CSDHI – Un rapport à l’occasion du 5 octobre, Journée mondiale des enseignants
Crise des moyens de subsistance, baisse du pouvoir d’achat et précarité de l’emploi des enseignants iraniens
Chaque année, le 5 octobre est célébré comme la Journée mondiale des enseignants. Depuis 1994, cette journée marque l’anniversaire de l’adoption de la Recommandation conjointe de l’UNESCO et de l’Organisation internationale du Travail concernant la condition du personnel enseignant. Cette Recommandation met l’accent sur les droits professionnels des enseignants, des conditions justes d’emploi et de travail, la sécurité de l’emploi et le statut social.
En Iran, les enseignants iraniens ont abordé la nouvelle année scolaire dans un contexte de fortes pressions sur leurs moyens de subsistance, de baisse du pouvoir d’achat, d’arriérés de prestations, de problèmes d’assurance et de soins de santé, ainsi que d’insécurité de l’emploi. Parallèlement à ces pressions économiques, les restrictions visant les activités syndicales et les mesures sécuritaires et judiciaires prises contre les enseignants qui protestent se sont poursuivies. Ces questions seront examinées séparément dans la deuxième partie de ce rapport.
Cette première partie est consacrée aux conditions économiques et professionnelles des enseignants, qui affectent non seulement leurs revenus, mais également leur droit à un niveau de vie suffisant, à des conditions de travail équitables et à la sécurité de l’emploi et, en fin de compte, le droit des élèves à bénéficier d’une éducation continue et de qualité.
Les moyens de subsistance des enseignants : des revenus qui ne couvrent pas le coût de la vie
Les estimations publiées en Iran en 2026 indiquent qu’environ 70 % de la population gagne moins que le montant nécessaire pour couvrir les dépenses minimales de subsistance. Au cours de la même période, le coût mensuel de la vie d’un ménage moyen était estimé à environ 90 millions de tomans. Un rapport publié le 24 août 2026 estimait le coût minimal de la vie, à la fin du mois de juillet, pour un ménage moyen de 3,3 personnes à environ 90 millions de tomans par mois. (Un toman équivaut à 10 rials iraniens.)
Les enseignants iraniens vivent dans les mêmes conditions économiques. Selon le porte-parole du ministère de l’Éducation et des informations publiées par les médias officiels, la rémunération mensuelle la plus faible signalée pour le personnel de l’éducation en 2026 était d’environ 26 millions de tomans. Même pour un enseignant ayant plus de 25 années d’ancienneté, un doctorat et le niveau le plus élevé du système iranien de classement professionnel des enseignants, la rémunération mensuelle rapportée était d’environ 46 millions de tomans.
Ainsi, un revenu de 26 millions de tomans couvre moins d’un tiers du coût de la vie estimé pour un ménage moyen, tandis que même le salaire d’un enseignant très expérimenté au niveau professionnel le plus élevé ne couvre qu’environ la moitié de ce montant.
Pour un enseignant censé financer avec ce revenu le logement, l’alimentation, les soins de santé, les transports et les autres dépenses familiales, cet écart affecte directement le droit à un niveau de vie suffisant et à la sécurité économique.
L’écart avec les revenus des enseignants dans les autres pays
L’ampleur de cet écart apparaît plus clairement lorsqu’on compare la situation de la profession enseignante dans d’autres pays.
Selon le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) Regards sur l’éducation 2026, le salaire annuel moyen d’un enseignant ayant environ 15 années d’expérience, ajusté en fonction du pouvoir d’achat, varie, dans les pays membres, d’environ 60 000 dollars dans l’enseignement préprimaire à près de 69 000 dollars dans l’enseignement secondaire supérieur. Pour les enseignants du primaire ayant la même ancienneté, le salaire annuel moyen s’élève à environ 64 000 dollars.
Dans certains pays, le salaire annuel ajusté au pouvoir d’achat d’un enseignant du primaire ayant 15 ans d’expérience atteint environ 85 000 dollars en Australie, 80 000 dollars en Autriche et 84 000 dollars au Canada. Au Chili, le chiffre correspondant est d’environ 50 000 dollars.
L’Iran ne figure pas dans les données de l’OCDE et une comparaison directe, dollar pour dollar, serait donc peu fiable. La différence fondamentale n’en demeure pas moins claire : dans les pays de l’OCDE étudiés, le revenu d’un enseignant est considéré comme le salaire d’un professionnel qualifié exerçant à temps plein, tandis qu’en Iran, même le salaire rapporté d’un enseignant très expérimenté au niveau professionnel le plus élevé reste inférieur aux estimations nationales du coût de la vie d’un ménage moyen.
