, les difficultés sociales et les facteurs culturels comme les principales raisons pour lesquelles des enfants restent en dehors du système scolaire.
Un autre obstacle majeur à l’inscription des enfants à l’école et à la poursuite de leur scolarité, reconnu par les responsables de l’éducation et les institutions de l’État, est le problème des « enfants dépourvus de documents d’identité officiels et d’actes de naissance ». Selon les déclarations de responsables du ministère de l’Éducation et les rapports des agences de presse officielles, des milliers d’enfants sont chaque année, dans les zones frontalières et marginalisées — notamment des enfants nés de mariages non enregistrés ou vivant dans des zones dépourvues d’accès aux services d’état civil — empêchés de finaliser leur inscription scolaire ou confrontés à de graves perturbations juridiques et administratives dans leur parcours éducatif en raison de l’absence de documents d’identité officiels.
D’autres dimensions de cette crise apparaissent dans les déclarations officielles des autorités de l’État. Le ministre de l’Éducation a indiqué que plus de 15 000 enfants ayant des besoins particuliers (élèves dits « exceptionnels ») sont actuellement privés de scolarisation. Ce chiffre souligne les graves difficultés qui subsistent en matière d’accès égal et inclusif à l’éducation pour les enfants handicapés ou ayant des besoins éducatifs particuliers.
Par ailleurs, les responsables du ministère de l’Éducation ont cité de nombreux facteurs qui se recoupent pour expliquer pourquoi certains enfants restent en dehors du système scolaire, notamment la pauvreté financière, une tutelle inadéquate ou l’absence de tuteur, certaines pathologies, le travail des enfants, les obstacles culturels, la distance entre le lieu de résidence et l’école ainsi que les difficultés d’accès aux services éducatifs.
Parmi ces facteurs, le mariage des enfants est particulièrement documenté. Selon les statistiques officielles annoncées par l’adjointe chargée de l’enseignement primaire, au moins 69 cas de mariages d’enfants ont été enregistrés parmi les élèves de l’enseignement primaire.
La mise en perspective de ces différentes données soulève une question fondamentale : si les inscriptions initiales se comptent toujours en millions, mais qu’un nombre important d’enfants sortent du système dès le début de l’enseignement primaire puis au cours des années de collège — notamment en septième et huitième années —, combien d’entre eux parviendront finalement à achever leur scolarité ?
La question centrale n’est désormais plus seulement celle de l’« inscription » initiale. Le principal défi consiste à garantir que les enfants restent durablement scolarisés et à créer les conditions leur permettant d’achever leur parcours éducatif. L’écart entre « l’entrée à l’école » et « le maintien à l’école » est devenu l’un des défis structurels les plus critiques auxquels est confronté le système éducatif iranien.
Cadre relatif aux droits humains
Le droit à l’éducation est explicitement reconnu par l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), l’article 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), ainsi que par les articles 28 et 29 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE).
En outre, étant donné que plus de 15 000 enfants ayant des besoins particuliers restent privés de scolarisation, cette situation soulève de graves préoccupations quant à la mise en œuvre des obligations découlant de l’article 24 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), qui impose aux États parties de garantir un système éducatif inclusif et non discriminatoire.
Par ailleurs, la documentation de mariages d’enfants parmi des enfants en âge de fréquenter l’enseignement primaire est directement contraire aux normes énoncées dans la Convention relative aux droits de l’enfant (articles 19 et 34) ainsi qu’aux recommandations du Comité des droits de l’enfant concernant l’interdiction du mariage des mineurs et la préservation du droit des enfants à poursuivre leur éducation.
La question des enfants non scolarisés relève des mandats du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’éducation, du rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits humains en République islamique d’Iran, du Comité des droits de l’enfant (CDE), du Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) et du rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains.
Conclusion et recommandations
Les informations publiées par les autorités iraniennes et les médias nationaux démontrent que la crise des enfants non scolarisés se poursuit et, dans certains domaines, s’intensifie. Cette crise touche non seulement les enfants vivant dans des régions défavorisées, mais également les enfants handicapés, les élèves exposés à la pauvreté, les enfants travailleurs, les enfants dépourvus de documents officiels et les filles exposées au mariage précoce.
