Les prisonniers iraniens exposés à un risque grave face à l’escalade des attaques militaires

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CSDHI – Appel à la mise en œuvre immédiate de la Résolution 211 du Conseil suprême de la magistrature

Une obligation juridique visant à prévenir une catastrophe humanitaire dans les prisons

Avec la reprise des attaques aériennes et l’extension des hostilités militaires dans les villes iraniennes, les prisons figurent parmi les infrastructures les plus vulnérables du pays. Les prisonniers iraniens, entièrement placés sous le contrôle des autorités sécuritaires et judiciaires, ne disposent d’aucun moyen concret d’évacuer, de se mettre à l’abri ou d’assurer leur propre protection.

Dans de telles circonstances, la menace pesant sur la vie des prisonniers ne provient pas seulement des attaques extérieures, mais également des modalités de gestion interne des établissements pénitentiaires par le régime au pouvoir en Iran.

La Résolution n° 211 du Conseil suprême de la magistrature a été adoptée précisément pour des situations de cette nature. Sa mise en œuvre aujourd’hui constitue une obligation juridique urgente et impérative.

Résolution n° 211 : un instrument juridique contraignant pour la sauvegarde de la vie des détenus

La Résolution n° 211 du Conseil suprême de la magistrature, en date du 22 Dey 1365 (12 janvier 1987), prévoit que :

En cas de situation d’urgence dans des zones de guerre mettant en danger la vie des prisonniers iraniens, les procureurs sont tenus de procéder sans délai à l’examen de la situation des détenus et de prendre toutes les mesures juridiques nécessaires pour protéger leur vie.

Ces mesures comprennent :

  • La modification ou l’acceptation de nouvelles modalités de mise en liberté sous caution.
  • L’octroi d’une libération conditionnelle.
  • La permission de sortie temporaire ou la mise au travail à l’extérieur de la prison.
  • La libération provisoire sous caution ou garantie.
  • Le transfert des détenus dangereux vers des établissements sécurisés ou d’autres prisons.

L’emploi de la formule « il est nécessaire » dans la résolution établit une obligation contraignante, et non un pouvoir discrétionnaire administratif. À l’issue de la situation d’urgence, l’exécution des peines peut reprendre.

Aucune abrogation formelle de cette résolution n’a été enregistrée ; elle demeure en vigueur.

Réalisation des critères d’urgence ; applicabilité à la situation actuelle

La Résolution 211 devient applicable lorsque :

  • Une situation d’urgence en temps de guerre existe.
  • La vie des prisonniers est mise en danger.

Au regard des attaques militaires signalées contre des villes iraniennes, les critères énoncés dans la Résolution 211 sont objectivement et manifestement réunis.

Les prisons situées dans des villes exposées aux attaques — notamment la prison d’Prison d’Evine, la Grande prison de Téhéran, la prison de Prison de Qezel Hesar, la prison de Prison de Qarchak, ainsi que d’autres centres de détention situés dans des zones ciblées — relèvent directement du champ d’application de cette résolution.

L’attaque du 23 juin 2025 contre la prison d’Evin : un avertissement documenté

Le 23 juin 2025, au cours de la guerre de douze jours, la prison d’Evine à Téhéran a été frappée par une attaque aérienne. Selon des déclarations officielles des autorités judiciaires iraniennes, relayées par Reuters, au moins 71 personnes ont été tuées, parmi lesquelles des membres du personnel pénitentiaire, des détenus et des visiteurs.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué que la prison d’Evine ne constitue pas un objectif militaire et que son ciblage pourrait constituer une violation grave du droit international humanitaire.

À la suite de cette attaque, les inquiétudes se sont accrues quant à la gestion interne de la crise. Des informations ont fait état d’évacuations et de transferts de prisonniers iraniens effectués par la force, incluant des passages à tabac et des traitements dégradants.

Cet épisode a démontré qu’en période de conflit armé, le danger ne provient pas uniquement de l’action militaire extérieure ; les décisions internes peuvent aggraver considérablement les dommages.

À la lumière des événements documentés du 23 juin 2025, le risque pesant sur les détenus n’est pas hypothétique mais prévisible. En pareil contexte, l’absence de mesures préventives, y compris la mise en œuvre de la Résolution 211, peut être considérée comme un manquement à une obligation légale.

Une double menace dans les conditions actuelles

Dans les circonstances présentes, les prisonniers iraniens sont exposés à une double menace :

  • Le risque d’attaques militaires extérieures ;
  • Le risque d’inaction, de retard ou de violences au sein des établissements pénitentiaires.

Si la Résolution 211 n’est pas appliquée et que les détenus non dangereux ne sont ni libérés ni transférés, leur maintien dans des environnements à haut risque résultera d’une décision administrative interne, et non d’une conséquence inévitable de la guerre.

Dans des conditions de surpopulation carcérale, d’absence d’abris conformes aux normes, de voies d’évacuation d’urgence limitées et de possibles coupures de communication, le défaut de mesures préventives pourrait conduire à une catastrophe humanitaire.

