CSDHI – Alors que l’attention internationale demeure focalisée sur la guerre et la diplomatie, le régime iranien exploite le contexte d’après-guerre pour intensifier la machine à exécuter, les arrestations massives et la répression afin d’empêcher l’émergence d’une nouvelle vague de contestation à l’échelle nationale.
L’image la plus marquante de l’Iran d’après-guerre n’est pas celle de la reconstruction ou du redressement. C’est celle de cellules de prison qui se remplissent, d’ordres d’exécution qui se multiplient et de forces de sécurité qui étendent leur filet répressif à travers tout le pays.
Avant même que la poussière de la guerre ne soit retombée, le régime iranien a lancé ce qui ne peut être décrit que comme une nouvelle vague de répression étatique. Plus de 40 exécutions liées à des affaires politiques ou de sécurité, plus de 6 000 arrestations et des dizaines de prisonniers menacés d’une exécution imminente révèlent un gouvernement qui considère la peur — et non la réforme — comme son principal moyen de survie.
Depuis des mois, l’attention du monde est tournée vers les développements militaires, les négociations nucléaires, le détroit d’Ormuz et l’évolution des alliances régionales. Pendant ce temps, en Iran, une autre crise se développe largement à l’abri des gros titres internationaux : l’expansion systématique de l’appareil répressif du régime.
Depuis près de cinq décennies, la dictature religieuse s’appuie sur la machine à exécuter comme un instrument destiné à éliminer l’opposition et à préserver son pouvoir. Du massacre des prisonniers politiques dans les années 1980 à la répression sanglante des soulèvements nationaux, le régime a constamment considéré la vie humaine comme sacrifiable chaque fois que son autorité était remise en cause.
Aujourd’hui, cette logique s’intensifie.
Selon des informations d’organisations de défense des droits humains, au moins 40 personnes ont été exécutées dans des affaires politiques ou sécuritaires depuis le début du récent conflit, tandis que des dizaines d’autres restent sous le coup d’une condamnation à mort. Le rythme des exécutions montre que le régime ne réagit pas à des préoccupations sécuritaires isolées. Il met plutôt en œuvre une politique délibérée destinée à intimider la société à un moment de vulnérabilité exceptionnelle.
Le choix du moment n’est pas le fruit du hasard.
La guerre a laissé l’Iran confronté à une grave détérioration économique, à une frustration sociale généralisée, à une hausse de la pauvreté et à une colère croissante envers les autorités au pouvoir. Les conditions mêmes qui avaient alimenté les précédents soulèvements nationaux demeurent sans solution. À bien des égards, elles se sont même aggravées.
Le régime en est parfaitement conscient. Il sait que derrière l’atmosphère temporaire créée par le conflit extérieur se trouve une société profondément mécontente. C’est pourquoi la répression n’est pas seulement utilisée comme une sanction, mais aussi comme une stratégie préventive contre de futures manifestations.
Plus de 6 000 arrestations auraient eu lieu depuis le début du conflit. Parmi les personnes visées figurent des manifestants, des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits humains, des artistes, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des membres de minorités ethniques et religieuses, des binationaux ainsi que des familles réclamant justice pour les victimes de violences étatiques.
Le message est sans équivoque : aucun secteur de la société n’échappe à la portée de l’appareil sécuritaire.
L’utilisation croissante des accusations d’espionnage est particulièrement inquiétante. Les chefs d’accusation de « collaboration avec des États hostiles » et « espionnage » sont devenus des outils centraux dans la stratégie du régime visant à criminaliser toute dissidence. Ces accusations offrent aux autorités un prétexte commode pour imposer des sanctions extrêmement lourdes, y compris la peine de mort, tout en présentant la répression politique comme une question de sécurité nationale.
De hauts responsables judiciaires ont ouvertement renforcé cette approche. Les appels publics à accélérer le traitement et l’exécution des affaires liées à la sécurité révèlent une direction désireuse de maximiser l’effet dissuasif de la violence d’État. Dans ce contexte, la rapidité ne vise pas la justice. Elle vise l’intimidation.
