CSDHI – En août 2026, la situation des droits humains en Iran a connu une détérioration catastrophique. Selon les données compilées par Iran Human Rights Monitor (Iran HRM), un total de 92 exécutions ont été documentées au cours de ce mois, témoignant d’une progression alarmante du recours à la peine de mort par le régime clérical pour étouffer la dissidence. Sur ces 92 exécutions, 85 ont été menées en secret, sans aucune annonce officielle de la part de l’appareil judiciaire ou des médias d’État, tandis que seules sept exécutions, dont celle d’une femme, ont été officiellement reconnues. Parmi les victimes de cette vague d’exécutions figuraient six femmes, des délinquants mineurs, des membres de minorités ethniques et des personnes arrêtées lors des récents soulèvements populaires. Parallèlement, l’appareil sécuritaire du régime a intensifié sa répression contre les prisonniers politiques, marquée par des raids violents dans les prisons, des disparitions forcées, le refus systématique de soins médicaux et l’imposition délibérée de conditions de vie inhumaines dans les centres de détention à travers tout le pays.
L’escalade de la peine de mort et des exécutions arbitraires
Le pouvoir judiciaire du régime a accéléré de manière agressive la machine des exécutions en réponse aux troubles sociaux persistants. Entre le 28 juillet et le 3 août 2026, au moins 26 prisonniers ont été exécutés. Le 3 août, les autorités de l’État ont annoncé la pendaison d’Omid Behzad et Pouria Safvat, accusés d’« espionnage et de coopération avec les services de renseignement israéliens ». Toutefois, la grande majorité des exécutions n’ont fait l’objet d’aucune annonce. Arvin Kheirkhahan, un manifestant détenu lors du soulèvement de janvier, a été exécuté secrètement à Shahroud le 1er août, l’appareil judiciaire étant resté totalement silencieux sur son affaire.
Les vagues d’exécutions qui ont suivi tout au long du mois mettent davantage en évidence le recours systématique à la peine capitale :
16 août : Exécution de Shahram Sadeghi, un manifestant du soulèvement, à Karaj. Arrêté le 5 février 2026, Sadeghi a été condamné à mort pour des accusations fabriquées d’« action opérationnelle en faveur de groupes hostiles », après avoir été accusé d’avoir conduit en direction des agents de sécurité pendant les manifestations.
19 août : Douze prisonniers ont été exécutés en une seule journée, parmi lesquels Farshad Safari (Karaj), Ali Afzali (Sabzevar), Morad Noureh (Dezful), Davoud Siah-Mansouri (Qezelhesar), Donya Mohammadi, Khodadad Mohammadi, Mohsen Zarouni (Ilam), ainsi que cinq prisonniers à Ispahan (Lotfollah Ahmadvand, Abdulbaset Barahouie, Omidreza Ghanbarian, Amir Farhadi et Mohsen Darabi).
20 août : Ghaem Hosseini, un manifestant de 21 ans d’origine afghane, a été pendu à Ispahan. Hosseini avait été arrêté dans le cadre de l’affaire de la « place Alikhani » lors du soulèvement de janvier. Sept autres jeunes coaccusés dans cette affaire — Alireza Sepahi, Shervin Bagherian, Amir-Hossein Ebrahimi, Amir-Hossein Maleki, Ali Dashti, Abolfazl Ebrahimi et Alireza Reisi — restent exposés à un risque imminent d’exécution.
23 août : Six prisonniers ont été exécutés, parmi lesquels Majid Adineh, un manifestant du soulèvement, à la prison centrale de Karaj, et Fatemeh Kamal Zare (30 ans) à Karaj. Majid Adineh avait été reconnu coupable d’accusations liées à la sécurité nationale sans aucun élément de preuve permettant de les étayer. Les autres victimes étaient notamment Ardalan Sabzi (Maku), Mohammad Ali Kaffashi, Hamed Emami (Semnan) et Bahram Keshavarzi (Chiraz).
24-26 août : Sur une période de quatre jours, 23 exécutions ont été menées, soit une moyenne d’une exécution toutes les quatre heures. Parmi les personnes exécutées figuraient trois femmes : Fatemeh Kamal-Zare, Zahra Azizpour (prison de Lakan, à Rasht) et Arezoo Rastad (Ispahan).
L’exécution du mineur Farzad Sobhani (19 ans), le 29 juillet à Ourmia, alors qu’il n’avait que 16 ans au moment de l’infraction qui lui était reprochée, constitue une violation flagrante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Convention relative aux droits de l’enfant, auxquels l’Iran est partie.
Raids violents dans les prisons et répression systématique des prisonniers politiques
Des prisonniers politiques détenus dans plusieurs établissements ont été soumis à des violences et à des pressions sans précédent. Les 1er et 8 août 2026, des gardiens de prison et des forces de sécurité ont mené de violents raids dans le quartier 7 de la prison d’Evin, visant des prisonniers politiques et des sympathisants de l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Lors du raid du 1er août dans le quartier 7, les gardiens ont violemment frappé les détenus et transféré de force six prisonniers politiques — Amir Hossein Moradi (26 ans, étudiant d’élite de l’université Sharif détenu depuis 2020), Ehsan Rostami (sociologue et éditeur), Ramin Rostami, Pejman Toobareh-Rizi (condamné à 20 ans), Mojtaba Taghavi (58 ans) et le défenseur des droits de l’enfant Afshin Heyratian — vers des lieux inconnus. Le 8 août, les gardiens ont fait irruption dans les salles 3 et 4 du quartier 7, frappant les prisonniers, pillant leurs effets personnels et perturbant les communications. Parmi les principaux responsables pénitentiaires impliqués dans ces opérations figurent Fathollahi (chef des gardiens), Rostami (chef adjoint), Sadeghi (adjoint du responsable de la sécurité), Yousefi (adjoint chargé des affaires sanitaires), Haghjou (chef de l’inspection) et Mahmoudi (responsable du quartier 7).