Obligations juridiques internationales : protection des détenus en temps de conflit armé

Outre l’obligation interne contraignante issue de la Résolution 211, le régime au pouvoir en Iran est lié par le droit international humanitaire en matière de protection de la vie des prisonniers iraniens.

Quatrième Convention de Genève de 1949

Aux termes de la Quatrième Convention de Genève, les civils doivent être protégés contre les effets du conflit armé.

L’article 27 dispose que les personnes protégées « doivent en tout temps être traitées avec humanité et protégées ».

Les prisonniers iraniens, qu’ils soient inculpés ou condamnés, relèvent de la catégorie des personnes protégées en période de conflit armé. La privation de liberté accroît la responsabilité de l’autorité détentrice ; elle ne la diminue pas.

Protocole additionnel I de 1977 — Article 58

L’article 58 impose aux parties à un conflit, dans toute la mesure du possible, d’éloigner les civils des zones de danger et de prendre toutes autres précautions nécessaires pour réduire les atteintes.

Cette disposition s’applique directement aux établissements pénitentiaires, où les prisonniers iraniens sont incapables d’évacuer par eux-mêmes et où seule l’autorité détentrice peut décider d’un transfert, d’une évacuation ou de mesures de protection.

Appel à la mise en œuvre immédiate de la loi

Compte tenu de l’intensification des tensions militaires, les familles des détenus et les défenseurs des droits ont appelé à l’application immédiate de la Résolution 211.

Les demandes spécifiques comprennent :

  • L’examen immédiat de la situation de tous les détenus dans les villes exposées aux attaques.
  • La libération provisoire des prisonniers non dangereux.
  • Le transfert des détenus dangereux vers des établissements sécurisés.
  • La réduction de la surpopulation carcérale.
  • La garantie de la communication des détenus avec leurs familles.
  • L’interdiction de tout comportement violent ou punitif sous prétexte de conditions d’urgence.

Ces revendications trouvent leur fondement tant dans le droit interne que dans les normes juridiques internationales.

Conclusion

Alors que les attaques militaires se poursuivent contre les villes iraniennes, les prisonniers iraniens demeurent entièrement tributaires des décisions des autorités détentrices. La Résolution n° 211 du Conseil suprême de la magistrature offre un mécanisme juridique clair pour prévenir une catastrophe au sein des prisons. L’attaque du 23 juin 2025 contre la prison d’Evin a démontré que le risque pesant sur les détenus est réel et documenté.

Dans les circonstances actuelles, la mise en œuvre de cette résolution ne constitue pas une option politique, mais un devoir juridique urgent visant à protéger la vie humaine.

Tout retard dans son application, ou toute instrumentalisation des conditions de guerre pour renforcer les mesures sécuritaires ou les traitements violents, est susceptible d’engager la responsabilité juridique du régime au pouvoir en Iran.

En temps de guerre, les prisonniers ne doivent pas devenir les victimes silencieuses de la crise.

Demandes adressées aux mécanismes internationaux de protection des droits humains

Compte tenu du conflit armé, de l’attaque documentée contre la prison d’Evin le 23 juin 2025 et de l’obligation juridique contraignante découlant de la Résolution 211, les organes internationaux de défense des droits humains sont instamment invités à :

Assurer un suivi immédiat

Demander au Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Iran ainsi qu’aux mécanismes onusiens compétents de :

  • Évaluer d’urgence la mise en œuvre de la Résolution 211.
  • Solliciter des éclaircissements officiels du régime au pouvoir en Iran concernant les mesures prises pour atténuer les risques pesant sur les détenus.
  • Exiger la transparence concernant les transferts et les restrictions de communication.

Émettre des déclarations préventives

Demander au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme de :

  • Réaffirmer la responsabilité indérogeable de l’autorité détentrice en matière de protection des prisonniers ;
  • Souligner que les prisons ne constituent pas des objectifs militaires et que les détenus sont des personnes protégées.

Surveiller les transferts et prévenir les disparitions forcées

Exhorter les mécanismes internationaux à :

  • Suivre de près tout transfert de détenus en période de guerre.
  • Faire preuve d’une vigilance accrue face aux risques de disparition forcée ou de détention prolongée au secret.

Garantir un accès indépendant et une évaluation sur le terrain

Appeler à un accès indépendant et immédiat aux centres de détention situés dans des villes exposées aux attaques afin de :

  • Évaluer les mesures de sécurité et de protection.
  • Examiner les conditions de transfert.
  • Prévenir les violences ou les disparitions forcées.
  • Assurer la transparence quant au lieu de détention des prisonniers.

Insister sur l’application intégrale de la Résolution 211

Inviter la communauté internationale à appeler le régime au pouvoir en Iran à appliquer pleinement la Résolution 211, notamment :

  • La libération provisoire des prisonniers iraniens non dangereux.
  • La réduction de la surpopulation carcérale.
  • Le transfert sécurisé des détenus à haut risque.

afin de prévenir la répétition des conséquences humanitaires observées en juin 2025.