CSDHI – Au cours du mois de septembre 2026, la situation des droits humains en Iran s’est considérablement détériorée, marquée par une hausse alarmante du recours à la peine de mort et un durcissement de la répression contre les opposants politiques, les personnes détenues lors des manifestations et les minorités ethniques.
Selon les données compilées par Iran Human Rights Monitor (Iran HRM), 64 exécutions ont été recensées au seul mois de septembre. Sur ces 64 exécutions, seules quatre ont été officiellement annoncées par l’appareil judiciaire officiel ou par des médias contrôlés par le gouvernement. Les 60 autres n’ont fait l’objet d’aucune annonce officielle et ont été exécutées dans le secret, ce qui témoigne d’une volonté délibérée des autorités de dissimuler l’ampleur réelle du recours à la peine capitale.
Parmi les personnes exécutées en septembre figuraient quatre femmes et une personne qui était mineure au moment de l’infraction présumée.
En outre, au moins deux personnes arrêtées lors de soulèvements populaires ont été exécutées, tandis qu’un prisonnier a été pendu pour espionnage. Cette hausse des exécutions révèle, selon Iran HRM, un recours systématique à la peine capitale pour réprimer la colère populaire, terroriser les communautés locales et empêcher une reprise des manifestations à l’échelle nationale.
Détail des exécutions de septembre
Les exécutions menées en septembre 2026 ont visé différentes catégories de personnes, notamment des femmes, des prisonniers politiques, des membres de minorités ethniques et des personnes condamnées pour des infractions commises alors qu’elles étaient mineures. Voici la liste chronologique détaillée des cas recensés.
2 septembre 2026 : une série d’exécutions coordonnées a entraîné la mort de huit prisonniers. À la prison de Vakilabad, à Machhad, Omid Rakhshani, Ansar Nami et Nazif Rasul-Khandeh ont été pendus. À la prison d’Adelabad, à Chiraz, Aziz Roshanaei et Yaser Momeni ont été exécutés. Le même jour, Ali Mir-Rezaei a été exécuté à Babol, Ahmad Haji-Hasani à la prison centrale de Gorgan et Vali-Jan Norzay à la prison de Rafsandjan.
5 septembre 2026 : Reza Salimi a été exécuté à la prison centrale de Semnan.
6 septembre 2026 : quatre prisonniers ont été exécutés à la prison de Vakilabad, à Machhad. Parmi eux figurait Fatemeh Jahangard, une femme de 40 ans, ainsi que Mohammadreza Mohammadparast, Mehrdad Mokhtari et Seyed-Rasoul Davari.
8 septembre 2026 : Ezzat Asgari a été exécuté dans la ville de Behshahr, dans le nord du pays.
9 septembre 2026 : quatre prisonniers ont été pendus. Trois d’entre eux — Shahrokh Pouresmaeili, Hossein Ghasemzadeh et Mohammad-Yousef Eisazehi (Rigi) — ont été exécutés à la prison de Dastgerd, à Ispahan. Le quatrième, Mohammadreza Neirang, a été exécuté à la prison centrale de Yazd.
13 septembre 2026 : six prisonniers ont été exécutés dans différents établissements pénitentiaires régionaux. Amanullah Nazarkhani et Hashem Rakhshani ont été pendus à la prison de Zabol ; Asghar Pishahang à la prison de Zahedan ; Mohammad Mousazeh à la prison d’Iranshahr ; et Yousef Abil ainsi que Farzad Ahmadpour à la prison de Jiroft.
14 septembre 2026 : Abdolrahim Narouei-Rozaneh a été exécuté à la prison de Dastgerd, à Ispahan.
La proportion particulièrement élevée de citoyens baloutches parmi les personnes exécutées demeure une source majeure de préoccupation. Au moins neuf membres de cette minorité ethnique auraient été pendus entre la fin du mois d’août et la fin du mois de septembre, ce qui témoigne, selon Iran HRM, d’une campagne ciblant les communautés ethniques marginalisées.
