Publié le : 16th janvier 2021

neewsweekNewsWeek – Certains diront qu’un massacre de milliers de prisonniers politiques par le régime iranien en 1988 est un souvenir trop lointain pour mériter notre attention aujourd’hui.Non, quand ce massacre était si répandu et si brutal qu’il constituait un crime contre l’humanité, et encore non, quand les auteurs dirigent actuellement le pouvoir judiciaire iranien.

À titre de comparaison, imaginez si Ratko Mladić, qui a massacré plus de 8000 Bosniaques musulmans à Srebrenica, était aujourd’hui nommé chef de du pouvoir judiciaire de Bosnie. En Iran, Ebrahim Raisi, qui siégeait aux Commissions de la mort qui ont procédé au massacre de plus de 30 000 prisonniers politiques en 1988, est aujourd’hui le chef du pouvoir judiciaire du pays.

Les commissions de la mort de 1988, dont les membres comprennent également l’actuel ministre de la justice iranien, ont été créées dans tout le pays à la suite d’une fatwa du Guide suprême. Le décret de l’Ayatollah Khomeini a ordonné aux Commissions de la mort d’exécuter immédiatement dans les prisons iraniennes tous les partisans du groupe d’opposition, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI ou MEK) qui sont restés fidèles à l’organisation. Les prisonniers politiques affiliés à d’autres groupes ont été exécutés lors d’une deuxième vague, environ un mois plus tard.

Le massacre ayant été ordonné en secret, aucune des familles des victimes n’a été informée à l’avance et aucune n’a eu la chance de leur adresser un dernier adieu. Au lieu de cela, les prisonniers ont été pendus à des grues, généralement six à la fois. Leurs corps étaient aspergés de désinfectant, et ils ont été enterrés la nuit en secret dans des fosses communes à travers le pays.

Le 3 septembre 2020, sept rapporteurs spéciaux des Nations unies ont envoyé une lettre aux autorités iraniennes, rappelant que le massacre de 1988 « pourrait constituer un crime contre l’humanité » qui justifie une « enquête internationale. »

Les experts des Nations Unies ont rendu leur lettre publique en décembre à la suite de la non-réponse des autorités iraniennes aux questions fondamentales soulevées.

Justice for the Victims of the 1988 Massacre in Iran (JVMI), une ONG basée à Londres et représentant les familles des victimes, a interrogé des dizaines de survivants et reçu des centaines de témoignages écrits des familles demandant que justice soit faite. JVMI a identifié près de 100 membres de la Commission de la mort, dont beaucoup occupent actuellement des postes clés au sein du gouvernement et du pouvoir judiciaire iraniens.

Bien que des enquêtes aient été menées par des groupes de défense des droits de l’homme tels que la JVMI et Amnesty International, l’ONU elle-même n’a jamais mené d’enquête officielle pour obliger les auteurs à rendre des comptes.

Saeed Masouri a écrit et signé de nombreuses lettres sur les mauvaises conditions du système carcéral iranien ces dernières années, dont une lettre partagée avec l’Agence de presse des droits humains iranienne la semaine dernière. Dans cette lettre, publiée par l’agence de presse en ligne, Masouri a rendu hommage à ses codétenus qu’il a rencontrés en prison et qui ont ensuite été exécutés.

Masouri a écrit une lettre au Conseil des droits humains des Nations unies à Genève en 2016 pour tirer la sonnette d’alarme sur ce qu’il a qualifié de menaces à la vie des prisonniers de la prison de Rajaï Chahr. Le MEK a publié sa lettre sur son site web.

On ignore si et quand Masouri sera libéré. Le code pénal islamique iranien de 2013 est vague sur l’octroi de la libération conditionnelle aux personnes condamnées à la prison à vie, selon un compte-rendu de 2019 soumis au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains par le groupe basé à Vienne, Human Rights Center for the Victims of Fundamentalism.

« Peut-être que la République islamique préférerait que des gens comme Saeed périssent ou se suicident afin que leur voix et leur nom disparaissent », a déclaré M. Vahid.

Le frère du dissident a déclaré qu’il espérait que le même type de pression internationale qui a conduit à la commutation de la peine de mort de Saeed, puisse également permettre sa libération.