Données officielles : des augmentations de salaire inférieures à la hausse du coût de la vie
Les données officielles iraniennes indiquent également une diminution du pouvoir d’achat des enseignants.
Le ministère de l’Éducation a déclaré que les salaires des enseignants avaient augmenté en moyenne de 20 % en 2026 et que, en incluant certains avantages, l’augmentation de la rémunération totale avait approché 30 %.
Toutefois, selon le Centre statistique d’Iran, l’inflation annuelle a atteint 69,9 % en août 2026, tandis que les prix étaient supérieurs de 89 % à ceux du même mois de l’année précédente.
En septembre 2026, Tasnim a également rapporté que le coût mensuel du panier de dépenses nécessaires à la subsistance d’un ménage avait dépassé 80 millions de tomans ; une autre estimation publiée au cours de la même période situait ce montant autour de 90 millions de tomans.
Par conséquent, les augmentations de salaire des enseignants n’ont pas suivi la hausse du coût de la vie et l’écart entre les revenus et les besoins essentiels des ménages n’a cessé de se creuser.
Le système de classement des enseignants et les prestations impayées
Les faibles rémunérations ne constituent pas le seul problème auquel sont confrontés les enseignants. Les retards dans le versement des prestations dues et la mise en œuvre du système de classement des enseignants — un système qui attribue aux enseignants des niveaux professionnels associés à leur rémunération et à leurs avantages — sont devenus des sources majeures de mécontentement ces dernières années.
Le 23 avril 2026, Alireza Kazemi, ministre de l’Éducation, a déclaré que de nouvelles décisions de classement avaient été prises pour environ 200 000 enseignants et que les différences de rémunération qui en résultaient avaient été versées. Il a également indiqué que des dizaines de catégories de paiements, notamment les rémunérations supplémentaires pour les heures d’enseignement et certains arriérés, avaient été versées dans les délais. Des déclarations officielles publiées plusieurs mois plus tard indiquaient toutefois que certaines prestations restaient impayées.
En septembre de la même année, le ministère de l’Éducation a annoncé que des financements avaient été obtenus pour régler les prestations liées au classement dues aux retraités au titre des années précédentes, ainsi que les paiements destinés aux personnes qui avaient été oubliées lors des précédentes étapes du dispositif. Ces déclarations indiquent que certains personnels de l’éducation ont connu de longs retards dans le versement de l’intégralité de leur rémunération et de leurs avantages légaux.
Pour un enseignant ou un retraité dont les revenus sont déjà largement inférieurs au coût de la vie, les retards de paiement peuvent rendre plus difficile la prise en charge par une famille du logement, des soins de santé et d’autres besoins essentiels.
Les protestations contre les conditions de vie
Ces pressions économiques ont conduit à plusieurs reprises les enseignants et les retraités à organiser des rassemblements en 2026.
Le 6 septembre 2026, un groupe d’enseignants s’est rassemblé devant l’Organisation du Plan et du Budget à Téhéran, demandant une augmentation des salaires en fonction du coût réel de la vie et de l’inflation, la mise en œuvre complète du système de classement des enseignants, le paiement immédiat des prestations dues et l’amélioration des services d’assurance et de soins de santé.
Le même jour, des retraités et des personnels de l’éducation se sont également rassemblés à Téhéran et dans plusieurs villes de la province du Khuzestan, notamment à Ahvaz, Shush, Haft Tappeh et Karkheh. La baisse du pouvoir d’achat, le coût élevé des soins de santé et les prestations impayées figuraient parmi leurs principales préoccupations.
Au cours de ces rassemblements, les manifestants ont scandé des slogans tels que :
« Nos salaires sont en rials, nos dépenses sont en dollars », « Assez de promesses ; nos tables sont vides. »
Ces slogans reflétaient directement l’impact de la hausse des prix sur la vie quotidienne des personnels de l’éducation.
La poursuite de ces manifestations montre que la crise des moyens de subsistance des enseignants n’est pas seulement un conflit portant sur le niveau des salaires, mais qu’elle concerne leur capacité à satisfaire leurs besoins fondamentaux et à préserver leur sécurité économique.
Pénurie de personnel et recours à des personnels temporaires
Les problèmes de moyens de subsistance persistent alors que le système éducatif iranien est parallèlement confronté à des difficultés pour disposer d’un nombre suffisant de personnels.