Exécution de prisonniers arrêtés lors des soulèvements et d’opposants
En septembre 2026, les autorités iraniennes ont exécuté plusieurs personnes détenues lors de manifestations.
Le 30 septembre 2026, la justice iranienne a fait exécuter à Machhad deux jeunes manifestants, Ali Hemmati, 21 ans, et Majid Nik-Andish, 25 ans.
Les médias contrôlés par l’État et l’appareil judiciaire les ont présentés comme les « meneurs des émeutes de Tabarsi, à Machhad », les accusant d’avoir joué un rôle actif sur le terrain lors des manifestations de janvier. Les chefs d’accusation retenus contre eux comprenaient notamment l’« atteinte à la sécurité nationale », la « grave perturbation de l’ordre public » et les « affrontements avec les forces de sécurité ».
Par ailleurs, le 19 septembre 2026, la justice du régime a annoncé l’exécution de Hossein Pedaran à la prison de Dastgerd, à Ispahan, pour espionnage et coopération en matière de renseignement avec des entités étrangères.
Répression judiciaire et nouvelles condamnations à mort
Outre les exécutions, les tribunaux révolutionnaires ont prononcé plusieurs nouvelles condamnations à mort.
À Ispahan, le juge Morteza Barati et le procureur Mohammad-Reza Tavakoli, exerçant auprès du tribunal révolutionnaire de la ville, ont condamné à mort dix personnes arrêtées lors des soulèvements, dans le cadre d’une affaire collective connue sous le nom d’« affaire de la place Shohada d’Ispahan ».
Les dix personnes menacées d’exécution dans cette affaire sont : Taraneh Rahimi, Navid Elyasi, Abolfazl Dadgostar, Mehdi Mansouri, Ahmad-Reza Saeedi, Mehrdad Boeiri, Mohammad-Mehdi Asadi, Armin Gholami, Parsa Jafari et Mehdi Jafari.
Six coaccusés dans la même affaire ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Romina Rahimi, sœur de Taraneh Rahimi, et Milad Boeiri ont chacun écopé de 25 ans d’emprisonnement. Hamed Mehr-elian a été condamné à 15 ans de prison, tandis que Setayesh Saedi, Sajjad Abedi et Ali Boeiri ont chacun reçu une peine de cinq ans.
Dans une autre décision, rendue par la cinquième chambre du tribunal révolutionnaire d’Ispahan, Leila Abolhasani, mère de deux adolescentes et arrêtée lors des manifestations à Shahin Shahr, a été condamnée à mort.
Par ailleurs, la Cour suprême a confirmé la condamnation à mort d’Ali-Asghar Peighambari, arrêté lors des manifestations de janvier. Il a ensuite été transféré de la prison de Fashafouyeh à celle de Ghezel Hesar, à Karaj, ce qui le place sous la menace imminente d’une exécution.
Privations systématiques et négligence médicale dans les prisons
Dans les prisons iraniennes, les détenus ont été confrontés à une dégradation des conditions sanitaires et à une négligence médicale délibérée.
À la prison de Dastgerd, à Ispahan, une épidémie de méningite apparue en juillet s’est rapidement propagée en raison de l’absence totale de soins médicaux et de protocoles d’isolement. Le 20 août 2026, un prisonnier de 18 ans, Ali Hashemi, est mort d’un arrêt cardiaque après avoir reçu une injection à l’infirmerie de la prison. Les autorités ont refusé de fournir des explications à sa famille.
La situation a atteint un niveau critique à la prison de Langeroud, à Qom, également connue sous le nom de prison centrale de Qom. Une grave pollution environnementale et l’absence d’installations sanitaires élémentaires ont provoqué une infestation généralisée de punaises de lit, de poux et d’autres nuisibles, entraînant des maladies cutanées chez des centaines de détenus. Des foyers de Covid-19 et de grippe ont également été signalés, tandis que les rations alimentaires quotidiennes ont été considérablement réduites.
À la prison d’Evin, le nouveau responsable du parloir, un fonctionnaire identifié sous le nom de Rezaei, a réduit de moitié la durée des visites en cabine et des visites en personne accordées aux femmes détenues. Cette décision a provoqué une protestation des familles le 6 septembre.
