Ingrid Betancourt : « Un Iran libre doit être débarrassé des exécutions et de la dictature »

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CSDHI – L’ancienne candidate à la présidence colombienne a appelé la communauté internationale à agir pour protéger les prisonniers politiques, enquêter sur les crimes passés et soutenir l’instauration d’une république démocratique en Iran, rejetant aussi bien le pouvoir clérical qu’un retour à la monarchie.

Ingrid Betancourt appelle à un Iran sans exécutions

Ingrid Betancourt, ancienne candidate à la présidence colombienne et défenseure de longue date d’une alternative démocratique en Iran, a appelé à une action internationale urgente contre les exécutions et la répression politique, lors d’une conférence organisée à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre. Elle a souligné qu’un Iran libre devait être un pays sans exécutions et exhorté les gouvernements à soutenir le droit du peuple iranien à déterminer son propre avenir politique.

Pour introduire son propos, elle a évoqué les conséquences humaines de la peine capitale, invitant l’auditoire à imaginer un condamné attendant seul dans sa cellule, une mère redoutant un appel téléphonique dévastateur et un diplômé en droit de 26 ans condamné à mort parce que les autorités craignent ce qu’il représente.

S’appuyant sur sa propre expérience de la captivité, elle a insisté sur l’importance de l’espoir et de la solidarité internationale pour celles et ceux qui sont confrontés à l’emprisonnement et aux persécutions.

« Savoir que quelqu’un, à l’extérieur, se souvient de votre nom peut faire toute la différence entre le désespoir et la capacité à tenir », a-t-elle déclaré. Elle a expliqué que les voix de sa famille, de ses amis et de milliers de personnes qu’elle n’avait jamais rencontrées l’avaient aidée à tenir pendant cette épreuve. Elle a ajouté que la communauté internationale devait aujourd’hui être cette voix pour les milliers d’Iraniens menacés.

Ingrid Betancourt a cité les chiffres présentés lors de la conférence, selon lesquels 44 exécutions de prisonniers politiques avaient été signalées depuis le 19 mars, dont celles de neuf membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Elle a évoqué Mehdi Khanki, un diplômé en droit de 26 ans, comme le cas le plus récent abordé lors de l’événement, et averti que plus de 100 manifestants restaient menacés d’exécution.

Elle a estimé que le régime utilisait la peine capitale pour répandre la peur, mais que cette répression révélait également son inquiétude face à ceux qui prennent la parole, s’organisent et imaginent un avenir différent pour leur pays.

Conférence à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort : Ingrid Betancourt

La désinformation contre la résistance organisée iranienne

Ingrid Betancourt a également abordé les tentatives visant à discréditer l’opposition iranienne au moyen d’accusations et d’étiquettes politiques. Elle a expliqué qu’après avoir publiquement soutenu la Résistance iranienne, il y a plusieurs années, elle avait été confrontée à une vague d’accusations visant l’OMPI.

Loin d’affaiblir son soutien, cette expérience, a-t-elle déclaré, a renforcé sa détermination, après qu’elle eut conclu que les accusations auxquelles elle avait été confrontée étaient fausses.

Ingrid Betancourt a reconnu que tout mouvement politique devait pouvoir faire l’objet d’un examen critique, mais elle a insisté sur la nécessité de fonder les évaluations sur des éléments de preuve, plutôt que sur des accusations répétées qui finissent par être tenues pour des faits.

Elle a mis en garde contre le risque que la propagande du régime iranien ne retourne la communauté internationale contre le peuple iranien et ses aspirations démocratiques. Elle a également estimé que les Iraniens ne devaient pas être contraints de choisir entre deux systèmes autoritaires au seul motif que l’un ou l’autre pourrait offrir aux gouvernements occidentaux un interlocuteur pour négocier.

Ni la poursuite du pouvoir clérical ni le retour à la dictature du chah, a-t-elle affirmé, ne permettraient d’offrir aux Iraniens l’avenir démocratique qu’ils méritent.

Ingrid Betancourt a par ailleurs fait valoir que l’héritage familial ne pouvait se substituer à la légitimité démocratique. Elle a ajouté qu’aucun nouveau gouvernement ne pouvait promettre de manière crédible la liberté tout en conservant le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qu’elle a présenté comme l’appareil répressif du régime.

Le plan en dix points propose une alternative démocratique

Ingrid Betancourt a exprimé son soutien au projet de république démocratique porté par la Résistance iranienne. Elle a souligné que le remplacement du régime actuel exigeait un programme politique concret et une feuille de route cohérente, et non de simples slogans.

Elle a cité le plan en dix points de Maryam Radjavi comme un cadre comprenant des élections libres, l’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de religion, les droits des minorités et l’abolition de la peine de mort.

Elle a également mis en avant l’engagement de Maryam Radjavi à organiser des élections dans un délai de six mois, estimant que cette échéance permettrait de confier la décision finale sur l’avenir politique de l’Iran à ceux à qui elle revient : le peuple iranien.

Pour Ingrid Betancourt, le soutien international ne doit pas se limiter à des déclarations. Elle a appelé les gouvernements à reconnaître l’OMPI comme un partenaire légitime, à exiger que les prisonniers puissent recevoir des visites internationales et à soutenir des enquêtes indépendantes ainsi que l’établissement des responsabilités pour les crimes commis en Iran, notamment le massacre de prisonniers politiques de 1988.

Elle a insisté sur le fait que la diplomatie ne pouvait être dissociée des droits humains et que la communauté internationale ne devait pas ignorer celles et ceux qui portent les aspirations du peuple iranien à la liberté.

Aucune impunité pour les crimes passés ou présents

Pour conclure son intervention, Ingrid Betancourt a appelé à des efforts internationaux durables afin de mettre fin aux exécutions, aux persécutions politiques et à l’impunité en Iran.

Selon elle, les gouvernements doivent veiller à ce que les crimes passés ne soient pas effacés et à ce que leurs responsables ne soient pas soustraits à la justice. La recherche d’accords diplomatiques, a-t-elle soutenu, ne doit pas se faire au détriment des droits des prisonniers iraniens ni de ceux de l’ensemble de la population.

« Les régimes peuvent emprisonner les corps, censurer les journaux, construire des murs et dresser des potences, mais ils ne pourront jamais exécuter la liberté », a déclaré Ingrid Betancourt.

Elle a appelé à un avenir où aucune mère ne craindra de recevoir un dernier appel téléphonique, où aucun jeune Iranien ne sera emprisonné pour avoir osé imaginer un avenir différent et où les exécutions ne seront plus utilisées comme un instrument de la politique d’État.

Un Iran véritablement libre, a-t-elle conclu, signifierait bien davantage qu’un changement de gouvernement. Il ouvrirait une nouvelle ère de dignité pour le peuple iranien, libéré des exécutions, des persécutions politiques, de l’impunité et de la peur.