Par ailleurs, le régime iranien a poursuivi sa politique de disparitions forcées. Le lieu où se trouvent les 11 sympathisants de l’OMPI arrêtés entre mai et juillet 2026, ainsi que leur statut juridique, demeurent totalement inconnus. Ces personnes sont : Abolhasan Gholamreza-Nasab (42 ans), Ali-Akbar Karimi (42 ans), Amir-Hossein Baddaghi (21 ans), Mahmoud-Ali Arab (20 ans), Ehsan Sahraei (45 ans), Alireza Dahmardeh (18 ans), Javad Behzadi (34 ans), Ghazal Sayyadi (38 ans), Ashkan Mortazavi (38 ans), Benjamin Obaydi (41 ans) et Amir-Aslan Mameneh (20 ans).
Conditions sanitaires déplorables et traitements inhumains
Les autorités pénitentiaires ont systématiquement utilisé les conditions de vie et d’hygiène dégradées comme une arme pour briser la résistance des détenus politiques :
Prison d’Evine (quartier 7) : Une grave maladie virale s’est rapidement propagée en raison de la surpopulation et de l’absence de soins médicaux. Les autorités pénitentiaires ont confisqué tous les équipements de refroidissement, laissant les prisonniers dans des espaces confinés où les températures dépassaient 40 degrés Celsius. Les produits sanitaires de base et les médicaments sont retenus, sauf s’ils sont achetés à des prix exorbitants auprès de mafias pénitentiaires liées aux gardiens.
Prison de Fardis (Karaj) : Dans le quartier 1, où sont détenues des prisonnières politiques, notamment Masoumeh Senobari, Atefeh Hassani et Fatemeh Nadi Dastgirdi, les eaux usées ont débordé dans la cour de promenade. L’invasion d’insectes et l’environnement insalubre qui en ont résulté ont provoqué une propagation généralisée de maladies infectieuses, tandis que les gardiens refusent de fournir des soins médicaux.
Prison centrale de Karaj (quartier 2) : Environ 300 à 400 détenus issus du soulèvement de janvier sont entassés dans des espaces extrêmement surpeuplés, contraignant nombre d’entre eux à dormir à même le sol. L’accès aux douches est limité à deux heures par semaine. Les gardiens ont distribué des drogues de synthèse dans le quartier afin de déstabiliser les prisonniers, provoquant une détresse psychologique sévère et des tentatives de suicide.
Prison de Qezel Hesar : Dans le quartier 37, unité 3, 65 détenus du soulèvement sont incarcérés dans des conditions d’extrême surpopulation, sans avocat ni soins médicaux. Parallèlement, des brouilleurs de signaux à haute fréquence installés dans l’unité 2 ont provoqué de graves symptômes physiques chez les détenus, notamment des vertiges constants, des nausées et des douleurs physiques.
Prison de Gonbad-e Qabus : Les détenus sont confrontés à de graves pénuries alimentaires, les gardiens ne distribuant qu’un pain pour trois prisonniers, tandis que la boutique de la prison refuse de vendre de la nourriture. Les débordements d’eaux usées ont en outre contaminé les lieux de vie.
Harcèlement judiciaire, exils et persécution des familles
Le pouvoir judiciaire iranien continue d’utiliser l’exil punitif et le harcèlement des proches comme des instruments de répression. Le prisonnier politique Masoud Jamei, détenu dans la prison de Sheiban à Ahwaz, a été placé à l’isolement sans dispositif de refroidissement, sous une chaleur estivale extrême, après avoir protesté contre les conditions de détention. Jamei, ainsi que Farshad Etemadifar et Alireza Mardasi, fait face à deux condamnations à mort pour « Moharebeh » (inimitié envers Dieu). Parisa Kamali (39 ans), actuellement exilée à la prison de Yazd, a été soumise à un nouveau procès de façade le 10 août, pour des accusations de propagande.
Par ailleurs, Hojjat Alizadegan, prisonnier politique sympathisant de l’OMPI, a été exilé à la prison de Saravan, où il a été placé avec des détenus de droit commun et privé de l’accès à ses médicaments indispensables. À la prison de Lakan, à Rasht, le prisonnier politique sunnite Hamzeh Darvish a été violemment battu par des gardiens après avoir dénoncé les conditions de détention. Le régime a également pris pour cible des familles : Atefeh Hasani a été arrêtée afin de faire pression sur son frère, le prisonnier politique Mohammad Hasani, tandis que le père du manifestant exécuté Abbas Akbari Faizabadi a été condamné à trois ans de prison à Naeen pour avoir réclamé justice pour son fils.
Appel à l’action
Iran Human Rights Monitor (Iran HRM) condamne fermement l’augmentation alarmante des exécutions, les raids brutaux menés dans les quartiers réservés aux prisonniers politiques et le refus systématique de soins médicaux aux détenus. Iran HRM exhorte le Conseil des droits humains des Nations unies, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Iran et l’ensemble des organismes internationaux de défense des droits humains à prendre des mesures immédiates. Une mission internationale d’établissement des faits doit être dépêchée pour visiter les prisons iraniennes, rencontrer les prisonniers politiques et mettre fin aux exécutions en cours ainsi qu’aux violations des droits humains perpétrées par le régime iranien.


