Iran : comment vont les femmes

Le Figaro Madame –  Le salut des Iraniennes ne viendra pas des urnes. Si près de 7 600 hommes et femmes ont présenté leur candidature aux élections du 14 mars, le Conseil des gardiens de la Révolution est passé par là et a écrémé les candidats les plus réformistes. Et s’il a gardé un quota de femmes, il n’a sélectionné que les plus conservatrices. Nous avons fait le point avec Delphine Minoui, journaliste indépendante à Téhéran et à Beyrouth, collaboratrice, entre autres, du Figaro et auteure des Pintades à Téhéran.

« Les femmes sont bien conscientes que la politique à un haut niveau ne leur permettra pas de changer les choses, explique-t-elle. En revanche, elles prennent de plus en plus de poids dans les conseils municipaux des petites villes. » De là, elles peuvent vraiment agir sur le quotidien de leurs concitoyennes, organiser des ateliers d’écriture pour développer l’alphabétisation ou permettre l’installation d’un cybercafé.

« À ce niveau, il y a un véritable bouillonnement d’énergie, même dans les provinces les plus reculées », poursuit la journaliste.

Depuis un an et demi, une autre initiative rassemble les femmes, de Téhéran aux villages du Kurdistan, des plus jeunes aux plus âgées. La pétition « Un million de signatures pour changer les lois discriminatoires envers les femmes » est en train d’opérer une révolution, lente, discrète, mais véritable dans le pays. Certaines parcourent les routes pour présenter le projet, font du porte-à-porte, informent les femmes de leurs droits. « Tout le monde en Iran a entendu parler de cette pétition, qui a débuté à l’été 2006 », raconte Delphine Minoui. Son but ? Recueillir un million de signatures pour modifier le statut de la femme qui, en Iran, ne vaut toujours que la moitié d’un homme. Une fois complétée, cette pétition doit être déposé au Parlement.

CENSURE ET OBSTINATION

Les femmes savent pourtant que, même si elles atteignent un tel nombre, cela ne changera sûrement rien aux lois. Mais l’enjeu est ailleurs. « La force de la mobilisation a provoqué un vrai mouvement de solidarité. Jusqu’ici, les femmes se taisaient. Aujourd’hui, en cas de problème interne à leur mariage, par exemple, elles se parlent, se filent des tuyaux », explique la journaliste.

De nombreux hommes ont également apporté leur soutien à la campagne. Et grâce à Internet, la pétition s’assure une visibilité internationale, rassemble les Iraniennes de l’intérieur, celles de la diaspora et les communautés de femmes des autres pays musulmans. Ce sont des sites féminins qui diffusent la pétition : Zanestan (« La Cité des femmes »), We-change), Meydaan, Iran Tribune, pour les plus connus. De véritables espaces militants, qui publient des articles contestant la lapidation ou parlant de pilule contraceptive. Et qui sont loin d’être marginaux. « Quand Iran Tribune a été lancé, il recevait plus de 70 000 visites par jour », précise Delphine Minoui. Des versions en anglais ont même été mises en place pour pouvoir être lues en dehors de l’Iran.

Mais ces sites paient cher leur résistance au régime. Pour avoir diffusé la pétition, ils ont été censurés à plusieurs reprises. Selon Reporters dans Frontières, Zanestan, créé en 2005, a été fermé six fois en un an. Mais ils renaissent à chaque fois de leurs cendres. « Quand un site est fermé par les autorités, ses dirigeantes créent de nouvelles adresses URL, le renommant, par exemple, Zanestan 1, 2 ou 3. Et quand elles ne peuvent vraiment plus diffuser, elles utilisent leur base de contacts pour envoyer directement les articles sur les boîtes aux lettres électroniques des lectrices », détaille la journaliste.