Les médias officiels iraniens admettent que plus de 2 millions d’enfants travailleurs sont piégés par l’hyperinflation

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CSDHI – Une analyse de rapports de terrain et de documents publiés par les médias iraniens met en évidence une crise structurelle profonde : le travail des enfants est devenu la conséquence directe des difficultés économiques, de l’effondrement de la protection sociale et de politiques publiques défaillantes.

Alors que la Journée mondiale contre le travail des enfants est célébrée dans le monde, des rapports de terrain et des documents publiés par les médias iraniens révèlent une crise structurelle profonde. Dans cette crise, le phénomène du travail des enfants n’est plus une déviance individuelle ou comportementale, mais le produit direct de politiques gouvernementales défaillantes, de l’effondrement de la protection sociale et de la priorité donnée à la survie économique plutôt qu’aux droits les plus élémentaires des enfants.

La crise croissante du travail des enfants en Iran est devenue l’une des manifestations les plus visibles des pressions économiques et sociales pesant sur les familles vulnérables du pays.

2 millions d’enfants travailleurs selon un média officiel

Le quotidien d’État Jahan-e Sanat, dans un long reportage intitulé « Les petits soutiens de famille », révèle explicitement que, selon les statistiques des institutions gouvernementales elles-mêmes, l’Iran compte actuellement environ 2 millions d’enfants travailleurs.

Alors que les responsables officiels affirment régulièrement que des mesures importantes ont permis de réduire leur nombre, les observations de terrain dans les grandes places, les rues et les réseaux de métro des grandes villes montrent le contraire. Des experts iraniens soulignent que l’origine de ces deux millions de tragédies humaines ne réside pas dans l’absence de lois, mais dans l’incapacité structurelle de l’État à les faire appliquer et dans les politiques économiques du pouvoir en place.

L’effondrement des moyens de subsistance, moteur de l’exploitation des enfants

Des analystes sociaux en Iran estiment que les politiques macroéconomiques du gouvernement — inflation chronique, chute du pouvoir d’achat et précarité de l’emploi des parents — ont conduit de nombreuses familles modestes dans une impasse où elles sont contraintes de faire travailler leurs enfants simplement pour survivre au quotidien.

« Une grande partie de l’économie iranienne est informelle et échappe à tout contrôle efficace. Cet environnement reproduit continuellement le travail des enfants comme source de main-d’œuvre bon marché. La faiblesse du système de protection sociale, l’inefficacité des assurances familiales et l’absence de soutien ciblé aux ménages vulnérables font que la loi reste, dans la pratique, un simple slogan. »

— Mostafa Abroushan, sociologue, cité par Jahan-e Sanat

Le reportage explique aussi que des politiques urbaines et sociales défaillantes ont accentué les inégalités spatiales et favorisé l’expansion des quartiers marginalisés. Dans ces périphéries, la pauvreté des revenus se combine à la pauvreté des opportunités et de l’éducation. Le recours au travail des enfants n’y apparaît plus comme un choix, mais comme la dernière stratégie de survie des familles.

De la salle de classe au trottoir : l’enfance mise aux enchères

La conséquence la plus grave de ces politiques économiques et sociales restrictives est la privation d’enfance et d’éducation pour cette population vulnérable. Des enfants qui devraient passer leur temps avec des livres, des jeux et des loisirs cherchent aujourd’hui de quoi manger aux feux rouges, victimes des difficultés économiques et d’une économie malade.

Dans la structure actuelle, l’école n’est plus un refuge pour l’avenir des enfants. Lorsque le revenu familial est écrasé par l’inflation, la première victime est souvent la place de l’enfant dans la salle de classe. Avant même d’avoir achevé les bases de son éducation, il est poussé vers les ateliers clandestins et le travail de rue.

Cette tendance est aggravée par la marchandisation de l’éducation et la dégradation de l’enseignement public. Pour de nombreuses familles vivant en marge, envoyer un enfant à l’école apparaît comme une charge financière supplémentaire qui n’offre ni avenir ni ascension sociale.

Lorsque l’éducation cesse d’être perçue comme une voie de sortie de la pauvreté, la motivation scolaire disparaît et la rue absorbe l’enfant. Cette sortie forcée du système éducatif impose un coût durable au capital humain du pays et transmet les inégalités aux générations suivantes.

Le renvoi des responsabilités et la fuite devant la responsabilité

L’un des signes les plus nets de l’échec des politiques actuelles est le comportement contradictoire et le manque de responsabilité des institutions chargées de traiter cette crise, notamment les municipalités, les organismes de protection sociale et le gouvernement lui-même.

Alors que deux millions d’enfants sont exploités dans les rues, les autorités se limitent à des mesures temporaires et symboliques, ainsi qu’à des réunions et consultations sans véritable intervention de fond.

Le rapport de Jahan-e Sanat illustre cette dilution des responsabilités en citant le directeur adjoint des affaires sociales de l’Organisation de protection sociale de la province d’Ispahan :

« L’organisation et la gestion des enfants travailleurs relèvent de la responsabilité d’une autre institution spécifique, tandis que le rôle de l’Organisation de protection sociale se limite à les accueillir. »

Dans le même temps, des responsables gouvernementaux répètent dans les médias que les aides financières directes données par les citoyens aux enfants travailleurs contribuent à alimenter le phénomène. Mais une question fondamentale reste sans réponse : si les citoyens ne doivent pas aider ces “petits soutiens de famille”, quel mécanisme alternatif l’État a-t-il mis en place pour soutenir ces familles et garantir leurs moyens de subsistance ?

Les réalités de terrain suggèrent qu’en l’absence de politiques sociales ciblées, les enfants travailleurs sont rejetés de toutes parts, tandis qu’aucune institution ne veut assumer pleinement la responsabilité de leur situation.

Le danger de la banalisation : quand la crise devient routine

Les rapports internes avertissent qu’une autre conséquence dangereuse des politiques actuelles est la banalisation progressive de cette tragédie au sein de la société.

Lorsque la présence d’enfants récupérateurs de déchets ou vendeurs ambulants devient une composante ordinaire du paysage urbain, une forme d’insensibilité collective s’installe.

Cette normalisation réduit la sensibilité morale de la société et transforme la crise, qui devrait relever d’une urgence publique, en simple routine quotidienne. Les décideurs perdent alors toute incitation à mener des réformes structurelles, et le travail des enfants s’enracine non plus comme une anomalie ou une urgence, mais comme un élément permanent d’un ordre économique profondément inégalitaire.