CSDHI – Malgré des promesses de réforme, le régime iranien poursuit sa politique de censure d’Internet, transformant la vente de VPN en un marché de plusieurs milliards de tomans au profit des proches du pouvoir.
Un an après des promesses vides
Un an après que le président du régime, Masoud Pezeshkian, a promis de lever le filtrage des réseaux sociaux et d’assouplir la censure d’Internet, rien n’a changé. Les plateformes les plus populaires – YouTube, Instagram, X (Twitter), Facebook, Telegram, TikTok, Netflix, Viber, Clubhouse, Snapchat, Signal, Google Play, Discord, Reddit, et même l’application de navigation Waze – restent bloquées en Iran.
Pourtant, des millions d’Iraniens contournent quotidiennement ces restrictions via des VPN. Les statistiques internationales montrent qu’entre 50 et 60 millions d’utilisateurs en Iran accèdent chaque jour à Instagram et Telegram grâce à ces outils.
Cet échec à respecter ses promesses révèle l’hypocrisie du régime et met en lumière les véritables motivations derrière ce filtrage : la répression et l’enrichissement des élites.
La censure comme outil de répression
La finalité première de ces restrictions est d’étouffer toute contestation et d’empêcher les soulèvements. Lors des mouvements de protestation, la vitesse d’Internet est volontairement réduite, les interruptions se multiplient, voire des coupures totales sont imposées à l’échelle nationale.
En contrôlant l’accès aux plateformes mondiales, le régime isole ses citoyens des informations réelles, muselle les journalistes citoyens et empêche la diffusion de voix dissidentes. Mais, malgré ces entraves, le peuple iranien persiste à briser ces barrières numériques.
La censure, un commerce florissant pour le régime
Au-delà de la répression, le filtrage s’est mué en un business colossal. Des ministres, des députés et d’autres responsables reconnaissent que la vente de VPN rapporte des sommes colossales aux institutions liées à l’État et à l’appareil militaro-sécuritaire.
Selon des rapports du Centre de recherche du Parlement et de l’Association iranienne du commerce électronique, plus de 80 % des internautes utilisent des VPN, dont un tiers des services payants. Le coût mensuel moyen varie entre 250 000 et 500 000 tomans, générant un chiffre d’affaires annuel de plusieurs milliers de milliards de tomans.
Abolhassan Firouzabadi, ancien secrétaire du Conseil suprême du cyberespace, a admis que de grandes entreprises participent elles-mêmes à ce commerce, qualifiant ce marché de « très conséquent ». Contrairement à la Chine, qui a développé des plateformes nationales, l’Iran a préféré entretenir un marché gris qui enrichit ses insiders.
Qui profite et qui paie ?
Les principales victimes de cette politique sont les entreprises numériques, étranglées par le filtrage et exposées à d’énormes risques de cybersécurité. L’usage massif de VPN gratuits infectés a provoqué une explosion des cyberattaques depuis l’Iran.
Le scandale prend aussi une dimension politique et morale : des députés, tel Javad Nikbin, ont reconnu que « ceux qui imposent le filtrage sont aussi les principaux vendeurs de VPN ». Le journal Etemad a révélé l’implication des « Aghazadehs », les enfants de l’élite, notamment le fils d’Ensiyeh Khazali, ex-responsable des affaires féminines sous Ebrahim Raïssi.
Ainsi, le filtrage agit comme une double arme : réprimer la population tout en finançant le régime et ses proches.
Un « embargo numérique » rentable
À l’image des sanctions internationales détournées pour enrichir les dirigeants, la censure d’Internet est devenue une source d’enrichissement illicite. Mettre fin au filtrage menacerait ce pactole, ce qui rend improbable toute réforme sincère.
Pour les Iraniens, le prix est lourd : plus de 100 000 milliards de tomans sont dépensés chaque année en VPN, des fonds qui pourraient soutenir l’économie numérique nationale et l’innovation.
Nima Ghazi, président de l’Association du commerce électronique de Téhéran, alerte : « Le filtrage persistant étouffera toute compétitivité internationale, poussera nos talents à l’exil et finira par détruire l’écosystème technologique du pays. »
La censure d’Internet en Iran n’est plus seulement un outil de répression : c’est désormais un système lucratif, ancré dans la corruption et le népotisme. Pendant que le régime s’enrichit, les citoyens paient le prix fort, les entreprises sombrent, et l’avenir numérique du pays est sacrifié. Ces promesses de réforme ne sont rien d’autre qu’un mensonge, masquant un appareil où oppression et corruption marchent main dans la main.