En outre, le quartier 7 de la prison d’Evin a connu une surpopulation extrême après le transfert de 60 prisonniers depuis la prison de Fashafouyeh. Cette situation a aggravé les problèmes liés à la chaleur excessive, au manque de ventilation et aux infestations de punaises de lit.
À la prison centrale d’Oroumieh, les gardiens ont confisqué des appareils personnels, notamment des réfrigérateurs et des téléviseurs, que des prisonniers politiques avaient achetés avec leurs propres moyens.
À la prison de Vakilabad, à Machhad, les autorités ont perquisitionné la cellule de Mohammad Javad Vafaei Sani, prisonnier politique, champion de boxe et condamné à mort. Elles ont confisqué son matériel sportif et l’ont privé d’accès aux journaux.
Exil et représailles contre les prisonniers politiques
Les prisonniers politiques continuent de subir des transferts arbitraires et des mesures punitives.
Le 8 septembre 2026, Parisa Kamali, prisonnière politique de 40 ans, a été extraite de la prison de Yazd à minuit, sans avertissement préalable, puis transférée de force à la prison de Bandar Abbas.
Arrêtée à Ispahan en 2024, elle purgeait une peine de six ans d’emprisonnement, assortie de deux années d’exil intérieur dans le comté de Sarbaz, au Sistan-et-Baloutchistan, pour appartenance à l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK).
Avant son transfert, les autorités pénitentiaires lui avaient refusé l’accès à des médicaments essentiels, en représailles aux messages qu’elle avait écrits pour protester contre les exécutions de prisonniers politiques.
Destruction des preuves du massacre de 1988
Le 13 septembre 2026, l’Organisation pénitentiaire de l’État, dirigée par Heydar Asiabi, a commencé la démolition physique de la prison de Gohardasht, à Karaj.
Gohardasht était l’un des principaux lieux du massacre de 1988, au cours duquel des milliers de prisonniers politiques ont été systématiquement exécutés.
Des défenseurs des droits humains et des experts juridiques internationaux, dont le professeur Javaid Rehman, ancien rapporteur spécial des Nations unies, ont déjà documenté une campagne systématique menée par le régime iranien pour détruire les preuves matérielles. Celle-ci comprend notamment la destruction de sites de fosses communes à Behesht-e Zahra (parcelle 41), Khavaran, Tabriz, Ahvaz et Machhad, dans le but d’entraver les efforts visant à établir la vérité et à faire rendre des comptes aux responsables.
La campagne « Non aux exécutions du mardi »
Face à l’augmentation des exécutions, des prisonniers de 66 établissements pénitentiaires à travers l’Iran ont observé, le 6 octobre 2026, la 141e semaine de grève de la faim de la campagne « Non aux exécutions du mardi ».
Dans un communiqué, le mouvement a dénoncé la peine de mort comme un instrument de meurtre cautionné par l’État et destiné à réduire les voix dissidentes au silence. Il a appelé la communauté internationale à prendre immédiatement des mesures pour mettre fin aux exécutions.
Conclusion et appel à une intervention internationale urgente
Le recours systématique à la peine de mort, l’exécution de manifestants politiques et de femmes, ainsi que la destruction délibérée de lieux liés à des crimes historiques mettent en évidence la persistance de la crise des droits humains en Iran.
Les relations diplomatiques et commerciales avec le régime iranien doivent être strictement conditionnées à l’arrêt vérifiable des exécutions et à l’amélioration des conditions de détention.
Iran Human Rights Monitor (Iran HRM) appelle les Nations unies, le Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme et l’ensemble des organisations internationales de défense des droits humains à intervenir immédiatement.
L’organisation demande la création d’une mission internationale d’établissement des faits chargée d’enquêter sur les conditions de détention dans les prisons iraniennes, en particulier à la prison de Dastgerd, et d’exercer des pressions sur l’appareil judiciaire iranien afin qu’il suspende toutes les condamnations à mort en attente d’exécution.


