Détention massive des manifestants du soulèvement de janvier en Iran et violations flagrantes de leurs droits

Centres de détention secrets : la zone grise des crimes contre l’humanité, 10 janvier 2026

CSDHI – Le centre de détention de Soroush à Machhad est une installation temporaire et secrète construite à l’intérieur du complexe Soroush, dissimulée derrière une salle de sport servant de couverture visuelle. Ce centre constitue un point de transfert pour de nombreux manifestants arrêtés lors du soulèvement de janvier.

Des sources fiables indiquent qu’environ 100 manifestants y sont actuellement détenus sous la responsabilité des Forces de sécurité de l’État (SSF). Situé au début du boulevard Piroozi (Piroozi 2/2), derrière le service antidrogue et la police judiciaire, ce centre ne figure dans aucun registre officiel.

D’après les sources de Iran HRM en Iran, toute personne arrêtée à Machhad dont le nom n’apparaît dans aucun registre officiel de la police ou des services de sécurité est très probablement détenue au centre de Soroush.

Torture systématique et aveux forcés

De nombreux témoignages font état d’interrogatoires marqués par une violence physique et psychologique extrême. Les méthodes rapportées lors du soulèvement de janvier incluent :

  • Menottage dans le dos prolongé,

  • Immobilisation corporelle forcée,

  • Flagellation de la plante des pieds (falaka),

  • Coups portés avec des instruments lourds,

  • Frappes directes au visage et sur le corps.

Ces violences visent à extorquer des aveux. Plusieurs détenus ont subi des fractures, ecchymoses sévères et troubles neurologiques à la suite des interrogatoires.

Les interrogatoires ont lieu dans des salles spécialisées, les détenus étant les yeux bandés, contraints d’avouer des crimes qu’ils nient avoir commis. Des textes pré-rédigés leur sont imposés à mémoriser afin d’enregistrer de faux aveux, principalement destinés à la propagande des médias d’État.

Le refus d’obtempérer entraîne de nouveaux passages à tabac après les enregistrements. Ce processus systématique vise l’obtention d’aveux forcés. Des détenus rapportent également angoisse aiguë, insomnie et effondrement psychologique, ainsi que l’administration de médicaments psychotropes pour contrôler certains prisonniers.

Disparitions forcées et détention au secret

L’existence de ces centres secrets correspond aux témoignages de familles et de sources locales signalant que de nombreux détenus ont été transférés vers des lieux inconnus, maintenus au secret pendant plusieurs jours ou semaines.

Iran HRM rapporte également que nombre d’entre eux sont enfermés dans des quartiers de sécurité ou unités “super-max”, tristement connues pour leur historique de torture, de pression psychologique et d’aveux forcés.

Avertissements des avocats

Des avocats spécialisés en droits humains ont lancé de multiples alertes concernant la situation des détenus et les menaces exercées contre leurs familles afin d’imposer le silence.

L’avocate Marzieh Mohebbi a mis en garde contre les dangers graves auxquels sont exposés les détenus et l’exploitation du manque d’informations des familles. Dans un message publié sur X, elle écrit :

« Chers compatriotes, si un membre de votre famille est arrêté, consultez d’abord un avocat digne de confiance. Ne suivez pas les conseils des procureurs adjoints, des enquêteurs ou des agents des institutions sécuritaires. Rendre l’arrestation publique après quelques heures.

N’ayez pas recours aux avocats de “l’article 48” ni à ceux imposés par les interrogateurs ou les tribunaux révolutionnaires. Ne fournissez aucune information, ne payez pas de pots-de-vin exorbitants, et dénoncez ceux qui les exigent. »

Elle exhorte également les familles à ne pas céder aux menaces :

« Rendez publiques les arrestations de vos proches, amis ou compagnons de protestation. Les détenus anonymes et isolés sont plus exposés à la torture et aux abus. L’information crée une marge de sécurité pour le prisonnier. »

Ces avertissements surviennent alors que de nombreux détenus sont privés d’appels téléphoniques, de visites familiales et d’accès à un avocat indépendant.

Évacuation de quartiers de prison pour les détenus du soulèvement

Des rapports internes de Iran HRM indiquent que plusieurs prisons ont vidé des quartiers entiers pour accueillir les manifestants arrêtés :

  • Prison de Fashafuyeh (Grand Téhéran) : Le complexe du quartier 3 a été entièrement évacué. Des prisonniers des quartiers 2 et 6 ont été déplacés, provoquant une surpopulation extrême. Depuis le 5 janvier, les gardiens sont en alerte permanente par crainte d’émeutes.

  • Prison centrale de Karaj : Les 3 et 4 janvier 2026, environ 500 détenus du hall 2 ont été transférés sur ordre direct de l’Organisation des prisons pour faire place aux manifestants.

  • Prison d’Evin : Le quartier des femmes a accueilli d’abord 30 détenues, puis jusqu’à 90 femmes, entraînant une surpopulation critique.

Liste partielle des personnes arrêtées

(Suit une longue liste détaillée de détenus à Sonqor, Yasuj, Gachsaran, Bahmai, Téhéran, Birjand, Ilam, Dehloran, Gilan et autres villes, incluant d’anciens prisonniers politiques, des sportifs de haut niveau, des étudiants, des femmes et des mineurs.)

En réalité, dresser la liste complète des personnes arrêtées dépasse le cadre de ce rapport. L’ampleur réelle des détentions ressort clairement de ce résumé.

Violations du droit international

Ces arrestations constituent des violations systématiques des traités internationaux ratifiés par l’Iran :

  • Liberté d’expression et de réunion (articles 19 et 20 de la DUDH)

  • Interdiction de la torture et des disparitions forcées (article 5 DUDH ; articles 7 et 9 du PIDCP)

  • Droit à un procès équitable (article 14 PIDCP)

  • Droits de l’enfant (article 37 de la Convention relative aux droits de l’enfant)

Appel à la communauté internationale

Iran Human Rights Monitoring appelle :

  • Le Conseil de sécurité de l’ONU à examiner d’urgence ces violations et disparitions forcées.

  • L’envoi d’une mission d’enquête indépendante avec accès sans entrave aux prisons d’Evin, Fashafuyeh, Karaj et aux centres secrets.

  • L’application de la compétence universelle contre les responsables de la torture et des aveux forcés.

Le silence face à cette répression équivaut à un permis pour un nouveau massacre en Iran. Empêcher la répétition de la tragédie de 1988 est une responsabilité mondiale. Les détenus anonymes sont en danger immédiat.