A) Demandes d’action adressées aux mécanismes des Nations unies concernant la République islamique d’Iran :
Publier des données complètes, annuelles, transparentes et ventilées sur les enfants non scolarisés, selon la province, le sexe, le niveau d’enseignement, le statut de handicap et la possession de documents d’identité.
- Publier des données complètes, annuelles, transparentes et ventilées sur les enfants non scolarisés, selon la province, le sexe, le niveau d’enseignement, le statut de handicap et la possession de documents d’identité.
- Élaborer et mettre en œuvre un plan d’action assorti d’un calendrier précis et bénéficiant de dotations budgétaires adéquates, afin d’éliminer les obstacles structurels à l’inscription en première année et de prévenir les abandons dans l’enseignement secondaire inférieur et supérieur.
- Faciliter d’urgence les procédures de vérification d’identité et la délivrance de codes d’identification scolaires pour tous les enfants dépourvus de documents officiels, afin de garantir leur droit à l’éducation sans entraves administratives.
- Mettre en place les infrastructures et les conditions nécessaires à une éducation inclusive, en adaptant les établissements scolaires afin de garantir un accès égal aux plus de 15 000 enfants ayant des besoins particuliers.
- Réformer la législation nationale et adopter des mesures juridiques et socio-économiques de soutien afin d’interdire le mariage des enfants et d’alléger les pressions liées aux moyens de subsistance qui contraignent les enfants à quitter le système scolaire.
B) Questions et actions suggérées au rapporteur spécial sur le droit à l’éducation et aux mécanismes des Nations unies :
- Examiner les statistiques et les conclusions documentées dans le présent rapport dans les communications officielles et les dialogues avec les autorités de la République islamique d’Iran, en demandant une obligation de rendre des comptes transparente.
- Évaluer l’égalité d’accès à l’éducation pour les enfants handicapés et les enfants dépourvus de documents officiels dans le cadre des examens périodiques menés par les organes conventionnels spécialisés, notamment le CDE et le CDPH.
- Intégrer l’impact de la pauvreté structurelle et des privations économiques sur le droit à l’éducation dans les rapports thématiques consacrés à l’extrême pauvreté et aux droits humains.
- Faire état des progrès ou des régressions de l’Iran dans la mise en œuvre de ses obligations internationales relatives au droit à l’éducation dans les prochains rapports et sessions du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
- Lors de futurs échanges avec le gouvernement iranien, exiger un calendrier précis pour réduire le taux d’enfants non scolarisés — en particulier les enfants handicapés, les enfants vivant dans des régions défavorisées et les enfants dépourvus de documents officiels — et suivre les progrès réalisés dans les examens et rapports périodiques ultérieurs.
Sources /
- Rokna News Agency : « 15 000 élèves dits exceptionnels privés d’éducation / 70 élèves d’une école de 400 élèves à Téhéran ont abandonné leur scolarité / L’inscription en première année de centaines d’enfants reste dans l’incertitude / Les abandons augmentent en septième et huitième années »
- Khabar Online : « 141 000 enfants non scolarisés identifiés / Plus de 40 000 élèves retournés à l’école »
- Tasnim News Agency : « Retour de 46 000 élèves non scolarisés à l’école »
- SNN (Student News Network) : « 161 000 enfants non scolarisés identifiés dans l’enseignement primaire »
- Eqtesad 24 : « Statistiques alarmantes sur les enfants non scolarisés / Priorité donnée à la scolarisation des garçons et mariage des enfants comme causes de l’abandon scolaire des filles »
- IMNA News Agency : « Statistiques alarmantes sur les enfants non scolarisés dans le Sistan-et-Baloutchistan »
- Asr Iran : « Sans papiers – sans instruction / Des enfants iraniens privés d’école faute d’actes de naissance »


