Le message de Mojtaba Khamenei après l’accord États-Unis–Iran soulève des questions sur son autorité

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CSDHI – La récente signature d’un mémorandum d’entente entre les États-Unis et le régime iranien a provoqué un véritable séisme politique à Téhéran. La réaction de Mojtaba Khamenei, nouveau Guide suprême, soulève de nouvelles interrogations quant à son autorité réelle et à l’orientation future du pouvoir iranien.

La signature de cet accord a plongé l’establishment politique iranien dans une crise interne profonde. Dans ce contexte, la position de Mojtaba Khamenei en tant que nouveau Guide suprême suscite de nombreuses ambiguïtés concernant l’étendue de son pouvoir.

Après la conclusion de l’accord, il a publié un message qui a surpris de nombreux observateurs malgré l’importance cruciale du sujet. Ce message n’a été accompagné ni d’un enregistrement audio ni d’une vidéo : il a été diffusé uniquement sous forme écrite, dans une discrétion remarquée.

Dans le passage central de son message, Mojtaba Khamenei a déclaré :

« J’avais fondamentalement une opinion différente, mais en raison de l’engagement pris devant moi par le président respecté, en sa qualité de président du Conseil suprême de sécurité nationale, au nom de lui-même et des autres membres (…), j’ai accordé mon autorisation. »

Une prise de distance au sommet du pouvoir

Ce qu’il entend exactement par l’expression « j’avais une opinion différente » reste totalement flou.

Cela soulève une question fondamentale : comment le Guide suprême du pays – la personne sous l’autorité de laquelle sont prises toutes les décisions politiques, internationales et intérieures majeures – peut-il ainsi prendre ses distances avec la responsabilité directe de la signature d’un tel accord ?

Dans la suite de son message, il ajoute :

« Toutefois, il est évident que d’éventuelles négociations directes à l’avenir ne signifieront pas l’acceptation de la position de l’ennemi. »

Ces propos traduisent clairement un recul idéologique important : l’abandon partiel du principe dogmatique du « refus de toute négociation directe avec l’arrogance mondiale » (expression utilisée par le régime pour désigner principalement les États-Unis), principe qui a longtemps servi de pilier à sa légitimité politique.

Une crise de leadership qui s’aggrave

Mais la réalité est encore plus profonde et préoccupante que ces simples contradictions.

Depuis la mort de l’ancien Guide suprême et de plusieurs hauts responsables qui jouaient un rôle décisif dans les choix stratégiques liés à la survie du régime, une faiblesse structurelle inédite semble affecter la direction du système politique iranien.

Les courants religieux et militaires les plus radicaux estiment aujourd’hui que ce mémorandum va renforcer l’influence des clercs pragmatiques et des technocrates favorables à une gestion plus souple du pouvoir.

Pour eux, cela signifie que le camp ultra-conservateur ne sera plus l’unique force dominante dans l’élaboration des stratégies de survie du régime.

Une guerre ouverte entre factions

Les déclarations publiques de ces derniers jours montrent que ce conflit interne est désormais visible au grand jour.

Le camp favorable à l’accord

Les réformateurs et les modérés affichent leur satisfaction.

Mohammad Jafar Ghaempanah, vice-président exécutif du président Masoud Pezeshkian, a déclaré ouvertement – dans une allusion apparente aux opposants conservateurs :

« Le président a réussi à faire signer le mémorandum par tout le monde, sauf une personne. »

Peu après, le bureau de l’ancien président Hassan Rouhani a publié un communiqué soulignant la nécessité de :

« protéger strictement et préserver avec vigilance cet accord ».

Le camp des durs contre-attaque

Face à eux, les conservateurs radicaux et l’appareil militaire ont immédiatement réagi.

L’Agence de presse Tasnim, proche du Corps des gardiens de la révolution islamique, a averti que cette autorisation accordée par Mojtaba Khamenei :

« n’est pas un chèque en blanc ».

Selon elle, toute atteinte à « l’Axe de la Résistance » ou aux acquis nucléaires de l’Iran relèvera entièrement de la responsabilité du président Pezeshkian, qui a fourni les garanties écrites nécessaires à la conclusion de l’accord.

Dans le même temps, le journal Javan, également proche des Gardiens de la révolution, a affirmé que :

« le réseau des forces alliées régionales n’est pas négociable ».

De son côté, le député ultra-conservateur Malek Shariati a révélé qu’un document interprétatif en six points prévoyant des mesures de rétorsion destinées à neutraliser certains effets de l’accord aurait déjà reçu l’approbation du Guide suprême et serait prêt à être appliqué.

Le pari des 60 jours : la bataille ne fait que commencer

Ces tensions inédites au sommet de l’État ne constituent probablement que le début du conflit.

À mesure que le délai de 60 jours prévu par le mémorandum avance, les divisions risquent non seulement de persister mais de s’accentuer.

Mojtaba Khamenei sait parfaitement que la signature du texte ne représente que la première étape d’un débat beaucoup plus difficile, dont l’issue devra être tranchée dans les deux mois à venir.

Au terme de cette période, une question essentielle se posera :

  • La République islamique pourra-t-elle imposer ses propres conditions aux États-Unis tout en conservant son programme nucléaire et son réseau d’alliés régionaux ?
  • Ou sera-t-elle finalement contrainte de s’asseoir à la table des négociations en Suisse et d’accepter ce que certains responsables iraniens appellent déjà le « calice empoisonné » d’un recul majeur ?

Les prochaines semaines devraient apporter les premiers éléments de réponse.