Déclaration de M. Ahmed Shaheed, rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Iran

dans une conférence de presse à Oslo le 22 novembre 2012

Par Vandad

Je voudrais tout d’abord adresser mes remerciements aux gouvernements allemand, suédois, et norvégien pour avoir accepté sans condition ma demande d’effectuer ma dernière mission d’enquête dans leur pays. La mission a été un grand succès, car j’ai été en mesure de recueillir une foule d’informations utiles sur des sujets concernant mon mandat à Berlin, Stockholm et Oslo.

Ces douze derniers jours, j’ai rencontré et parlé avec plusieurs dizaines de personnes d’origine iranienne, des défenseurs des droits de l’homme, des autorités gouvernementales et des experts universitaires. Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris le temps de partager des informations avec moi, en particulier ceux qui ont été en mesure et désireux d’apporter des témoignages directs sur la situation des droits de l’homme en Iran.

J’ai et continuerai d’appliquer des normes rigoureuses pour évaluer la crédibilité de chaque compte-rendu individuel et partie de témoignage que je rencontre. Cela dit, les témoignages crédibles que j’ai reçu lors de ce voyage ont largement confirmé les échantillons que j’avais obtenus auparavant et brossent un tableau très préoccupant de la situation des droits de l’homme en Iran.

Je parle à un moment où le rythme d’exécution en Iran semble s’être accéléré à un taux alarmant ces derniers mois. Il existe des rapports crédibles, dans de nombreux cas, corroborés par le gouvernement lui-même, selon lesquels le nombre des exécutions lors des deux seules dernières semaines est d’au moins 32 et probablement aussi élévé que 81. En octobre, le gouvernement a exécuté 10 personnes, y compris M. Saeed Sedighi, en dépit des appels fervents de la communauté internationale à cesser les exécutions à la lumière des sérieuses préoccupations touchant la procédure régulière. Je suis extrêmement alarmé par cette flambée apparente des exécutions et je réitère mon appel au gouvernement iranien à respecter ses propres obligations internationales légales pour garantir une procédure régulière et cesser le recours à la peine capitale, sauf dans des cas strictement définis comme acceptables par la Commission des droits de l’homme des Nations Unies pour le PIDCP.

Je suis troublé par le traitement infligé aux divers groupes minoritaires dans le pays, qui, bien trop souvent, supportent le poids de la politique répressive. Celles-ci incluent des minorités religieuses non reconnues comme les bahaïs et Yarsan, aussi bien que des communautés religieuses reconnues mais de plus en plus réprimées comme les chrétiens et certaines communautés musulmanes sunnites. Je suis également profondément préoccupé par les minorités ethniques, y compris les Baloutches, les Kurdes, les Arabes Ahwazi, les Turcs et la population d’Azerbaïdjan, dont les conditions désastreuses sont souvent aggravées par un assujettissement linguistique et culturel, en plus d’une répression politique.
La situation des femmes en Iran s’est aggravée au cours des derniers mois, alors que de nouvelles politiques d’éducation ségrégationnistes ont été mises en œuvre et que des activistes des droits des femmes sont harcelées et parfois arrêtées pour diverses formes d’expression, y compris pour la défense des droits des femmes ou l’expression éducative ou culturelle. Un nouveau projet de loi, actuellement devant le Parlement, étendrait l’âge requis à 40 ans pour les femmes souhaitant obtenir le consentement d’un tuteur parental pour un passeport.

La situation des minorités sexuelles en Iran est aussi extrêmement alarmante car le gouvernement contrôle étroitement toutes les formes de relations consensuelles.

Le gouvernement iranien continue de harceler, de détenir et d’emprisonner des défenseurs des droits de l’homme, qui sont souvent eux-mêmes des avocats, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’indépendance des avocats et du système judiciaire dans le pays. Même si je suis heureux que le gouvernement ait libéré le pasteur Youcef Nadarkhani en septembre, j’ai été déçu de voir que seulement quelques jours plus tard, les autorités ont assigné son avocat, Mohammad Ali Dadkhah, pour lui faire purger une peine de prison sur de fausses accusations. Mme Nasrine Sotoudeh, une autre avocate et défenseur des droits de l’homme, actuellement en prison, fait une grève de la faim à cause de la façon dont les autorités traitent sa famille, et je suis inquiet de son état.

Bien sûr, je suis extrêmement troublé par les rapports selon lesquels M. Sattar Behechti, un blogueur emprisonné pour avoir exercé son droit légitime à la liberté d’expression, est mort en détention, probablement en raison de blessures causées par la torture. J’attends que le gouvernement iranien conduise une enquête complète, impartiale et transparente sur sa mort, en fasse la méthodologie et rende les résultats de cette enquête publiques et punisse toute personne responsable et indemnise sa famille convenablement. J’étends aussi, à nouveau, cette demande d’enquête aux affaires traitées par les titulaires des précédents mandats et aux événements qui ont suivi les élections présidentielles de 2009. À cet égard, je répercute les observations concluantes faites par la Commission des droits de l’homme lors de son enquête sur l’Iran, l’année dernière.

Malheureusement, il semble que l’espace se rétrécit pour toute pensée indépendante ou une expression que les autorités gouvernementales iraniennes n’approuvent pas, pour n’importe quelle raison, en violation des obligations juridiques internationales de l’Iran et, en fait, de certaines de ses propres lois.
Je garde l’espoir que le gouvernement de l’Iran engagera substantivement les résultats spécifiques de ses recherches que j’ai décrites aujourd’hui, et plus en détail que dans mes rapports, et que nous pouvons travailler ensemble pour inverser ces tendances et promouvoir le respect des droits de l’homme, de la liberté et de la primauté du loi. Je serai maintenant heureux de répondre à toutes les questions que vous pourriez avoir.

Source : Les militants en exil pour la paix