En septembre 2026, le ministère de l’Éducation a déclaré avoir obtenu l’autorisation de recruter environ 17 000 enseignants du primaire, enseignants du secondaire et instructeurs de l’enseignement professionnel, mais que le concours de recrutement n’avait pas été organisé. Pour couvrir les classes, le ministère a eu recours aux enseignants en poste, aux retraités et à environ 20 000 à 21 000 enseignants vacataires rémunérés à l’heure.
Les chiffres de l’année précédente montrent également que le recours aux retraités n’était pas temporaire. Le ministre de l’Éducation avait déclaré qu’environ 60 000 enseignants partaient à la retraite chaque année et que près de 40 000 d’entre eux retournaient dans les écoles pour continuer à travailler.
Une partie des besoins en personnel des établissements scolaires est donc couverte par les heures supplémentaires effectuées par les enseignants en poste, la poursuite du travail des retraités et le recours à des personnels rémunérés à l’heure, plutôt que par le recrutement stable de nouveaux personnels.
Les enseignants vacataires rémunérés à l’heure : travailler sans stabilité de revenus
En 2026, les responsables de l’éducation ont indiqué que le tarif moyen des heures d’enseignement supplémentaires effectuées par les enseignants en poste et les retraités était d’environ 180 000 à 200 000 tomans par heure d’enseignement. Leurs revenus dépendent du nombre d’heures qui leur sont attribuées et de la date à laquelle les paiements correspondants sont effectués.
Aucune donnée publique consolidée n’a été publiée sur le revenu mensuel moyen des quelque 20 000 à 21 000 enseignants vacataires rémunérés à l’heure employés pour assurer les cours. Des lacunes similaires existent pour certains personnels contractuels, les travailleurs externalisés chargés de services éducatifs et les enseignants du préscolaire.
Ces personnels accomplissent une partie des missions essentielles du système d’éducation publique, mais ils ne bénéficient pas nécessairement d’une stabilité de l’emploi et des revenus comparable à celle des enseignants officiellement employés.
Les moyens de subsistance des enseignants comme question de droits humains
La Recommandation conjointe de l’UNESCO et de l’OIT concernant la condition du personnel enseignant stipule que la rémunération des enseignants doit refléter l’importance de leur fonction pour la société et les responsabilités qu’elle implique, être comparable à celle versée dans d’autres professions exigeant des qualifications similaires et permettre aux enseignants et à leurs familles de bénéficier d’un niveau de vie raisonnable. Elle met également l’accent sur la sécurité de l’emploi, la protection sociale et la participation des organisations d’enseignants à la détermination des conditions de travail et de rémunération.
En Iran, l’écart entre les salaires des enseignants et le coût de la vie, les prestations impayées, le recours des établissements scolaires à des milliers d’enseignants vacataires et de retraités ainsi que les manifestations répétées des personnels de l’éducation montrent que la crise des moyens de subsistance dépasse largement la seule question des salaires.
Cette situation exerce une pression sur les droits des enseignants à des conditions de travail équitables, à la sécurité de l’emploi et à un niveau de vie suffisant. Dans le même temps, l’instabilité des effectifs scolaires peut affecter la capacité du système éducatif à garantir aux élèves une éducation continue et de qualité.
Conclusion
À la veille de la Journée mondiale des enseignants, les chiffres publiés en Iran dressent un tableau clair : pour de nombreux enseignants, les revenus déclarés ne couvrent qu’une partie du coût réel de la vie des ménages ; les augmentations de salaire ont pris du retard par rapport à la hausse des prix ; certains personnels de l’éducation ne perçoivent leurs prestations qu’après des retards ; et le système éducatif a recours à des milliers d’enseignants vacataires et de retraités pour répondre à ses besoins en personnel.
Les rassemblements d’enseignants et de retraités à Téhéran et dans d’autres villes montrent également que la rémunération suffisante, l’assurance et les soins de santé, le paiement des prestations impayées et la sécurité économique restent des revendications centrales des personnels de l’éducation.
La pauvreté n’est toutefois pas la seule pression qui s’exerce sur les enseignants en Iran. Pour un certain nombre d’entre eux, l’activité syndicale, les manifestations pacifiques et même l’expression de points de vue critiques ont été suivies de convocations, d’arrestations, d’emprisonnements, de licenciements et d’autres sanctions liées à l’emploi. La deuxième partie de ce rapport examinera la répression des enseignants, la situation des enseignants emprisonnés, les pressions exercées sur les enseignantes ainsi que les restrictions politiques et idéologiques au sein du système éducatif iranien.


