Publié le : 30th novembre 2020
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Répression des manifestations de novembre 2019

CSDHI – Les autorités iraniennes ont pris de nouvelles mesures pour réprimer la dissidence. Novembre 2020 marquait le 1er anniversaire des manifestations nationales de 2019 achevées sur un fond répressif meurtrier de la part du régime iranien.

Le régime iranien a déployé davantage de forces de sécurité dans différentes villes. Son prétexte déclaré est d’empêcher la propagation et l’augmentation du nombre de victimes du Coronavirus. Mais ce n’est pas vrai. Il veut réprimer la dissidence avant l’anniversaire des manifestations de novembre 2019.

Il y a quelques temps, le commandant des pasdarans du Grand Téhéran, Mohammad Reza Yazdi, a annoncé la formation d’une unité spéciale liée au coronavirus, appelée « Enjoindre le bien et interdire le mal. »

Sous prétexte du coronavirus, la répression s’intensifie

Actuellement, la propagation du virus a plongé le pays dans un désastre en raison de l’inaction du régime.

Les organisations et les militants des droits humains ont déjà mis en garde contre une intensification de la répression par le régime sous prétexte de limiter la pandémie.

Le bureau du procureur de la ville de Behbahan, dans la province du Khouzistan, a interrogé des dizaines d’habitants à cause de prétendues atteintes à la sécurité nationale. Les procureurs iraniens voulaient interroger les habitants de Behbahan sur des accusations telles que : « perturbation de l’ordre public », « rassemblement et la collusion contre la sécurité nationale » et « insulte au Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei. »

Les forces de sécurité ont également fait pression sur les familles des manifestants morts en novembre 2019 pour les faire taire. Elles les ont empêchées, à plusieurs reprises, d’organiser des cérémonies commémoratives sur les tombes de leurs proches.

Arrestations de militants et anciens prisonniers politiques

Pendant ce temps, les forces de sécurité ont lancé une vague d’arrestations de militants politiques.

Dans une déclaration du 17 novembre, le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a annoncé que les autorités ont arrêté un grand nombre d’anciens prisonniers politiques et de familles de membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK). Elles ont convoqué d’autres personnes et les ont mises en garde contre toute activité à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement.

Ces mesures sont des signes de la préparation du régime à réprimer toute dissidence dans la société.

En outre, l’imposition de peines brutales telles que les exécutions et les flagellations, la pression croissante sur les prisonniers politiques, l’arrestation de cyber-activistes, la répression des minorités religieuses, la pression croissante sur les femmes et les étudiants dissidents font partie des principales violations des droits de l’homme commises par le régime en novembre.

Iran HRM exhorte le Secrétaire Général des Nations Unies, le Conseil des Droits humains, le Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, les Rapporteurs Spéciaux des Nations Unies et toutes les organisations des droits humains à prendre des mesures urgentes pour obtenir la libération des prisonniers politiques au moins jusqu’à la fin de la pandémie du coronavirus afin d’éviter une catastrophe humanitaire. Elle appelle également à la formation d’une commission internationale d’enquête pour visiter les prisons iraniennes et rencontrer les prisonniers, en particulier les prisonniers politiques.

Violation du droit à la vie

Exécutions

Le régime iranien a exécuté au moins huit personnes dans les prisons iraniennes, en novembre.Ses agents ont pendu Fakhreddin Dastiyar, pour trafic de drogue, à l’aube du dimanche 8 novembre à Taybad, dans la province de Khorassan-e Razavi, au nord-est de l’Iran.

Un spécialiste irano-suédois de la médecine d’urgence, Ahmadreza Djalali, se trouve en isolement dans la prison d’Evine, depuis le 24 novembre, où il attend la mise en oeuvre de sa condamnation à mort.

C’est son épouse Vida Mehran Nia, qui vit en Suède, qui a rapporté la nouvelle de son exécution imminente.

Meurtres arbitraires

Les forces du régime ont continué à prendre directement pour cible des civils ordinaires tuant au moins 10 personnes. L’impunité dont elles jouissent leur permet d’agir comme bon leur semble.

Meurtres de Koulbars

Deux « Koulbars », porteurs kurdes trans frontaliers, ont été tués par les forces frontalières iraniennes le 18 novembre, dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, au nord-ouest de l’Iran. Il s’agit de Vasim Fardinzadeh d’Oshnavieh, et Hakan Mohammadzadeh, marié et père de deux enfants. Il vivait à Salmas.

