Le sort des opposants s’est aggravé en Iran et hors d’Iran

Par Frédéric Encel – France inter, 18 décembre, chronique internationale  

– Ce soir vous revenez dans votre chronique sur les six mois de présidence de Hassan Rohani avec un bilan mitigé pour le nouveau président iranien.

Frédéric Encel : oui mitigé, c’est le moins qu’on puisse dire, eu égard à la réputation flatteuse de modéré que nombre d’observateurs avaient cru pouvoir lui décerner. Le bon point qu’on pourrait peut-être accorder à Hassan Rohani concerne les affaires géopolitiques : l’accord signé à Genève entre les 5 membres permanents du conseil de sécurité plus l’Allemagne, voilà quelques semaines de cela, apaise pour un temps au moins les graves tensions liées au nucléaire.

Mais il convient de mettre ce bon point au conditionnel. D’abord parce que l’Iran devra démontrer sur six mois et non quelques semaines qu’il respecte à la lettre l’accord et par conséquent qu’il renonce clairement à la bombe. Ensuite parce qu’il n’est pas du tout certain que Hassan Rohani dispose du pouvoir effectif de faire respecter cet accord, car à la tête de la république islamique d’Iran, c’est bien le guide suprême Ali Khamenei qui dispose constitutionnellement des prérogatives en matière de défense et d’affaires étrangères.

– Alors ça c’est pour le volet géopolitique et sur les questions liées aux droits de l’homme qu’en est-il de ce début de présidence ?

Frédéric Encel : C’est là que cela se gâte et pour cause c’est bien le domaine dans lequel on attend et on attendait Rohani. D’abord le moins qu’on puisse dire, c’est que le sort des opposants au régime, y compris hors des frontières, n’a guère connu d’embellie, s’il ne s’est pas aggravé. Ainsi le 1er septembre dernier en Irak, le camp d’Achraf, qui abrite des centaines de civils iraniens en exil, des Moudjahidine du peuple, a été attaqué par les forces spéciales irakiennes qui ont froidement abattu plus de 50 personnes. Un massacre dénoncé par une commission onusienne et par la justice espagnole au titre de la compétence universelle ces derniers jours encore ; un massacre très vraisemblablement perpétré par l’Irak avec la complicité, voire sous l’impulsion de l’allié iranien.

Ensuite à l’intérieur des frontières plusieurs journaux demeurent interdits, des dizaines de journalistes, d’opposants ou encore d’homosexuels, croupissent toujours en prison et le nombre des pendaisons publiques s’est encore accru.

– Cependant on a tout de même un léger mieux en matière de liberté d’expression n’est-ce pas ?

Frédéric Encel : Certes, au regard de la présidence précédente, celle du fasciste Mahmoud Ahmadinejad, on ne peut que constater tout de même un frémissement. On appréciera par exemple la libération de la lauréate du prix Sakharov 2012 Nasrine Sotoudeh. Mais l’amélioration est pour le moins partielle et fragile, surtout par rapport aux promesses faites par le candidat Rohani au printemps dernier. Et puis surtout, quid des puissants gardiens de la révolution, ces miliciens fanatiques et clientélistes en diable qui continuent à faire régner la terreur pour nombre de femmes, d’opposants, de groupes minoritaires et qui ont d’ailleurs violemment condamné l’accord de Genève ? Se laisseront-ils amadouer ? Rien n’est moins sûr d’autant qu’en définitive c’est moins sur le plan social que celui des libertés publiques qu’est attendu Hassan Rohani. D’où bien entendu l’accord de Genève permet de donner un peu d’air à une économie durement frappée par les sanctions internationales. Conclusion : Rohani a encore tout à prouver.