Cette répression s’est accompagnée de l’une des plus vastes coupures d’Internet de l’histoire du pays. Des dizaines de millions de citoyens ont subi des perturbations prolongées et une censure accrue. L’accès à une information indépendante est devenu de plus en plus limité, tandis que l’utilisation de technologies telles que les VPN, l’internet par satellite ou la communication avec l’extérieur a été associée à des accusations relevant de la sécurité nationale.
Il ne s’agit pas simplement d’une politique technique.
Il s’agit d’une stratégie politique.
Lorsque les citoyens sont empêchés de documenter les abus, de s’organiser collectivement ou d’informer le monde extérieur, la répression devient plus facile à dissimuler. L’isolement devient lui-même une arme. La peur se propage non seulement à travers les arrestations et les exécutions, mais aussi par l’incertitude, le silence et le sentiment que personne n’observe ce qui se passe.
Le ciblage des jeunes Iraniens est particulièrement préoccupant. Parmi les personnes exécutées ou condamnées ces derniers mois figurent des individus à peine sortis de l’adolescence. L’objectif du régime semble clair : terroriser la génération qui est descendue à plusieurs reprises dans les rues pour réclamer la liberté et un changement démocratique.
Les autorités savent que la jeunesse iranienne est devenue l’un des moteurs les plus puissants de la résistance. Elles cherchent donc à transformer les exécutions en avertissements publics destinés à décourager toute future mobilisation.
Pourtant, l’histoire montre que la répression seule ne peut résoudre la crise profonde du régime.
Les exécutions peuvent réduire des individus au silence, mais elles ne peuvent pas éliminer les réalités sociales qui alimentent la colère populaire. Les arrestations peuvent remplir les prisons, mais elles ne peuvent effacer les revendications de liberté, de justice et de responsabilité. Les coupures d’Internet peuvent entraver la communication, mais elles ne peuvent supprimer durablement une population qui a démontré à maintes reprises sa détermination à résister à la dictature.
C’est pourquoi la réponse internationale est importante.
Les dirigeants du régime bénéficient depuis longtemps d’une culture de l’impunité. Tant que les exécutions et les violations des droits humains resteront des préoccupations secondaires dans la diplomatie internationale, Téhéran continuera à considérer la répression comme une stratégie peu coûteuse.
La communauté internationale dispose de plusieurs mécanismes pour renforcer la responsabilité des auteurs, notamment des enquêtes pénales internationales, des poursuites fondées sur la compétence universelle et la création de mécanismes de justice spécifiquement consacrés aux crimes attribués au régime. Plus important encore, les violations des droits humains et les exécutions doivent occuper une place centrale dans tout dialogue avec Téhéran.
Ignorer la crise des exécutions au profit de considérations géopolitiques enverrait un signal dangereux : celui que les souffrances du peuple iranien peuvent une fois de plus être reléguées au second plan derrière des intérêts stratégiques.
Pour le régime, la guerre a créé une opportunité politique. L’attention internationale s’est déplacée ailleurs et le coût de la répression a diminué. Il en résulte une accélération des exécutions, des arrestations et de l’intimidation.
Si le monde reste silencieux, les prochains mois pourraient être marqués par une escalade encore plus spectaculaire.
Dans l’Iran d’aujourd’hui, l’exécution n’est plus simplement une sanction judiciaire. Elle est devenue le langage politique d’un régime qui lutte pour préserver son pouvoir. Chaque exécution vise à augmenter le prix de la dissidence. Chaque arrestation est destinée à répandre la peur. Chaque acte de répression constitue un avertissement adressé à une société qui continue de réclamer le changement.
La question n’est plus de savoir si le régime intensifie sa répression. Les preuves sont accablantes.
La véritable question est de savoir si la communauté internationale agira avant que la machine des exécutions ne fasse encore davantage de victimes.