Kamal Alam Holavi, un Kurde, est décédé le 6 novembre, lorsque les forces de sécurité ont tiré à bout portant sur un groupe de porteurs, sans avertissement préalable.

Le 5 novembre, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un groupe de porteurs transfrontaliers, tuant Hassan Dallayi Milan, 38 ans, père de 3 enfants.

Les forces du régime ont abattu un koulbar qui s’appelait Siavash Kore Sony dans les zones frontalières de la province de l’Azerbaïdjan occidental. Elles l’ont pris pour cible parce qu’il était soupçonné de transporter des marchandises de contrebande.

Meurtres de Kurdes

Les forces de police iraniennes ont tué un Kurde dans le village de Hawraman, dans l’ouest de l’Iran. Elles l’ont qualifié de tir d’ « accidentel », le 17 novembre. La police a commencé à tirer sans raison sur les habitants du village d’Avroman. Ce dernier est également connu sous le nom kurde de Hawraman. Elles ont tué Saadi Rostamzadeh, un commerçant local.

La police iranienne a tiré sur un jeune Kurde et l’a tué dans l’ouest de l’Iran. Le père de 29 ans, qui s’appelait Khosrow Sharifi, est décédé des suites de ses blessures graves à l’hôpital le 8 novembre. Les policiers de Baneh ont abattu Sharifi d’une balle dans la tête. Puis ils l’ont transporté à l’hôpital. Une personne proche de la famille Sharifi a déclaré que Khosrow Sharifi, qui était chauffeur de taxi, transportait ses passagers le 28 octobre près de la région frontalière de Kileh, dans l’ouest de l’Iran, lorsque la police a arrêté sa voiture et a commencé à tirer.

Les forces de sécurité ont tué deux citoyens dans la province du Sistan-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, fin novembre. Abdollah Gorgij a reçu une balle à bout portant le 21 novembre. Il est mort deux jours plus tard des suites de ses blessures. Le 23 novembre, les patrouilles frontalières du Hirmand ont abattu Mehdi Ali Zehi.

Violation du droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique

La justice iranienne a convoqué soixante et onze Iraniens, hommes et femmes, pour des « enquêtes » sur leur participation aux manifestations de juillet dans une ville du sud-ouest très agitée. Ils sont accusés d’ « insulte du Guide, de perturbation de l’ordre public et de la sécurité du pays, de rassemblement et de collusion contre la sécurité nationale et étrangère. »

Bien que les manifestations de juillet aient été de nature totalement pacifique, le régime ne tolère pas les slogans anti-régime tels que « les mollahs se perdent » et « nous ne voulons pas d’un régime clérical. »

Le tribunal pénal de Behbahan a récemment condamné 36 manifestants à un total de 109 ans de prison et 2 590 coups de fouet, à la suite d’une autre affaire similaire.

Torture et autres mauvais traitements

La torture et les autres mauvais traitements sont restés courants en novembre. Il y a eu au moins deux cas de décès sous la torture dans les prisons iraniennes. Dans le même temps, au moins cinq condamnations au fouet ont été exécutées. Le régime iranien est l’un des rares États à recourir encore à des châtiments dégradants, même si toutes les conventions internationales relatives aux droits civils et politiques ont interdit le recours à des châtiments inhumains tels que l’exécution et la flagellation.

La torture en prison

Les agents du régime ont torturé, à mort, un prisonnier de 19 ans de la prison Amir Abad de Gorgan, dans le nord-est de l’Iran, le 18 novembre. Le jeune homme s’appelait Mohammad Davaji. Il était originaire du village d’Oudek Davaji. Les autorités du régime des mollahs l’avaient arrêté parce qu’il s’était battu. Un témoin oculaire a déclaré que les gardiens ont torturé Mohammad, 19 ans, devant d’autres prisonniers pour leur « donner une leçon ».  « Mohammad Davaji n’a pas supporté les tortures. Il a perdu la vie à l’aube », a déclaré le témoin oculaire.

Le 10 novembre, les sbires du régime ont aussi torturé jusqu’à la mort, Farhad Vosuqi, 27 ans, dans la prison centrale de Khorramabad, dans l’ouest de l’Iran. Farhad était marié et père d’un garçon de trois mois. Le frère de Farhad a confirmé l’information, disant qu’il avait été témoin des marques de torture sur le corps de son frère lors de l’expertise médico-légale. Farhad vivait dans la ville de Nourabad, dans la province du Lorestan.

Le fouet

Un travailleur a reçu 74 coups de fouet, sans préavis ni confirmation de sa condamnation à la prison d’Evine à Téhéran. L’homme en question, identifié comme étant Davoud Rafie, a été licencié de l’entreprise de construction automobile Pars Khodro en 2012 pour sa participation à des manifestations syndicales. Lorsque Davoud Rafie s’est présenté au tribunal de la prison d’Evine pour son affaire, et c’est là que les agents l’ont arrêté et fouetté à 74 reprises.

Dans une autre affaire encore, un Iranien a reçu des coups de fouet à Naqadeh, dans le nord-ouest de l’Iran, fin novembre. Il était accusé d’avoir « insulté » un juge. L’homme qui se nommait Mehdi Khairi a reçu 35 coups de fouet. L’exécution de la sentence a eu lieu au sein de l’unité d’application des peines du tribunal public de Mohammadyar. Le tribunal l’avait jugé par contumace en juillet.

Les agents du régime ont fouetté Zaman (Saheb) Fadaei, un converti chrétien iranien, à 80 reprises dimanche pour avoir bu le vin de la communion. La sentence a été appliquée le dimanche 15 novembre 2020 par le tribunal de Shahid Moghadas, à côté de la prison d’Evine.

Deux hommes ont été fouettés en public le 8 novembre pour vol dans la ville de Golbahar, au nord-est du pays. Selon l’agence de presse officielle Fars, la justice iranienne a poursuivi les deux hommes. Ils sont accusés d’avoir violemment volé deux femmes. Les deux hommes ont reçu 74 coups de fouet en public, en plus de la prison.

Arrestations arbitraires

Sur ordre d’Ali Khamenei, le mois dernier, les Bassidjis et les SSF ont commencé à surveiller l’application des protocoles sanitaires dans différentes villes d’Iran. Cela coïncide avec l’anniversaire des manifestations nationales de novembre 2019. Durant celles-ci, les forces officielles ont tué au moins 1 500 personnes et en ont blessé et arrêté des milliers d’autres.

Cependant, les vidéos et les images diffusées sur les médias sociaux montrent qu’il n’y a pas de véritable surveillance de la mise en œuvre des protocoles. L’abolition progressive des protocoles sanitaires ces derniers mois a augmenté le nombre de victimes du coronavirus.

Il semble que les SSF profitent de l’augmentation du nombre de décès dus au coronavirus pour intensifier leur présence dans les villes.

Il y a eu au moins 260 arrestations arbitraires, le mois dernier, par Iran Human Rights Monitor.

Dans au moins deux cas, le régime a arrêté 35 personnes pour avoir participé à des fêtes ou des visites privées.

Les SSF ont arrêté des centaines de personnes lors de grandes arrestations dans la rue.

Les arrestations arbitraires concernent également des militants civils et environnementaux.

Parmi les personnes arrêtées figurent des enfants.

Violation du droit à la liberté de religion et de croyance

La liberté de religion et de croyance est systématiquement violée. Les membres des minorités religieuses d’Iran sont couramment poursuivis pour la pratique de leur foi.

L’article 18 des principaux traités internationaux relatifs aux droits humains stipule « Tout individu a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Le 22 novembre, les forces de sécurité ont fait une descente au domicile de 30 à 50 citoyens bahaïs dans au moins quatre provinces. Elles ont confisqué leurs effets personnels. Les maisons perquisitionnées se trouvaient à Téhéran, Alborz près de la capitale, Ispahan dans le centre et dans la province de Mazandaran dans le nord. Les agents ont confisqué certains des effets personnels des Bahais. Ils ont saisi notamment des ordinateurs portables, des smartphones, des ordinateurs personnels et des livres religieux. Elles n’avaient pas de mandat de perquisition.

Un tribunal de la province septentrionale de Mazandaran a condamné un citoyen bahaï à un an de prison. Ali Ahmadi est accusé de « diffusion de propagande contre l’État. »

La justice a condamné quatre convertis chrétiens à un total de 35 ans de prison pour avoir « agi contre la sécurité nationale » en transformant leur maison en église. Ces prisonniers de conscience sont Mehdi Akbari, Mehdi Rouhparvar, Fatemeh Sharifi et Simin Soheili Nia.

Source : Iran HRM